« Broken Chair » célèbre 25 ans de lutte pacifique

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À 5,5 tonnes de bois et 12 mètres de haut, il est l’emblème de la lutte contre les mines terrestres, ces engins bon marché conçus pour exploser sous les pieds de leur victime, infligeant de terribles mutilations, voire la mort. . Au fil des années, cette chaise est également devenue le symbole de la lutte contre les armes à sous-munitions. La sculpture monumentale a célébré son 25e anniversaire le 18 août. L’œuvre, aujourd’hui l’un des monuments les plus photographiés de Genève, est le fruit de la collaboration entre l’organisation non gouvernementale Handicap International Suisse et l’artiste fribourgeois Daniel Berset.

Pourquoi avez-vous choisi une chaise comme symbole de la dévastation causée par les mines ? Paul Vermeulen, co-fondateur et premier directeur de Handicap International Suisse, dans le cadre de ses efforts pour interdire ces armes, assister les victimes et déminer, a dû consulter des centaines de photos insoutenables tirées de la photothèque du CICR, témoignant de l’atrocité des mutilations infligés par ces appareils, parfois à de très jeunes enfants. « Personne ne peut même imaginer que son propre fils saute sur une de ces mines », témoigne l’humanitaire.

Pourtant, il lui paraissait évident qu’utiliser une représentation réaliste d’une victime de mine terrestre pour mobiliser les délégations de l’ONU n’était pas possible : « Face à de telles images, l’esprit se ferme pour se protéger de l’horreur. En plus grand nombre, il fallait passer par le symbole ». Ainsi la chaise embrasse le corps d’une personne et évoque une présence humaine même lorsqu’elle est vide. » Installée le 18 août 1997 devant l’entrée principale de l’ONU, la  » Broken Chair « , avec son pied déchiré est immédiatement devenue le symbole mondial du refus des mines antipersonnel. Hasard du calendrier, treize jours après l’installation du fauteuil à la place des Nations, la princesse Diana a disparu tragiquement dans un accident de voiture. En hommage à celle qui a risqué sa vie sur les champs de mines de En Bosnie et en Angola, des dizaines de bouquets et de messages ont été déposés au pied du fauteuil.

Pour comprendre l’histoire de « Broken Chair », il faut remonter à 1996. A l’époque, malgré la tenue de conférences internationales, il n’y avait pas de consensus sur la lutte contre l’usage des mines antipersonnel. En mai 1996, une conférence organisée à Genève sous l’égide de l’ONU est un échec. Alors qu’une quarantaine d’Etats sont favorables à une interdiction pure et simple, la majorité soutient une simple limitation et veut même légitimer la production et l’utilisation des mines dans certaines circonstances. A l’issue de la rencontre, la délégation canadienne annonce à la surprise générale qu’elle organisera d’ici la fin de l’année un sommet qui réunira les pays favorables à l’interdiction totale afin de mettre en place une stratégie juridiquement contraignante. envers la communauté internationale. La rencontre, tenue à Ottawa au début du mois d’octobre 1996 avec la participation d’organisations de la société civile, a abouti à la signature quatorze mois plus tard, par 122 États, de la Convention sur l’interdiction de l’utilisation, du stockage, de la production et du transfert d’anti-virus. le matériel du personnel, les mines et leur destruction.

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Au moment de l’annonce du Canada, Paul Vermeulen est devenu certain que la société civile doit se mobiliser pour inciter le plus de pays possible à signer la future Convention. Habitué aux projets créatifs, celui qui occupait auparavant le poste de directeur de la communication de Médecins Sans Frontières Suisse imagine plusieurs projets d’envergure, comme demander l’autorisation d’envelopper l’un des pieds de la tour Eiffel d’un pansement géant, un projet insolite auquel il renoncera. : « Cela aurait été un message international fort, mais nous avons manqué de temps et de moyens ».

En 1996, la Place des Nations ressemblait à un terrain vague : « Très vite je me suis dit que c’était là qu’il fallait faire quelque chose, à Genève, la capitale du droit international ». C’est alors que l’image d’une chaise de plus de 10 mètres de haut avec une jambe déchirée est née dans l’esprit de Paul Vermeulen, installé devant l’entrée principale du Palais des Nations : « J’ai bien connu l’artiste suisse Daniel Berset. mener à bien ce projet et, à ma grande joie, il a accepté. Et pour cause, la figure du fauteuil, Daniel Berset, le connaissait bien : « Ils ont peuplé mon imaginaire et mes cahiers déjà au début des années 1980. Puis il y a eu cette rencontre qui a permis à l’œuvre que vous connaissez de voir le jour », confie l’artiste. De son propre aveu, la principale difficulté pour créer « Broken Chair » a été de trouver les bonnes proportions : « En sculpture, on ne peut pas simplement prenez quelque chose pour la redimensionner et l’agrandir; le résultat ne serait pas concluant, surtout avec une oeuvre de cette taille. Si vous regardez bien, vous verrez que les proportions ont été légèrement modifiées, adaptées, pour permettre au spectateur de voir une chaise de aucun point de vue », explique Daniel Berset.

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La chaise, qui devait à l’origine être retirée une fois la Convention d’Ottawa signée, a également joué un rôle important dans la signature par 119 États en décembre 2008 de la Convention d’Oslo qui interdisait son utilisation, sa production, son commerce et son stockage d’armes à sous-munitions (un terme utilisé pour désigner un conteneur rempli de mini bombes explosives qui, une fois larguées sur l’avion ou au sol, libèrent ces dernières qui retombent alors comme un tapis de bombes imprécises sur une très grande étendue). «  » Broken Chair « est issu de notre engagement contre les mines antipersonnel mais a acquis au fil du temps une dimension plus large, qui nous permet aujourd’hui de nous concentrer de manière générale sur la protection des populations civiles en temps de conflit armé », indique Daniel Suda-Lang, actuel directeur de Handicap International Suisse. Après quelques années d’accalmie internationale, le nombre de victimes des bombes à fragmentation, presque exclusivement civiles, repart à la hausse en raison de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. A cet égard, le rapport annuel des experts de la Coalition contre les armes à sous-munitions dénonce un « usage massif de bombes par la Russie » mais aussi par la partie ukrainienne. Pour l’instant, aucun des deux pays n’a ratifié la Convention d’Oslo.

Quel avenir pour « Broken Chair » ? «Lorsque la chaise a été construite, on pensait que, quelques années plus tard, le problème serait résolu et qu’il n’aurait plus besoin d’être là. Il faut dire qu’en tant qu’ONG, nous travaillons un peu pour le jour où nous n’en aurons plus besoin. Si ce jour semble encore loin, le fauteuil servira de témoin et de balise pour le rejoindre », précise Daniel Suda-Lang. Dernière action, l’installation d’une baignoire ballon à côté du fauteuil début avril 2022. Accompagné par le slogan « Arrêtons de jouer avec la vie des civils », cette campagne visait à attirer l’attention sur les ultimes négociations visant à mettre fin aux bombardements de civils en zones peuplées qui se déroulaient en même temps que le Palais des Nations. les discussions ont abouti à de réelles avancées qui pourraient déboucher sur la ratification d’une nouvelle Convention d’ici la fin de l’année », se réjouit la directrice de Handicap International Suisse.

publié le 29 septembre 2022 – 09:14