Comment cette petite ville de la Creuse parvient-elle à attirer…

Rédactrice passionnée depuis plus de de 15 ans. Sara vous trouve les dernières infos

Depuis le 31 octobre, la ville d’Ajain est au centre d’un projet unique en France : des médecins de toute la France se relaient chaque semaine pour soigner les habitants. Les objectifs : apporter un soutien dans un désert médical, venir en aide aux malades qui n’ont plus accès aux soins, et soulager les médecins généralistes du territoire requis par des milliers de patients.

Il est midi mercredi. Dans la salle d’attente du centre médical d’Aja, un patient attend son tour. Cette semaine, il sera reçu par le dr. Paul-Henri Lambert de Limoges. Une semaine avant, le docteur Pierre Aubois du Vaucluse avait consulté. Le prochain sera le Dr. Cindy Boizard de Narbonne. Les médecins se relaient dans ce cabinet modulable. Ils viennent de toute la France et quittent quelques jours leur quotidien pour venir se faire soigner à Ajain.

Cette petite commune creusoise d’un millier d’habitants ne comptait pas de médecin généraliste au 31 décembre 2020, le Dr Bernard a pris sa retraite après quarante ans d’exercice à Ajain. Un coup dur pour la municipalité et ses milliers de patients. D’autant plus qu’aucun médecin ne l’a remplacé.

Pendant deux ans, les résidents ont fait un long voyage à travers le désert médical. C’étaient des mirages, de faux espoirs, des médecins intéressés qui n’ont finalement pas donné suite et ont disparu. Et des mois très difficiles pour la municipalité, qui tentait de redonner accès aux soins à ses administrés.

Avec une vidéo et une pancarte, la commune d’Ajain (Creuse) cherche désespérément un médecin avant le 1er janvier

La solidarité et l’humain au cœur de tout

Pendant ce temps, le Dr Martial Jardel, tout juste diplômé, effectue un tour de France alternatif en camping-car. Voir l’article : Santé à Paris : les jeunes médecins hésitent à s’installer dans la capitale. Entre mars et octobre 2021, ce jeune médecin de la Haute-Vienne a parcouru le pays et les déserts médicaux.

« Au final, je me suis dit : ça ne marche pas, nous, médecins personnels, devons savoir faire quelque chose. Nous devons faire des propositions pour résoudre ce problème. »

Son tour de France, particulièrement médiatisé, a été un défi pour Christophe et Emmanuel Brochot. Ces deux Auvergnats ont fondé le mouvement Bouge ton coq, une association qui soutient des projets qui peuvent faire revivre la campagne. Ainsi, en dix-huit mois, il a créé 150 épiceries participatives au centre de petits villages. « Et on a entendu parler de Martial. On s’est dit qu’il était temps de se tourner vers la santé aussi. Voici un médecin généraliste de la campagne qui est jeune et qui prend le temps de faire le tour des villages », explique Emmanuel Brochot. « On l’a appelé, nous nous sommes rencontrés. C’est un gars brillant avec un désir de répondre aux déserts médicaux.

dr. Martial Jardel (à droite) et dr. Paul-Henri Lambert (à gauche), accompagné de Johanne Chevalier, l’une des coordinatrices, a lancé le dispositif Médecins solidaires avec Bouge ton coq.

Les valeurs de Bouge ton coq et de Martial Jardel sont alignées. Le principal ? La solidarité et l’humain au centre de tout. Ils veulent chercher ensemble des solutions, et surtout les mettre en œuvre. Puis en juin 2022 ils créent Médecins solidaires. Idée?? Créer une filière santé dans les zones où il n’y a plus de généralistes en « chatouillant la corde par solidarité avec les médecins ». Et les amener en soutien dans un village qui n’a pas accès aux soins et une zone où les médecins généralistes sont débordés autour d’un nouveau concept en France.

À Lire  14 chiens ont été retrouvés morts de chaleur dans la caravane

Ceci pourrez vous intéresser :
C’est maintenant récurrent depuis quelques années sur le Rhin supérieur : les…

Un projet concrétisé en six mois

« Nous avons choisi la Creuse ensemble. Martial est médecin, exerçant en Haute-Vienne, et nous savions qu’il jouerait un rôle important dans la mise en place de l’expérience : il fallait donc qu’il soit à une distance convenable. Voir l’article : « Seduction Coach » jugé pour le meurtre odieux de son ex…. De plus, à Ajain, le maire et la municipalité ont été très dynamiques sur ce sujet », ajoute Emmanuel Brochot.

Ces cartes montrent qu’en matière de déserts médicaux, le pire est à venir en Creuse

Ajain pourra respirer. Martial Jardel se souvient : « Guy Rouchon, le maire, a ouvert grand les yeux quand nous sommes allés vers lui pour lui présenter le projet. Il a tout de suite embarqué. »

A l’initiative du Dr. Un collectif de « médecins pionniers » est fondé à Jardela à cette époque. Il s’est connecté avec le dr. A Paul-Henri Lambert, un ami d’enfance lui aussi originaire de la Haute-Vienne. « Il était déjà en discussion et a tout de suite rejoint l’aventure. Comme les autres médecins qui ont marqué ma carrière, lors de mon tour de France ou lors de ma formation. Ce sont les médecins avec qui j’ai trouvé qu’il y a cette sensibilité, cette idée de médecine solidaire, cet humanisme médical. Ils ont immédiatement répondu par l’affirmative. »

Bouge ton coq a cependant mobilisé l’un de ses membres, Gabriel du Passage, pour développer le dossier. Et il s’est mis à faire ce que l’association sait le mieux : monter un projet et le mettre en œuvre en réunissant tous les acteurs qui pourraient vivre dans ce centre de soins unique. Le Conseil Régional, l’Agglo du Grand Guéret, la Municipalité, l’Agence Régionale de Santé, la CPAM, la Préfecture de la Creuse ont suivi sans hésiter.

