Acquérir des voyages avec des militaires russes : LCI, France 2 et l’AFP provoquent l’indignation de Kyiv

Written By Sara Rosso

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Un média français banni d’Ukraine, accusé de jouer le jeu de Moscou ? La menace a été formulée par Kyiv ces derniers jours. Il hésite à participer à une conférence de presse organisée par la Russie, contre laquelle « les Ukrainiens sont en hausse », rapportent plusieurs journalistes interrogés par CheckNews.

Ces derniers jours, plusieurs grands médias français ont proposé aux lecteurs et téléspectateurs une immersion dans les territoires occupés par l’armée russe. Trois mois après le début de l’invasion russe, un tel document documente l’état actuel de la catastrophe dans la ville de Marioupol. « Les corps des bâtiments étudiés gisent dans le ciel bas et pluvieux de la ville martyre de Marioupol », a déclaré France Presse Agence (AFP) dans un numéro du 22 mai. Nous avons été emmenés dans les tunnels d’un site proche de l’usine d’Azovstal, avait été assiégée par les forces russes pendant de nombreuses semaines.

La portée de ces rapports dans des zones entièrement contrôlées par les forces russes ? Un voyage de presse, seul moyen pour les médias français de documenter la vie, et ce qu’il en reste, dans ces quartiers. Mais c’est aussi le seul moyen d’éviter qu’ils ne soient connus que des médias russes ou pro-russes.

Et ce cadre n’est pas caché. Par exemple, dans un reportage de France Presse, « les journalistes de l’AFP ont vu l’étendue des dégâts [le 18 mai] lors d’une conférence de presse organisée par le ministère russe de la Défense ». Plusieurs extraits de la soumission indiquent également que les forces russes ont décidé du programme des journalistes : […] Puis l’armée russe emmène les journalistes au zoo de la ville. Les lions, les ours et les autres bêtes sont dans des cages rudimentaires, mais ils ont l’air en bonne santé. »

Quant à l’AFP, France 2 annonce la couleur dès les premières secondes du thème : « C’est l’armée russe avec nous ». Il en va de même pour le LCI, qui multiplie les avertissements sur la nature des images et les conditions de prise de vue. En voix off, le journaliste prévient d’emblée que « l’armée russe a invité la presse » alors que les dernières poches de résistance tombaient, c’est pourquoi les journalistes sont escortés par des « soldats russes ». Et le commentaire soulignait : « Et voici ce que la Russie veut montrer aux médias internationaux : du matériel militaire étranger […] pulvérisé ».

Selon les journalistes en charge, c’est l’un des principaux intérêts de ces voyages de presse organisés par la Russie : savoir et comprendre ce que le Kremlin fournit d’information sur ses objectifs.

Colère de Kyiv

Colère de Kyiv

L’avis n’est guère partagé par les autorités ukrainiennes. En fait, l’indignation en Ukraine a également déclenché un véritable incident diplomatique : « Les autorités de Kiev nous ont informés qu’elles continueraient à suivre les médias lors de ces déplacements à partir de maintenant, et que nous pourrions être bannis d’Ukraine », a déclaré le rédacteur européen de l’AFP. a dit. Karim Talbi. Nous avons suffisamment réagi pour faire part de notre position à l’Ambassade de France en Ukraine. Lire aussi : Voyager en avion : (presque) tous les chemins mènent en Amérique. Il est rappelé que l’agence a documenté ce qui s’est passé à Boutchan, Kramatorsk. Les photos que le président Zelensky partage sur les réseaux sociaux sont parfois celles de l’AFP, que les Ukrainiens ont également montrées à l’ONU.

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Il en a résulté « une discussion animée et honnête avec l’ambassadeur. Cela a essentiellement expliqué que les Russes utiliseront notre présence pour légitimer la leur. Il a été convenu qu’il expliquerait notre position à Kiev. Les journalistes peuvent encore travailler en Ukraine pour le moment.

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«Imaginez un voyage de presse à Oradour-sur-Glane»

«Imaginez un voyage de presse à Oradour-sur-Glane»

Contactée par CheckNews, l’ambassade de France en Ukraine confirme suivre cette situation de très près : « Malheureusement, les médias français sont sur-représentés dans ces voyages de presse. Et AFP, France Télé, TF1 sont donc les médias français emblématiques, auxquels la Russie s’invite. Cela montre que [le Kremlin] a des objectifs de communication dans certains pays. »

La porte-parole de l’ambassade, Alexandra Prysiazhniuk, a déclaré à un moment donné : « Quand vous acceptez le soutien de l’armée russe, vous acceptez de ne pas voir certaines choses. « Votre nom et vos médias seront cyniquement exploités pour légitimer les attaques [de la Russie] ».

