Comment les bélugas et autres animaux marins se sont-ils retrouvés dans la Seine ?

Written By Sara Rosso

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Environnement 10/08/2022 13:13 Mis à jour le 10/08/2022 13:29

Une orque, un béluga, un crocodile, une tortue alligator… Tous ces animaux ont disparu dans la Seine ces dernières années.

Le béluga a été récupéré de l’eau et a dû être euthanasié mercredi 10 août, mais les raisons de sa présence dans la Seine sont encore inconnues.

BELUGA – Comment est-il arrivé là ? Ce mardi soir 9 août, près d’une centaine de personnes étaient mobilisées pour une opération d’extraction d’un béluga d’une enclave de la Seine. Malheureusement, l’animal était en mauvais état pendant plusieurs jours et a finalement dû être euthanasié.

Une issue fatale qui pose aussi la question de la présence de l’animal dans ce fleuve alors qu’il évolue traditionnellement dans des eaux froides à plus de 3000 km. Avant les baleines, d’autres animaux ont également été retrouvés, comme une orque en mai dernier, un crocodile en 1974 et un python en 2012, capturés dans la Seine.

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Dans le cas du béluga, l’autopsie devrait faire la lumière sur son parcours. « Soit l’animal meurt et on peut faire des autopsies pour déterminer les raisons de sa présence et les causes de la mort, comme ce fut le cas pour l’épaulard. Soit l’animal va bien et il n’y a que des hypothèses », explique Frédéric Le Manach, directeur scientifique de l’association Bloom, qui oeuvre pour la protection de la mer, dans un entretien au HuffPost.

Pollution sonore, la piste privilégiée

Pollution sonore, la piste privilégiée

Il faut donc être prudent avec les hypothèses, car les bélugas sont des espèces très complexes, composées de différents groupes aux comportements différents. Des éléments du fonctionnement des communautés de cétacés sont encore mal compris, a déclaré au HuffPost Jean-Luc Jung, professeur-chercheur au Muséum national d’histoire naturelle : « Bien que ce cas soit très, très spectaculaire, il y a des solitaires parmi ces mammifères. Lire aussi : Le CBD peut-il guérir mon animal de compagnie ?. Mais la question est d’où cela vient-il : ce comportement est-il normal ? Les bélugas se sentiront-ils seuls? Les activités humaines peuvent-elles induire un comportement solitaire ? Tout cela est possible. »

Trois voies sont actuellement privilégiées par les associations pour protéger le milieu marin. Le premier : le béluga serait un jeune homme dont l’envie d’explorer l’aurait poussé à quitter son groupe. Le second évoque plutôt son état de santé dégradé (maladie, isolement social, etc.), ce qui expliquerait sa perte. Enfin, la troisième hypothèse va plutôt dans le sens d’une nuisance sonore d’un chantier à l’embouchure du Havre, qui aurait désorienté l’animal.

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Cette dernière piste est privilégiée en ce moment par Lamya Essemlali, présidente de Sea Shepherd France, qui exprime son inquiétude dans les colonnes du JDD : « Les cétacés sont très sensibles au bruit et l’estuaire du Havre est une zone où le trafic maritime est très intense, ce qui a toujours été le cas. L’élément nouveau qui pourrait être en partie remis en cause récemment est le chantier de construction d’éoliennes au large de Courseulles-sur-Mer (…) »

Une communication brouillée par les activités humaines

Une communication brouillée par les activités humaines

Frédéric Le Manach classe également cette trace comme « très probable ». Les mammifères marins disposent de systèmes acoustiques très sensibles pour se repérer dans leur environnement. Certains sont équipés de sonar interne, dont l’écho les informe de la distance et du type de relief qui les entoure, mais aussi de la présence de congénères : « Leur sonar peut être brouillé par les transports maritimes, les bateaux militaires qui utilisent aussi le sonar. Il y a des cas réguliers dans le monde où des baleines s’échouent, se perdent ou deviennent sourdes au sonar en raison de l’activité humaine. »

Cette interférence sonore empêche donc les baleines de communiquer entre elles, de chasser et peut même leur être fatale. D’autres activités humaines ont des impacts très forts sur le milieu marin, ajoute Jean-Luc Jung : « La pollution sonore et chimique, les changements d’habitat, le trafic maritime et les collisions sont des exemples de ces impacts ».

La pollution chimique de l’eau, liée notamment aux effluents industriels, pourrait très bien avoir causé les problèmes digestifs identifiés par les examens médicaux effectués sur le Beluga ce matin, confirme le chercheur.

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Des animaux sauvages en captivité ou abandonnés

Des animaux sauvages en captivité ou abandonnés

Une autre activité humaine à risque pour les animaux marins est la traite des êtres humains. Ces dernières années, une femelle crocodile, une tortue alligator ou encore un python de 40 kg et de trois mètres de long ont été retrouvés dans les profondeurs de la rivière. Souvent ce ne sont pas des animaux sauvages, explique Frédéric Le Manach, « ils sont gardés par des zoos, des parcs animaliers ou encore par des particuliers. Parfois l’animal s’échappe, parfois ce sont les individus qui en ont marre et s’en débarrassent. »

Un destin tragique pour ces nouveaux animaux de compagnie, dont l’achat est pourtant soumis à des règles légales strictes, surtout lorsque leur dangerosité a été prouvée. Lorsque le python a été pêché en 2012, la préfecture de police dans un communiqué se plaignait que des particuliers achètent des espèces exotiques sur un coup de tête : « En taille adulte, ils posent souvent un vrai problème de cohabitation en milieu urbain, dans des espaces et des climats inadaptés ». »

« Il y a aussi des baleines comme les dauphins et les bélugas qui sont gardées en captivité puis relâchées », rappelle Jean-Luc Jung. En 2002, la libération de l’orque Keiko s’est mal terminée, l’animal ne s’est jamais adapté à sa liberté et est mort en quelques mois. « Cela pourrait aussi faire partie des pistes… Mais quelles que soient les raisons de l’arrivée des animaux dans la Seine, le plus important est qu’ils deviennent aujourd’hui des symboles de conservation », poursuit-il.

Les bélugas étant des indicateurs de la qualité des habitats naturels, « ce sont des animaux à très longue durée de vie et particulièrement exposés à la pollution humaine. Quand on voit disparaître des groupes de cétacés avec des problèmes de santé avec des comportements déviants, c’est que l’impact de nos activités est important. » protéger l’environnement. »

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