Anne-Aymone Giscard d’Estaing : « Je devais être une intermédiaire entre le président et les Français »

Written By Sara Rosso

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Anne-Aymone Giscard d’Estaing dans la cour de son hôtel particulier, rue Benouville (Paris XVI). Elle l’a toujours préféré à l’Elysée. 22 juin.

© DOMINIQUE JACOVIDES / BESTIMAGE

le 07/07/2022 à 06:30, Mis à jour le 07/07/2022 à 10:18

Toute sa vie, elle a cherché à préserver son jardin secret. Pourtant, lors d’un entretien liminaire avec Cyril Viguier, il a été diffusé le 9 juillet à 22 heures. sur TV5 Monde dans « Territoires de France », la discrète histoire de la République est racontée sans détour pour Paris Match. Sa vie proche du pouvoir, sa fondation pour les enfants maltraités, son regard sur les couples présidentiels, le droit des femmes ou l’écologie.

Jeu parisien. Les Français ont toujours reconnu que vous êtes très discret. Pourtant tu étais une femme très dynamique. Et tu l’es encore aujourd’hui. Vous habitez entre la rue Benouville, à Paris, où vous nous recevez, et Authon, le domaine familial… Anne-Aymone Giscard d’Estaing. Oui, j’habite au moins trois jours par semaine à Authon. Mes racines y sont très fortes car c’est la propriété de mon enfance. Mon mari et ma fille Jacinte y sont enterrés. Ce qui fait le charme de ce lieu, ce sont les arbres, les chênes, les châtaigniers, mais aussi des essences plus exotiques comme le cèdre que nous avons planté. Je suis toujours un exploitant agricole et forestier et cela demande beaucoup de travail administratif.

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Dans sa bibliothèque, échange de livres ouverts avec Cyril Viguier.

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Dominique Jacobvides

Connaissez-vous les difficultés des agriculteurs ? Je comprends leurs problèmes. Aujourd’hui, ils sont confrontés à toutes sortes de dangers, dont les aléas climatiques, les intempéries, la sécheresse : on n’est jamais sûr que tout le travail accompli aboutira à quelque chose. Et puis nous ne maîtrisons absolument pas les prix auxquels nous vendrons nos productions. Il se trouve que ces derniers mois, pour la première fois depuis très longtemps, les prix des produits agricoles ont énormément augmenté. Cela a des répercussions sur le coût de la vie. Pour les agriculteurs, c’est une nouvelle année particulièrement difficile à venir.

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Le secret d’une santé physique extraordinaire, c’est d’être toujours actif, je pense que c’est surtout grâce au jardinage. Je tiens, sème… Ce n’est pas un exercice physique très dur mais il mobilise tout le corps et nettoie la tête. Lorsque vous nettoyez vos roses, ne pensez à rien de plus.

Elle aime les fleurs. Vous avez contribué à l’embellissement de l’Elysée, notamment des extérieurs. Oui, nous avons planté beaucoup de plates-bandes et installé des orangers, qui sont toujours là. J’ai passé la plus grande partie de mon enfance à la campagne. J’ai appris, dès mon plus jeune âge, à connaître les arbres, les noms des plantes… J’ai toujours aimé la nature.

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Le Palais de l’Elysée a beau avoir un grand parc et des arbres magnifiques, j’ai décidé en 1974, avec votre mari, de rester rue Benouville… Tous les présidents de la IIIe et de la IVe République étaient âgés, sans enfants en bas âge. Ce fut aussi le cas du général de Gaulle et de Georges Pompidou. Il n’y avait pas d’appartement conçu pour une famille nombreuse. Nous avions quatre adolescents qui n’avaient aucune envie de vivre dans un lieu officiel, qui passaient devant les gardes républicains à chaque fois qu’ils allaient et venaient. De plus, ils ne pouvaient pas inviter leurs pairs.

La sécurité n’était-elle pas un problème ? Personnellement, je n’ai jamais eu de garde du corps. J’allais faire mes courses, me promener… Les locaux me voyaient depuis toujours. J’ai pris ma voiture personnelle pour aller à la campagne…

Le 4 avril 1981, au retour d’un meeting à Strasbourg, pendant la campagne présidentielle.

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Jean-Claude DEUTSCH / Paris Jeu

Vous n’habitiez pas à l’Elysée, mais y aviez-vous des activités ? Quand je suis arrivé, j’ai dit que je voulais avoir un bureau. Cela a semé la panique car ce n’était pas prévu : aucune première dame n’en a jamais eu. Une partie du bâtiment a dû être modifiée.

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Vous êtes discret mais déterminé… Oui, cette décision était la mienne, en aucun cas celle du président. Et si je n’ai pas trébuché à côté de deux, c’est qu’avec sa personnalité c’était dur de se battre pour la lumière !

Cela ne vous a pas empêché de mener de nombreuses initiatives personnelles. Les Français ne savent pas que tu as été la première femme des territoires… Oui, je pensais que je devais être une intermédiaire entre le président et le Français. J’ai donc décidé de faire un voyage dans un département différent presque tous les mois. J’ai passé deux ou trois jours immergé dans la vie locale. J’ai visité des monuments et des musées, j’ai rencontré des artistes, mais je me suis aussi intéressé à la vie économique : j’ai visité de nombreuses usines, suis même descendu dans une mine… Et puis j’ai été particulièrement sensible à l’action sociale : j’ai beaucoup pris ma retraite. maisons ou maisons d’enfants.

En 1977, vous avez également créé la Fondation pour l’enfance, que vous avez dirigée pendant trente-cinq ans. Il y avait peu de protection sociale pour les enfants victimes de violence. Nous avons créé des lieux équipés pour recevoir leur témoignage, le numéro vert 119-Allô enfance en danger, des unités médico-judiciaires dans les hôpitaux, des campagnes d’information… Mais aussi des groupes de travail avec des médecins, des magistrats, des avocats, des policiers, pour tenter . comprendre les raisons pour lesquelles les attaquants agissent pour agir en amont. C’était très nouveau à l’époque.

Ces dernières années, notamment avec #MeToo, on a beaucoup parlé des violences faites aux femmes. La prise de conscience existe depuis longtemps, car tous ces faits sur les femmes sont connus depuis très longtemps. Il faut probablement faire plus.