[ÉLIMINÉ] Gaston Burtin : Dans les coulisses de la Champagne devant…

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En lançant la série « Hommage à Gaston Burtin », Frédéric Olivar, président de la Maison Burtin, veut rendre célèbre quelqu’un qui a toujours refusé de l’être. Car telle est bien l’histoire de Gaston Burtin, l’histoire d’un homme de l’ombre, d’un cochon éminent, et n’ayons pas peur des paroles d’un flibustier champenois qui, pendant des décennies, a fait, dans le plus grand secret, pleuvoir ou briller sur l’appellation .

« Gaston Burtin, c’est l’homme à la réussite incroyable, c’est l’Amérique des chercheurs d’or et le Texas d’Épernay, c’est la démonstration que tout est possible » s’enthousiasmait Michel Dovaz dans son Encyclopédie du Champagne en 1983, avant de poursuivre : « Il y a vingt à trente millions de bouteilles en entrepôt, c’est aujourd’hui le deuxième producteur de champagne.Son nom était inconnu il y a cinquante ans, rarement prononcé il y a trente ans, chuchoté aujourd’hui par quelques initiés.Gaston Burtin est tout le contraire du faste et du luxe et représentation festive du champagne et des maisons de champagne. C’est un homme qui ne croit ni au show ni à la publicité, craint les dépenses inutiles, évite les collaborateurs superflus, et redoute sa tête. »

Né en 1900 dans l’Aisne, Gaston Burtin n’est pas champenois. Il débarque à Epernay en 1923 où il travaille pour son beau-père Léon Sacotte, qui tient un commerce d’alcool et de champagne, avant de créer sa propre société en 1933. En pleine crise, notre héros achète du vin sur lattes des vignerons (des bouteilles déjà produites) pour les revendre sous la marque « Gaston Burtin ». Il découvre alors que son nom n’est guère un vendeur. « Il ne pouvait pas mettre ‘Enke’ devant, et ‘Burtin’ manquait d’un son germanique », explique Frédéric Olivar. Gaston réoriente donc son activité vers les maisons de Champagne. Le principe est simple : acheter quand personne n’achète, que ce soit du raisin, du vin ou des bouteilles sur lattes, pour revendre quelques années plus tard, souvent à ceux qui lui avaient vendu, quand le marché explose et que les prix sont à leur niveau. plus haut. Des maisons, dont des marques très connues, collent ainsi en toute confiance leurs étiquettes sur ses bouteilles, elles connaissent bien sa devise : « Oser, vouloir et savoir se taire ».

En 1950, alors que l’importante récolte fait chuter les prix, Gaston Burtin réalise sa première grande opération. Il achète alors avec vengeance. Le gel printanier de 1951 lui donna raison et de nombreux commerçants vinrent le solliciter. Ce succès lui permet d’acheter le champagne Giesler à Avize en 1953. Mais c’est en 1955 qu’il établira définitivement sa fortune. Cette année-là, l’émissaire du Comité Champagne, Pierre Koelgen, appelle en vain toutes les maisons pour obtenir une place dans le raisin pour les vignerons. Gaston Burtin accepte de stocker leurs vins dans les caves qu’il occupe le long de la voie ferrée entre Castellane et Mercier. Il ne peut pas payer immédiatement, mais il demande que les paiements soient échelonnés. La timidité des maisons aura raison de la fidélité de nombre de leurs fournisseurs, et 1955 marquera le début du renouveau de la conduite à la vigne et des projets coopératifs. Gaston Burtin, quant à lui, apparaîtra comme le sauveur des vignerons qui n’oubliera jamais son geste. Et alors que 1956, 1957 et 1958 offraient de petites vendanges alors que les Trente Glorieuses commençaient à peine, Gaston sortit deux fois vainqueur, vendant à nouveau ses vins aux maisons à des prix exorbitants.

