ENTRETIEN EXCLUSIF. Le gouverneur de la Banque de France prédit un « ralentissement significatif » en 2023

Written By Sara Rosso

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Pour son entretien de rentrée, le gouverneur de la Banque de France a choisi Ouest-France pour s’exprimer en cette période pleine d’incertitudes. François Villeroy de Galhau interviendra également au Forum économique breton, ce jeudi 1er septembre, à Saint-Malo sur le thème « Où va l’économie française et européenne dans l’incertitude ? ».

Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau a livré une analyse économique de la période d’incertitude vécue par la France et l’Europe depuis la guerre d’Ukraine et ses conséquences endémiques. L’activité en France reste plutôt « résiliente », malgré divers chocs sur les prix de l’énergie et des matières premières. « On est encore loin d’être sortis de ce choc et d’en mesurer tous les effets », estime-t-il encore. Le gouverneur a également passé en revue le niveau des crédits immobiliers accordés en France et le fonctionnement du financement du logement.

Ceux d’entre vous qui ont sous les yeux le tableau de bord économique français sur l’inflation, quels sont les indicateurs ?

L’inflation en France à fin août a légèrement baissé, et est la plus faible de la zone euro, à 5,8% dans l’indice « national » ou 6,5% dans l’indice européen harmonisé. La moyenne de la zone euro atteint 9,1% : cela montre l’efficacité des mesures dites de « bouclier tarifaire » prises pour protéger le pouvoir d’achat de la France.

Mais 6% d’augmentation de prix, c’est trop. Nous sommes déterminés à la Banque de France et à la Banque centrale européenne à lutter contre cette inflation et à la ramener à 2 % d’ici 2024. En revanche, l’inflation s’est propagée au reste de l’économie, y compris le secteur des services. Cela justifie notre mobilisation.

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Le pays doit-il continuer à augmenter ses dépenses publiques pour absorber ce nouveau choc ?

Non, ce choc ne peut être supporté par la dette publique, qui a atteint un niveau trop élevé. Ce nouveau choc est différent du Covid : moins violent mais plus durable. Il n’y a pas de « tout ce qu’il faut ». Chacun doit jouer son rôle dans l’effort, en protégeant les plus défavorisés de nos concitoyens.

Quels sont vos outils pour faire baisser l’inflation à 2% d’ici 2024 ?

Celle-ci consiste en la « normalisation » de la politique monétaire, c’est-à-dire la sortie de taux d’intérêt exceptionnellement bas. Pour simplifier, quand il n’y a pas assez d’inflation, c’est-à-dire la situation économique jusqu’au choc Covid inclus, il faut appuyer sur l’accélérateur, c’est-à-dire avoir une politique monétaire accommodante, des taux d’intérêt bas et une injection de liquidités dans l’économie.

S’il y a trop d’inflation comme aujourd’hui, la première chose à faire est de relâcher l’accélérateur en ramenant le taux d’intérêt à un niveau normal ou « neutre ». Après avoir gravi le premier palier en juillet, la semaine prochaine nous déciderons d’une nouvelle étape : nous devons agir avec détermination mais de manière organisée et prévisible.

La spirale prix-salaires est-elle déclenchée selon vous ?