Comment convaincre de jeunes médecins de s’installer en Creuse ?

Les habitants d’Ajain ont également été informés de l’avancement du projet. Dans les six mois suivant sa conception, deux réunions publiques ont eu lieu. « Ce furent de grands moments d’émotion. Lors de la première réunion, les habitants étaient très curieux, un peu interrogateurs, sceptiques. Nous avons réussi à les convaincre de l’idée et du concept. Et lors de la deuxième réunion, la salle des fêtes était pleine. Tout était prêt , on leur a dit que le centre de santé serait ouvert quatre jours plus tard », raconte Gabriel du Passage.

« Le premier comité de pilotage s’est tenu en juin, et le centre a ouvert le 31 octobre. C’est allé vite. C’est l’avantage de Creus : nous avons tout de suite reçu un accueil bienveillant de la part de tous les acteurs qui se connaissent et peuvent facilement se rencontrer »

Mais il avoue avoir eu une appréhension au départ : « On pourrait être attaqué pour la continuité des soins, et on peut effectivement faire ça comme une force. Avoir plusieurs médecins en rotation signifie avoir plus d’yeux sur le dossier médical. Le croisement de ces vues permet d’être dynamique. Et parfois, les médecins qui viennent ont l’expertise pour aider les patients. »

À Lire  Royaume-Uni : toutes les cigarettes électroniques ne sont pas autorisées

Ceci pourrez vous intéresser :
Une réunion d’information a été organisée à Woluwe-Saint-Lambert ce lundi à propos…

Les plannings se remplissent vite

Le premier jour d’ouverture, le centre de santé d’Ajain a reçu une cinquantaine d’appels téléphoniques. Depuis, les patients sont venus nombreux et de loin, d’ailleurs en Creuse et même de Montluçon. « Les beaux jours sont arrivés. Sur le même sujet : Manque de médecins : à Quimper, SOS Médecins en première ligne. On prend plus de temps pour les consultations, car il faut reprendre les dossiers depuis le début », explique dr. Paul-Henri Lambert. Le centre de santé fait également office de « médecin traitant » pour les patients qui en font la demande.

Nous avons embauché deux coordonnateurs.

Deux coordonnateurs sont engagés pour mettre les patients en contact avec des médecins qui changent chaque semaine. « Médecins pionniers », réunis par le dr. Jardel, furent les premiers à y tenir des consultations. En dix semaines depuis l’ouverture, dix médecins ont réussi. Et depuis, le bouche à oreille marche bien : de nouveaux médecins s’inscrivent chaque jour, le planning est déjà bien rempli jusqu’à fin août. Ils viennent du Vaucluse, d’Ajaccio, de Lille, de Paris… Certains veulent même renouveler l’expérience.

Il faut dire que tout est pensé pour leur faciliter la vie pendant une semaine : ils sont logés en lodge, ils peuvent venir en famille, ils ont une voiture à leur disposition, ils reçoivent des invitations à des événements culturels locaux… Et qui sait, peut-être que certains d’entre eux sont tombés amoureux de la Creuse et ont décidé de s’y installer définitivement.

« Et ils repartent avec le sentiment d’avoir trouvé ce pour quoi ils sont venus : une semaine hors de leur temps, au service des urgences des résidents. Ils ont retrouvé les racines de leur métier », s’enthousiasme Emmanuel Brochot.

Ceci pourrez vous intéresser :
Ils sont quatre à Tonneins, six à Marmande, deux à Casteljaloux et…

Au chevet des patients et des médecins

Et l’urgence en Creuse existe. De nombreuses personnes n’ont pas accès aux soins et ne se font plus soigner. Arrêtez de vous exposer au danger. « Nous avons découvert qu’il y a des gens qui n’ont pas vu de médecin depuis deux ans. Cela peut être dangereux pour les personnes atteintes de maladies chroniques. Mais ils ne veulent pas s’acharner, ils disent : « On a essayé, mais c’est tellement compliqué de voir quelqu’un qu’on a déçu », regrette Martial Jardel.

« Nous voulons juste agir pour soutenir les patients qui n’ont pas de solutions et les médecins débordés. Nous sommes solidaires et enthousiastes. Notre génération est capable d’offrir d’autres perspectives plus brillantes. »

Et Emmanuel Brochot d’ajouter : « L’urgence, c’est maintenant. Il faut répondre au plus vite aux besoins des territoires. Si nous avons beaucoup de médecins qui répondent à l’appel, nous pourrons nous organiser et dupliquer rapidement le modèle d’Ajain ailleurs. »

Contacter Abonnez-vous à Doctolib. Pour les médecins qui souhaitent participer ou en savoir plus : contact@medecins-solidaires.fr ? ; www.medecins-solidaires.fr.