CBD : quel est le secret du succès de ce « cannabis légal » ?

Written By Sara Rosso

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C’est une petite ferme au bout d’un chemin de terre. Des caisses en bois sont empilées près de la serre, en attendant que les futures récoltes soient acheminées vers le marché de gros local. Plusieurs dizaines de plantes suspendues à l’envers sur des fils de fer sèchent encore dans le bâtiment. Ces fleurs sans pétales dégagent un fort parfum de résine et de musc. Ce sont des plants de cannabis.

Nous ne sommes pas dans le Rif marocain, mais dans la banlieue de Perpignan, dans le quartier des Jardins Saint-Jacques, une terre fertile au pied des Pyrénées, où poussent des milliers de blettes, de céleris et de laitues que l’on retrouvera au Rungis est debout. .

Gérard Sedano, un jardinier de 42 ans, a commencé à cultiver du cannabis il y a un peu moins d’un an. Avec ses collaborateurs des Chanvriers catalans, il cultive une plante pour CBD, trois lettres synonymes d’or vert. En France, le marché du CBD représente actuellement 700 millions d’euros et pourrait à terme dépasser les 2 milliards d’euros, selon Aurélien Delecroix, président du Syndicat professionnel du chanvre.

Commercialisation légale depuis novembre 2020

Commercialisation légale depuis novembre 2020

CBD, pour cannabidiol, est le nom de la molécule présente dans le cannabis. Elle est consommée pour ses propriétés relaxantes, anxiolytiques et même anti-inflammatoires, le tout sans accoutumance. Sur le même sujet : Gironde : Le chanvre est unique à La Sauve. Contrairement au THC (pour tétrahydrocannabinol) – la molécule du cannabis responsable du « high » – le CBD n’est pas classé comme psychotrope ou stupéfiant, et n’est donc pas interdit en France.

Ou, pour être tout à fait précis, il ne l’est plus. Depuis la décision du Tribunal de l’Union européenne du 19 novembre 2020, la France ne peut interdire la commercialisation du CBD naturel, au nom de la libre circulation des marchandises, et parce qu’il n’a pas démontré ses effets néfastes pour la santé. Une décision confirmée par la Cour de cassation il y a quelques mois.

Il y a cependant une subtilité : si la vente de CBD n’est plus interdite en France, sa production est toujours interdite. « Nous en importons de nos voisins européens de manière tout à fait légale, mais les planteurs ne peuvent pas produire, et les industriels ne peuvent pas produire de produits à base de chanvre… Nous sommes dans une situation totalement grotesque », a déclaré le député Jean-Baptiste Moreau, le 28 juin 2021 . ., lors de la remise d’un rapport de mission d’information conjointe sur la réglementation et l’impact des différents usages du cannabis.

Pourtant, avec 17 900 hectares, la France est le premier producteur de chanvre en Europe et le 4e au monde, derrière la Chine, les États-Unis et le Canada. En France, le chanvre est cultivé pour ses graines comestibles et pour ses tiges, qui servent à fabriquer des tissus, des cordes ou des isolants thermiques. La culture des fleurs reste interdite.

500 cultivateurs en France

Mais certains agriculteurs français ont décidé de commencer quand même. Selon l’Union des professionnels du CBD, 500 d’entre eux cultivent du chanvre pour le CBD. C’est le cas de Gérard Sedan. Jardinier au marché pour toujours, n’en peut plus. Aux Jardins Saint-Jacques, « il ne reste que de grandes fermes, avec de nombreux ouvriers ». Gérard avec ses 10 hectares et la seule main d’oeuvre, bien qu’aidé par son père qui lui donne encore un coup de main même s’il est à la retraite, ne peut lutter.

Il y a quelques mois, il a été contacté par un groupe de quatre trentenaires qui souhaitaient se lancer dans la culture du CBD : Laurent Lesieur, Stéphane Rouyer, Florent Karcz et Gabriel Mendes. La promesse est belle : sur le marché de gros, 100 kilogrammes de fleurs de cannabis CBD coûteraient 150 000 €. Ils achètent donc 7 000 graines de Kompolti, une variété sélectionnée pour donner de bons niveaux de CBD mais très peu de THC.

