Corrida, le bien-être animal est-il pris en compte ? Arguments du Biterrois Olivier Margé et Thierry Anto

Written By Sara Rosso

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A Béziers, avant l’examen à l’Assemblée nationale, jeudi 24 novembre, du projet de loi d’Aimérique Caron visant à interdire les corridas, chaque jour, Midi Libre présente les arguments de deux militants locaux sur un sujet précis, pour plus d’approfondissement. Une place pour l’éleveur et directeur des arènes de Béziers Olivier Margé et l’élu écologiste Thierry Antoine. L’élevage de taureaux de combat est-il si bon pour l’environnement ? Le bien-être animal est-il respecté ? Éléments de réponse.

Le directeur général des arènes de Béziers, Olivier Margé, est le premier éleveur de taureaux des bords de l’Aude. Pour lui, la tauromachie est d’une grande importance pour l’écosystème. « Les éleveurs sont des agriculteurs qui entretiennent 1 000 hectares de terre d’un seul tenant avec la vie et la biodiversité créées autour du taureau de combat, dernier animal sauvage encore en Europe », explique-t-il. « Nous subventionnons le bruit, base du bétail tiré dans les grottes. Nous voulons favoriser l’élevage extensif alors que l’interdiction de la tauromachie conduirait à la fin de cette race qui est physiquement la plus proche de cet animal que l’on a trouvé dans les grottes de Lascaux. . Alors qu’on élève les toros sur l’herbe de façon traditionnelle. C’est absurde. »

« En 2022, nous sommes les derniers cow-boys »

« En 2022, nous sommes les derniers cow-boys car nous montons à cheval tous les jours et aucun véhicule ne pénètre dans les enclos de nos taureaux sauf pour les nourrir de foin ou d’herbe. Nous entretenons une faune diversifiée et unique en Camargue ou chez nous au bord de la Aude River où nous sommes en agriculture biologique .Tout est naturel, sans engrais, avec des reflux de vache qui sont réinjectés dans le sol. Lire aussi : Les meilleurs produits de beauté pour l’hiver.Les vannes sont renouvelées et en arrosant nos terres on nourrit les moustiques et ainsi tout l’écosystème autour nourrit les oiseaux , grenouilles… »

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« Une ganaderia est une réserve de faune sauvage et de biodiversité unique »

« Ceux qui veulent abolir la tauromachie n’ont jamais visité nos fermes, ils ne connaissent pas les enjeux, la richesse de notre faune car l’élevage est une réserve d’animaux sauvages et de biodiversité unique ». Et Olivier Margé ne manque pas d’arguments : « Concernant les taureaux de combat, il faut rappeler que seuls 7 % des taureaux sont tués dans les arènes, soit entre 30 et 50 animaux par an, et qu’ils permettent à 700 animaux de vivre à l’état sauvage.

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« Je suis convaincu qu’ils ne souffrent pas pendant les 20 minutes de leur combat »

« Je suis un éleveur, amoureux de mes toros et convaincu qu’ils ne subissent pas 20 minutes de combat après 4-5 ans où ils ont été soignés et ont vécu comme des rois sur mes terres. La douleur c’est la nervosité cachée et la testostérone comme un boxeur sur le ring revenant au combat après un coup .Un brave toro n’est pas un chien ou un chat qui fuit la douleur.Sa nature est de se battre et on perd plusieurs toros par an à cause des coups, il mérite de mourir de son propre combat dans l’arène avec tout le respect qui l’entoure. Face à un torero ou un camp. Mais pas avec une balle dans la tête quand il sort de l’arène car il mérite plus qu’une vache à viande. Toro est différent des humains ou de la plupart des animaux qui craignent la douleur. »

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« Des dizaines de millions de subventions pour soutenir une pratique orientée sur le loisir ? »

De son côté, l’élu écologiste du Biterrois Thierry Antoine défend une position radicalement opposée. Et il doute de la sincérité des défenseurs du taureau lorsqu’ils développent des arguments environnementaux. « On sent que c’est une excuse… C’est aussi un argument qu’on peut retourner. L’élevage de taureaux de combat n’est pas le seul élevage extensif, mais est orienté vers le loisir. Et il reçoit des dizaines de millions de subventions agricoles à travers la PAC (politique agricole commune ndlr) (sur la base d’un calcul à l’hectare). Des subventions qui font défaut aux autres agriculteurs. Il y a un côté parasitaire à cette culture dont la vocation n’est pas de nourrir la population mais de se divertir. Cela pose un problème moral : peut-on allouer des dizaines de millions d’euros pour soutenir les pratiques de loisirs ?

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« Un aveuglement du milieu taurin »

Sur le bien-être animal : « Mes mains tombent. Ils élèvent bien leurs bêtes, mais il ne faut pas oublier le but. Il y a un problème de cécité dans le milieu des taureaux. siècle où l’animal était imaginé comme une machine. Parler par exemple du courage d’un toro n’a aucun sens. L’animal ne peut être ni courageux ni arrogant, c’est un homme de la construction. Le courage chez un brochet n’est qu’une réaction instinctive à l’attaque encore en réponse à une pique. D’ailleurs, tous les éthologues tombent à terre quand on leur parle de ça.

« Et la race tora s’éteindrait si on arrêtait la tauromachie ? Personne ne pourrait donc garder la race taurine des taureaux de combat qui n’avaient plus de but à tuer ? Ou est-ce l’amour de la Tora qui le ferait » s’il n’en était pas ainsi fort?

« L’idée qu’un animal subit la douleur pour un spectacle doit être impossible »

« Toro aurait un lien avec la préhistoire : ce n’est pas confirmé scientifiquement. On est dans le domaine de la croyance pour l’environnement des taureaux. Avec l’idée d’un toro qui se battrait et ne souffre pas ou qui ressentirait de la douleur mais ne souffrirait pas … Nous sommes à loisir et sur le déni de la souffrance animale. Moralement, c’est une inquiétude. Je ne suis pas toujours d’accord avec Caron, mais je suis d’accord avec lui quand il dit cette phrase : « L’abolition serait un petit pas pour un animal, un pas de géant pour l’humanité. » L’idée qu’un animal souffre parce que le spectacle doit être impossible. C’est plus adapté à la société d’aujourd’hui. A l’époque, l’idée était de montrer la supériorité de l’homme sur les animaux sauvages. , le rapport de l’homme à la nature n’est plus de la dominer mais de la protéger. C’est pourquoi la tauromachie est anachronique et je m’étonne qu’elle survive encore ».

« Ce que je voudrais, c’est que nous inventions une nouvelle façon de célébrer le taureau. Dans tous les arts, il y a des changements. »