COMMENT L’UNIVERSITÉ PEUT-ELLE AIDER LES ÉTUDIANTS À MIEUX MANGER

Written By Sara Rosso

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Alice Bellicha, Julia Baudry, Mathilde Touvier et Sandrine Pénéau

Publié le 22/09/2022

La crise sanitaire liée au Covid-19 a montré la vulnérabilité de nombreux jeunes en France, mettant notamment en lumière les inégalités de santé qui se sont déjà sensiblement creusées après la crise économique de 2008. Le sort des étudiants, notamment, est très donné. Maladie mentale, toxicomanie, troubles du comportement alimentaire… L’état de santé des étudiants est préoccupant et justifie que les questions de jeunesse soient au centre des politiques de santé publique. Face à cette vision, que peut faire l’université ? Nous conseillons ici sur la question de la restauration étudiante, et le rôle que cette institution peut jouer.

Nourriture étudiante en quantité

Même si les jeunes connaissent généralement mieux les recommandations alimentaires que leurs aînés, comme ils l’ont eux-mêmes indiqué, ces connaissances ne suffisent pas à influencer leurs choix alimentaires. Les jeunes de 18 à 25 ans suivent moins les recommandations alimentaires que les personnes plus âgées. Ils mangent moins de fruits et de légumes, boivent des boissons sucrées, sautent des repas, vont dans des fast-foods, etc. Les étudiants dépensent également la moitié de leur budget alimentaire en plats à emporter, soit deux fois plus que les ménages âgés de 35 à 64 ans.

Leur régime alimentaire semble s’être détérioré pendant la période des examens, puisqu’un quart déclare avoir arrêté de faire les courses et de préparer à manger.

L’entrée à l’université semble être bénéfique pour la prise de poids, les étudiants prenant en moyenne 6 livres au cours de leur première année d’université. En France, le nombre de 18-24 ans en surpoids a presque doublé entre 2012 et 2020, passant de 5,4 à 9,2 %. Environ la moitié des étudiants ont déclaré être préoccupés par leur poids et environ un quart souffraient d’un trouble de l’alimentation.

Par ailleurs, la malnutrition des élèves est un problème répandu et préoccupant. L’Observatoire de la vie étudiante révélait en 2016 que 8 % des étudiants disaient sauter des repas à cause de problèmes financiers. Ces chiffres se sont aggravés avec les problèmes de santé et l’augmentation de l’aide alimentaire, un étudiant sur deux déclarant ne pas avoir assez à manger. Face à ce constat, la restauration est proposée à 1€ dans les restaurants universitaires du Crous, cette offre reste accessible aux étudiants boursiers et en situation difficile.

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Une vie séparée, une liberté d’un lourd fardeau

Les étudiants « décohabitants », c’est-à-dire ceux qui quittent le domicile familial pour vivre seuls, en couple, en résidence universitaire, voire en résidence universitaire, se retrouvent face à de nouveaux défis. Avoir une maison privée leur impose de nombreuses responsabilités : gestion du temps, acheter de la nourriture, préparer la nourriture, tenir souvent un budget, etc.

Comme la plupart des étudiants disent qu’ils ne comprennent pas. Utiliser des aliments préparés ou préparer des plats simples et peu coûteux, comme une assiette de pâtes, leur apparaît souvent comme la seule solution. Lorsque nous avons interrogé en profondeur les étudiants, nous avons découvert que le repas pris seul à la maison est vécu par beaucoup de personnes comme un moment de solitude douloureuse, qu’elles essaient de contrôler en mangeant rapidement, devant l’écran, voire en évitant repas. . La solitude s’oppose à tout plaisir de la nourriture, qui semble tout à fait lié, selon leurs propos, au confort créé autour de manger ensemble.

Cuisine étudiante, travail social avant tout

Si l’isolement renforce les contraintes du quotidien, il s’accompagne aussi d’un sentiment de liberté et d’insouciance… et de transcendance. Les étudiants semblent aimer se rassembler autour du menu de la restauration rapide. Outre le faible coût de ces repas, ils sont attirés par le plaisir et l’excitation entre amis. Bien que l’influence du groupe soit souvent considérée comme négative, elle peut favoriser des comportements bénéfiques.

Dans les cafétérias universitaires, par exemple, le simple fait de voir les autres faire des choix alimentaires sains peut les inciter à le faire. Parce qu’ils proposent ce type de restauration à petit prix et qu’il y a une bonne ambiance, près de la moitié des étudiants aiment les restaurants universitaires, certains prétendent même qu’ils sont la meilleure solution pour allier équilibre et confort. . Cependant, ce constat doit être pris en compte : l’horaire restreint, les temps d’attente et le manque de variété ou de goût des aliments dans certains bâtiments empêchent les étudiants de se rendre dans les restaurants universitaires, ou les incitent à y manger de la friture, « sûre » selon leurs propres termes. . . Malgré cette lacune, les recherches menées par le Centre for Student Life fournissent des preuves de l’attachement des étudiants au système alimentaire de l’université. Il semble important de préserver ce modèle, surtout lorsque l’offre alimentaire autour de l’université est restreinte ou limitée à la restauration rapide.

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L’université peut-elle améliorer la nutrition des étudiants ?

Une université seule ne peut pas travailler sur tous les aspects de la nutrition des étudiants. Il peut cependant les aider à mieux apprécier lorsqu’ils mangent, notamment en ménageant suffisamment de temps pour les repas entre les cours, en créant des espaces satisfaisants et en améliorant et bonifiant l’offre alimentaire des restaurants universitaires.

La qualité nutritionnelle des aliments qui y sont proposés peut également être démontrée, grâce à des labels comme le Nutri-score, qui donne un aperçu de la qualité nutritionnelle globale des aliments, ce qui aide les élèves à faire des choix alimentaires sains.

Ces activités peuvent être renforcées en développant des partenariats avec les étudiants. En investissant dans des programmes de recherche collaborative comme l’étude NutriNet-Santé, les étudiants peuvent contribuer à une meilleure compréhension des habitudes alimentaires et des facteurs qui les influencent, ce qui est une première étape importante avant d’envisager de nouveaux services.

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Des initiatives telles que l’installation de food trucks sur ou à proximité des campus, proposant des repas sains, diversifiés, parfois collaboratifs préparés avec des produits locaux plus respectueux de l’environnement, se développent et par C’est ainsi qu’ils complètent l’offre des restaurants universitaires. Cependant, ils tardent à se déployer dans certaines zones qui comptent de nombreux élèves en situation sociale précaire.

Il est également possible de saluer des initiatives dédiées à la lutte contre les comportements étudiants, comme la création d’un « réfrigérateur partagé » à l’Université Bordeaux Montaigne, qui est mis à disposition par des associations de quartier, des coopératives étudiantes, ou encore des riverains.

Alice Bellicha (Enseignante, Sorbonne Université Paris Nord)

Julia Baudry (Nutritionniste, Inrae)

Mathilde Touvier (Directrice de l’Institut de recherche en infectiologie, U1153 Inserm, Inra, Cnam, Sorbonne Université Paris Nord, Inserm)