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C’est ce coup de maître qui lui permet d’acheter en 1958 le champagne Gauthier, une autre maison historique qui compte à l’époque 400 ouvriers et jouxte Moët & Chandon. Il y entame un projet pharaonique en creusant à 35 mètres de profondeur pour créer un réseau de caves imbriquées de neuf étages reliées par un ascenseur. Il investit également dans des équipements automatisés qui lui permettent de sortir jusqu’à 100 000 bouteilles par jour. Il sera ainsi l’un des rares opérateurs à pouvoir satisfaire ce nouveau marché émergent en termes de volume, la grande distribution qui accompagne la démocratisation du champagne. Il multiplie habilement les marques (plus d’une centaine) pour éviter que les mêmes produits ne soient mis en concurrence entre les différentes marques. Il a aussi mis la main sur de jolis noms, qui résonnent avec des marques bien connues comme Eugène Cliquot ou Alfred Rothschild.

La société de Gaston Burtin appelée « Marne et Champagne » est aujourd’hui la fabrique cachée de l’appellation. Il repose sur une très bonne base. « Comme la gestion était patriarcale, presque tout reposait sur l’équité. Il était devenu extrêmement riche, le magazine L’Expansion, à la fin des années 1970, le classait parmi les cinquante plus grandes fortunes françaises. »

La maison léguée à sa nièce dans les années 1990 connaîtra quelques difficultés liées à des choix stratégiques, mais peut-être aussi à la baisse du marché spéculatif. Face aux révélations de la presse anglaise, les maisons qui n’étaient pas autosuffisantes vis-à-vis de leur vignoble préfèrent désormais s’équiper et ainsi pouvoir revendiquer la parenté de leurs vins. En 2005, la maison Burtin est finalement reprise par BCC, où elle maintient son activité de service, mais désormais plus sur mesure, tout en incluant certaines marques du groupe dans sa clientèle. Elle poursuit également son activité antérieure dans le sens de la grande distribution.

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Lorsque Frédéric Olivar devient président en 2020, il fait un constat : l’entreprise a tout d’une grande maison de champagne, pourquoi ne pas en profiter et relancer la marque Gaston Burtin qui n’était plus utilisée depuis les années 1930, quid des bouteilles proposées à les livreurs ? « Nous n’avons pas l’image d’une maison qui a les pieds dans la terre, pourtant nous avons un réseau d’approvisionnement de 700 hectares répartis entre 800 fournisseurs de toute la Champagne. Ce sont des contrats à long terme avec des familles qui nous suivent depuis parfois quatre générations. En matière de vins, notre style est unique. Nos malos ont toujours été bloqués. Sur le haut de gamme, nous avons souvent fait de la prose sans le savoir, comme en témoigne notre solera créée il y a quinze ans par mon prédécesseur. Enfin, nos 20 millions de bouteilles en stock nous donnent accès à tout ce dont nous pouvons rêver ! Pour cette nouvelle série j’ai donc pu mettre de côté depuis mon arrivée ce qui me paraissait intéressant, l’idée est de proposer des vins sur le fruit, la finesse, la fraîcheur, l’élégance, et d’éviter la vinosité. La garde est de trois ans minimum pour que les champagnes soient légèrement polis, mais sans excès. Nous visons avant tout l’export, le circuit traditionnel et le b to b, je suis sûr que l’histoire de Gaston Burtin parlera aux entrepreneurs ! Nous partons d’un volume de 70 000 bouteilles et visons 300 000 à terme en plaçant le BSA autour de 34 euros ».

La dernière dimension du projet est sociale. « Nos gens se sentent orphelins. C’est un milieu où la notion de maison, de marque, est essentielle, et c’est probablement encore plus le cas à Epernay qu’à Reims. Ils ont tous des amis, des cousins, des frères qui travaillent pour Pol Roger, Perrier-Jouët… C’est important pour eux de pouvoir réclamer leur champagne. Gaston Burtin a quelque chose de fédérateur, il fait partie de la légende, il était proche de ses ouvriers, son esprit est toujours là, nous avons même gardé son ancienne 604 Peugeot ! »