L’ambassade d’Ukraine admet qu’il est « précieux de filmer certaines situations d’information » mais soulève une « question morale »: « Imaginez un voyage de presse à Oradour-sur-Glan après les massacres », a déclaré un porte-parole des crimes de l’armée allemande en France en Juin 1944. . Selon lui, ces voyages de presse organisés par les Russes « se déroulent dans un contexte où les Ukrainiens sont nerveux et ont du mal à digérer les concessions, notamment de la part des médias célèbres » : « Le pire, c’est que la propagande russe est gagnante. position d’avoir une attitude forte vis-à-vis des médias afin d’éviter de multiplier ce type de reportage.

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«On travaille en toute liberté… dans le cadre fixé»

«On travaille en toute liberté… dans le cadre fixé»

Les journalistes français interrogés par CheckNews estiment généralement que « ce n’est pas parce qu’on est avec l’armée russe qu’on ne peut pas faire de reportages intéressants ». Tant que l’état particulier des images est expliqué. « De toute façon, il n’y a pas d’autre moyen de rester à Marioupol que d’y aller avec l’armée russe », a déclaré Karim Talbi de l’AFP. En plus d’avoir un reporter qui vit et voyage dans des régions séparatistes, c’est rare. Si nous y allions indépendamment, nous le ferions. Mais si nous n’y allons pas, nous ne pourrons pas dire ce qu’est Marioupol aujourd’hui.

Comment se passe le trajet local ? « Alors que la Russie a de nouveau envahi l’Ukraine en février, nous avons immédiatement demandé, par l’intermédiaire du bureau de Moscou, de permettre à l’armée russe de continuer », a expliqué le rédacteur en chef. Ou du moins entrer dans les territoires contrôlés par l’armée russe. Deux jours avant le début de ce voyage de presse à Marioupol, l’armée nous donne rendez-vous dans le sud de la Russie. Nous ne savions pas où nous allions : ils ne nous disent où nous allons que lorsqu’ils s’occupent de nous. Et même alors, l’horaire peut changer à tout moment, presque toutes les heures. »

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« Alors, là, on travaille en toute liberté… dans un cadre fixe », poursuit-il. Nous ne pouvons pas rouler, nous n’avons pas notre propre véhicule. Mais ils ne nous disent pas à qui parler, quoi tirer, etc. Ensuite, il est sûr que lorsque nous irons parler aux gens, ils verront que nous sommes accompagnés par l’armée russe. Mais même dans ces conditions on attrape pas mal de choses. Nous savons poser des questions sans les mettre en danger. Un autre défi est d’avoir nos propres images, pas seulement des images du ministère russe de la Défense. Bref, on obtient ce qu’on peut obtenir. »

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Avant Marioupol, Alep

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La pratique n’est pas nouvelle : avant l’Ukraine, l’armée russe avait déjà organisé des voyages similaires. En Syrie, par exemple, dans une ville détruite : Alep. « L’AFP a toujours accepté les invitations, quelle que soit l’armée. En Syrie, on s’est couvert avec les rebelles, mais aussi avec l’armée de Bachar et l’armée russe », a déclaré Karim Talbi.

Cependant, le terme « voyage de presse » est généralement davantage utilisé lorsque les journalistes sont invités par des entreprises à des fins promotionnelles que par les forces armées d’occupation. Lorsqu’un journaliste se rend dans une unité militaire, on parle généralement de journalisme « intégré » ou « intégré ». Pourquoi l’AFP a-t-elle préféré la première expression ? « On utilise le terme inséré quand un journaliste suit l’armée américaine ou française, a-t-on expliqué à l’AFP, car il y a un côté immersion avec les militaires, qu’ils vont échanger avec le journaliste. On parle ici d’un voyage de presse parce qu’ils n’en ont pas vraiment parlé. C’était plus comme un voyagiste. De plus, l’armée russe ne prévoit pas de l’inclure comme immersion. S’ils nous invitaient, nous le ferions. »

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«On ne va pas à Marioupol seul»

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Ce n’est pas la première fois que l’on parle des conditions d’un média français. La sortie a été signalée fin mars, lorsqu’une équipe de TF1 a pu tourner Marioupol, et avec l’aval de Moscou. Guillaume Debré, responsable de la rubrique information de TF1, nous a également confié que si le reportage de Marioupol n’était pas strictement « embedded » (ou « embedded »), « l’armée russe était là ». « [Le journaliste] Liseron Boudoul est basé à Donetsk depuis début février. Marioupol a pu pénétrer dans le district nord-ouest depuis l’oblast de Donetsk, grâce à ses relations et ses moyens, jusqu’à un point stratégique où il a donc suivi les Prussiens. Mais ils étaient sûrs que nous n’irions pas seuls à Marioupol », a-t-il déclaré.