6 questions sur la perte de grossesse

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Découvrir sa grossesse tardivement, alors qu’on n’en ressent aucun signe, est un phénomène moins rare qu’on ne le pense, mais encore mal compris.

Porter la vie dans son ventre sans le savoir… Aussi improbable que cela puisse paraître, ce phénomène, appelé « déni de grossesse », touche 1 femme sur 500, selon l’Association française pour la reconnaissance du déni de grossesse (AFRDG). C’est souvent en arrivant en fanfare aux urgences ou lors d’un examen médical de routine que ces femmes apprennent qu’elles vont être mères alors qu’elles ne s’en doutent pas. Mais comment le corps est-il capable de rendre invisible une grossesse à venir ?

Qu’est-ce qu’un déni de grossesse ?

Selon la définition unanimement admise par le corps médical, le déni de grossesse est « une grossesse qui évolue à l’insu de la femme, c’est-à-dire qu’elle ne sait pas qu’elle est enceinte », déclare le Pr Israel Nisand, gynécologue-obstétricien, chef du service maternité de l’hôpital américain de Paris et co-auteur, avec Sophie Marinopoulos, du livre Elles accouchent et ne sont pas enceintes (Les liens qui liberantes, 2011). Lire aussi : Comment choisir son climatiseur par temps chaud sans augmenter sa facture d’électricité ?.

Nausées, prise de poids, ventre gonflé, absence de règles (aménorrhée), tensions mammaires, fatigue et envies fréquentes d’uriner… tous ces signes qui peuvent accompagner la grossesse passent inaperçus. Même les mouvements du bébé, généralement perceptibles à partir de la 20e semaine, « ne sont pas perçus ou sont interprétés différemment », explique le médecin. Souvent la mère va se dire qu’elle a des problèmes digestifs ou des douleurs abdominales sans se douter de l’existence d’un fœtus. 🇧🇷

« Dans le déni de grossesse, il y a un vrai déni, c’est-à-dire que la femme ne prétend pas qu’elle n’est pas enceinte, elle ne triche pas en cachant la grossesse. Elles ne savent tout simplement pas qu’elles sont enceintes. 🇧🇷

Prof. Israel Nisand, gynécologue-obstétricien, chef de maternité à l’hôpital américain de Paris.

Jusqu’à présent, on distinguait le déni partiel de grossesse, dans lequel la femme découvre la grossesse après le premier trimestre, et le déni total de grossesse, qui durerait jusqu’à l’accouchement. Mais pour Israel Nisand, cette catégorisation « n’a pas de sens » car elle suppose que la sévérité du déni se mesure par sa durée. « Quand on parle de déni partiel, cela peut vouloir dire que l’état psychique est moins grave, ce qui n’est pas vrai. Je préfère dire qu’il existe différentes formes cliniques de déni, découvertes plus ou moins tardivement ».

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Quelles sont les causes du déni de grossesse ?

« La cause est généralement multifactorielle », explique Israel Nisand. Le déni de grossesse peut résulter d’un traumatisme de l’enfance comme une agression sexuelle, mais c’est assez rare. Dans ce cas, la pression psychique est telle que la femme « refoule » l’idée même d’envisager une grossesse, car elle est associée à d’immenses souffrances.

Mais dans la plupart des situations, l’origine n’est pas pathologique. Elle vient avant une angoisse à l’idée d’accoucher, de porter un enfant ou de devenir mère. De plus, si la grossesse survient à un moment inopportun, il y a de fortes chances que la femme soit préoccupée par d’autres événements de sa vie, de sorte que son corps masque tout signe de grossesse, explique Philippe Deruelle, professeur des universités et clinicien hospitalier en gynécologie et obstétrique aux Hôpitaux Universitaires de Strasbourg. « Une de mes patientes a découvert qu’elle était enceinte après 5 mois. Ce n’était tout simplement pas le bon moment parce qu’elle venait d’être virée. Elle était bien consciente qu’elle avait pris du poids, mais l’attribuait à une mauvaise alimentation car elle ne pouvait plus se permettre la nourriture à laquelle elle était habituée. 🇧🇷

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Quels mécanismes sont en jeu ?

Selon Israel Nisand, la réponse doit être recherchée du côté des processus psychiques inconscients. Dans l’espèce humaine, deux phénomènes coexistent : la grossesse physique, c’est-à-dire qu’il y a effectivement un fœtus qui se développe dans l’utérus, et la grossesse psychique, c’est-à-dire que la mère est psychologiquement consciente de l’existence de l’enfant. « Dans le déni de grossesse, ces deux processus sont dissociés : il y a une grossesse physique, mais il n’y a pas de grossesse psychologique », explique le professeur Nisand.