En mai dernier, ils ont semé les graines dans la serre, après la récolte des laitues, avant de les planter au champ quelques semaines plus tard. Bientôt les plantes atteignent une hauteur de 3m ! Vous pouvez les voir – et les sentir – depuis l’autoroute qui passe non loin de la ferme.

A tel point que les plantations attirent les curieux : les aspirants cultivateurs surprendront plusieurs personnes en train de voler des plants de cannabis, et seront même obligés d’appeler la police.

En tant qu’ancêtres de la culture du CBD dans les Pyrénées-Orientales, ils ont eu droit à de nombreuses visites de la brigade des stupéfiants et des douanes, mais le flou juridique actuel jouant en leur faveur, ils ont pu continuer la culture.

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En vente chez les buralistes et en pharmacie

En vente chez les buralistes et en pharmacie

Alors que les plants de cannabis de Gérard et de ses collaborateurs des Chanvriers catalans prospèrent sans engrais ni pesticides, des boutiques spécialisées CBD fleurissent un peu partout en France. En novembre 2020, on en dénombrait 400, et un an plus tard près de 2 000, selon l’Union professionnelle du chanvre, qui précise que le CBD se retrouve aussi chez près de 10 000 buralistes et dans plus de 1 500 pharmacies.

A quelques kilomètres de la ferme de Gérard et à deux pas du célèbre Castillet de Perpignan, Yoni Dahan a ouvert son magasin CBD en août. Loin du cliché d’un coffee shop d’Amsterdam : le commerce de Yoni ressemble plus à un salon de massage, avec des meubles en bois clair et des succulentes. Il explique qu’il vend principalement des huiles, même si 70 % du chiffre d’affaires des boutiques spécialisées provient de la vente de fleurs brutes.

Et du côté de l’acheteur ? « Je vois beaucoup de personnes dans la soixantaine, qui souffrent de maux de dos, ont du mal à dormir, mais aussi ont de vraies maladies, sclérose en plaques ou spondylarthrite ankylosante, et trouvent un soulagement dans le CBD », explique-t-il.

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Des effets qui restent à démontrer

Des effets qui restent à démontrer

Les scientifiques ont un discours beaucoup plus mesuré sur les vertus supposées miraculeuses du CBD. « Il n’y a pas d’effets scientifiquement prouvés, même si certains patients rapportent des effets », analyse Nicolas Authier, psychiatre et pharmacologue au CHU de Clermont-Ferrand. Le scientifique a du fil à retordre contre certaines boutiques : « Ils ont inventé le concept de ‘cannabis bien-être‘ qui ne colle pas très bien. » Nous sommes plus à l’avantage du vendeur que du consommateur ! »

Cependant, certaines applications ont fait leurs preuves. Le médicament cannabidiol, Epidyolex, a ainsi reçu l’approbation de la FDA (Food and Drug Administration), la Food and Drug Administration américaine, pour le traitement des crises d’épilepsie chez l’enfant. Le CBD non addictif aurait également des effets intéressants sur la réduction de la consommation de cannabis récréatif.

« Pour le reste, c’est très difficile de dire que c’est plus efficace qu’un placebo. Dans tous les cas, Nicolas Authier conseille à quiconque voudrait tenter l’expérience de « vérifier qu’il n’y a pas d’interactions médicamenteuses ». Selon les molécules, le CBD peut ralentir ou accélérer leur absorption, ce qui peut être un problème. »

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Huile essentielle

Huile essentielle

Chez les Chanvriers catalans, on regrette « d’avoir trop bien fait ». Leurs plantations dépassaient de plusieurs centièmes les 0,2 % de THC prescrits. Par conséquent, ils ne pourront pas vendre les fleurs telles quelles. Cependant, ils espèrent pouvoir transformer leur récolte en huile essentielle.

Pour la production de 600 kilogrammes, ils espèrent gagner 30 000 euros. Pas de quoi rembourser les investissements consentis ou les travaux effectués sur les champs tout l’été, mais l’année prochaine, promettent-ils, ils seront prêts. Nul doute qu’ils rateront une fois de plus le boom du CBD.

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À Lire  Entretien : Nathalie Fichaux, directrice d'InterChanvre