D’une manière ou d’une autre, le cerveau continue de mener des processus physiologiques comme si de rien n’était. « En particulier, la femme va continuer à avoir ses règles car dans la cavité utérine, juste en dessous de l’ovule, il y a une muqueuse qui se détache et provoque un léger saignement. Tout aussi surprenant, votre silhouette restera inchangée. Pour cause, jusqu’au moment où le déni est levé, la future maman tend les muscles de l’abdomen en permanence et ce, sans s’en apercevoir. Cela oblige l’utérus à rester droit dans le ventre, poussant et poussant vers le haut sur les intestins, le diaphragme et les poumons. Le corps se libère enfin lorsque la mère se rend compte de son état.

« Lorsque ces femmes apprennent qu’elles sont enceintes, souvent lors d’un examen de routine, elles finissent par laisser apparaître l’utérus en quelques heures », explique le médecin.

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Le test de grossesse apparaît-il positif ?

Il est également important de noter qu’un test de grossesse sera toujours positif car, niant ou non, la mère sécrète l’hormone bêta-HCG, une hormone produite en début de grossesse, au moment de l’implantation de l’ovule. Le problème est qu’en l’absence de doute, la probabilité que la femme soit testée reste faible.

« Dans le déni de grossesse, il y a une grossesse physique, mais pas une grossesse psychique. »

Prof. Israel Nisand, gynécologue-obstétricien, chef de maternité à l’hôpital américain de Paris.

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Est-ce dangereux pour le bébé ?

Pour les formes de déni qui durent jusqu’à l’accouchement, le risque immédiat est la mort de l’enfant à la naissance. Normalement, pendant l’accouchement, le soignant abaisse la tête du bébé en arrière de sorte que l’épaule avant dépasse. Lorsqu’une femme est pressée d’accoucher seule, elle aura tendance à tirer la tête vers l’avant (parce qu’elle n’y peut rien), ce qui risque d’impliquer les deux épaules à la fois. « Mais ce diamètre ne passe pas et continuer à tirer dans la tête peut tuer l’enfant. »

Un autre risque de déni est le manque de contact entre la mère et l’enfant pendant la grossesse. C’est-à-dire qu’une mère qui ne parle pas à son bébé, qui n’attend pas son arrivée avec impatience, qui n’est pas là en train de fantasmer sur la façon dont il va grandir, aura un déficit de communication avec lui, ce qui peut nuire à la relation mère-enfant sur le long terme. . Quant à la consommation de médicaments, d’alcool ou encore de tabac, elle peut exposer le futur individu à divers risques, comme des dommages à la croissance des organes durant l’enfance ou l’âge adulte, ou favoriser l’addiction, par exemple.

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Quelle prise en charge en France ?

Si le refus persiste jusqu’à l’accouchement, la future maman doit adresser à sa caisse primaire d’assurance maladie une attestation médicale constatant l’accouchement pour bénéficier des conditions du congé postnatal de maternité. Si l’accouchement n’a pas encore eu lieu, la femme peut toujours bénéficier du remboursement des examens prénatals et postnatals (rendez-vous, frais de médicaments, analyses et séjours hospitaliers, etc.) à condition de présenter une déclaration de grossesse.

Concernant l’accompagnement psychologique, le professeur Israel Nisand salue les progrès réalisés ces dernières décennies : « Ce qui est merveilleux, c’est que les choses ont progressivement changé au sein des gynécologues-obstétriciens, mais aussi chez les magistrats qui reconnaissent de plus en plus l’immense souffrance psychique que cache le déni de grossesse.

Pourtant, la prise en charge de spécificités aussi lourdes que le déni de grossesse reste très limitée dans les maternités en France, regrette-t-il. De nombreux établissements n’ont pas les moyens d’embaucher suffisamment de psychologues.

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Pourquoi est-ce peu reconnu ?

Le déni de grossesse fait l’objet du « déni de déni », phénomène qu’Israel Nisand appelle « l’aveuglement de la société ». Deux raisons principales peuvent expliquer cela. « Que le psychisme soit capable d’impacter à ce point notre silhouette est quelque chose de désagréable car cela indique un certain manque de contrôle », analyse-t-il.

Il est aussi encore difficile d’accepter que la maternité soit un geste d’adoption plutôt que quelque chose d’inné. On a tendance à dire plus souvent d’un père qu’il « adopte » son enfant, ce qui peut survenir à différents stades de développement (à l’échographie, à la naissance, dans les premières interactions avec lui ou même plus tard), alors que la question de « l’adoption » ne se pose pas pour les femmes. « Mais « l’adoption » par la mère d’un bébé est un mécanisme complexe et largement sous-estimé dans notre société de la « bonne mère » guidée par son « instinct maternel », souligne le professeur Nisand. Aujourd’hui, de la même manière que beaucoup de femmes « adoptent » leur enfant dans le ventre de leur mère, beaucoup d’entre elles ne le feront jamais ou ne le feront pas immédiatement.

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