France : le visa marocain El Grande Toto refusé

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CASABLANCA : Nouvelle polémique sur le refus d’une demande de visa Schengen par la France par des citoyens marocains. Cette fois, c’est l’artiste El Grande Toto qui en ferait les frais, rapportent plusieurs médias marocains.

Conséquence : l’artiste n’a pas pu assurer son concert qui devait se tenir ce jeudi 11 août, dans le cadre du Demifestival, organisé à Sète en France. Sa tournée européenne prévue en octobre serait également compromise.

Une situation embarrassante donc pour l’artiste le plus écouté en 2021 sur Spotify dans les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord (MENA). Il n’a pas caché son agacement dans une story sur son compte Instagram : « Avoir un visa aujourd’hui, c’est comme jouer à la loterie. C’est comme si c’était un jeu de hasard. J’en ai vraiment marre. »

Ce n’est pas la première mauvaise expérience de Toto avec les services consulaires français. En effet, il y a moins d’un mois, alors qu’il devait faire une mini-tournée en France, le rappeur n’a pu obtenir qu’un visa de dix jours. « Je n’en peux plus. Je ne comprends pas pourquoi après avoir déposé un dossier complet et solide, je n’ai droit qu’à dix jours », s’indignait-il alors.

Politique de restriction des visas

De nombreux Marocains rencontrent aujourd’hui d’énormes difficultés pour obtenir un visa pour la France. Artistes, entrepreneurs, journalistes, scientifiques, enseignants ou même simples touristes. De plus, de plus en plus de Marocains semblent s’éloigner de la France, pour passer leurs vacances en Espagne ou en Italie.

« Tant que vous ne reprenez pas vos compatriotes, nous n’acceptons pas vos compatriotes », avait lancé en septembre 2021 le ministre français de l’Intérieur Gérald Darmanin contre trois pays du Maghreb (Maroc, Algérie, Tunisie).

« Nous le faisons parce que certains des compatriotes algériens, marocains et tunisiens qui sont sur le sol français ne sont plus acceptés par ces pays ou parce qu’ils sont des islamistes radicaux, ou sont des délinquants » ou des immigrés clandestins. « Nous leur disons que tant que vous n’aurez pas repris vos compatriotes, nous ne les accepterons pas », a déclaré Darmanin.

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Le gouvernement français a ainsi décidé de réduire de moitié le nombre de sésame accordé à l’Algérie et au Maroc et de 30% à la Tunisie, une décision jugée à l’époque humiliante sur les réseaux sociaux marocains. Des centaines de témoignages ont commencé à affluer, faisant état de la situation. Les familles qui vont en France depuis des années, qui y ont vécu ou dont le fils y étudie, ne peuvent plus y aller.

Les candidats sont désormais soumis à un véritable parcours du combattant et n’ont aucune garantie d’obtenir le visa, même s’ils remplissent toutes les conditions requises.

Aux côtés de la diplomatie marocaine, le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, avait déclaré que « la décision (de la France) est souveraine », mais « injustifiée ». « Le Maroc va l’étudier, mais les raisons qui le justifient demandent précision et dialogue, car elles ne reflètent pas la réalité », mais aucune avancée n’a été faite sur ce dossier.

La presse marocaine n’a pas hésité à invoquer le principe de réciprocité des visas.

« Visas : la réciprocité est essentielle », « Réciprocité des visas VS hospitalité marocaine », « Visas français. Le Maroc pourrait appliquer la règle de réciprocité si… » sont quelques exemples des titres d’articles demandant l’égalité et la réciprocité dans la délivrance des visas pour le Maroc, pour les citoyens français, qui jusqu’à présent en sont exemptés.

Plus récemment, c’est le Cercle Eugène Delacroix, association d’élus de la République dont le but est de promouvoir l’amitié entre la France et le Maroc, qui a pris position et appelé à « la sortie de crise des visas ».

« Le Maroc est un pays ami et un partenaire stratégique pour la France, a insisté Emmanuel Macron, tout juste élu, lors de son premier déplacement hors d’Europe à Rabat à l’invitation de Mohammed VI en 2017 », écrit Salah Bourdi dans une tribune du président du Cercle avant de préciser que « le corps consulaire français établi au Maroc, qui effectue un travail considérable, est embarrassé ». « Les Marocains et les Marocains qui aiment vraiment la France sont déçus », ajoute-t-il.

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En ce sens il lance un appel qui se veut l’écho d’un retour à la normalité : « Les élus du Cercle Eugène Delacroix, les millions de doubles nationalités, les millions d’amoureux de cette belle amitié franco-marocaine en appellent aux Français gouvernement et marocain à la raison. La politique française des visas doit revenir à la normale, la France est un grand pays, aimé, attendu et espéré au Maroc et dans le monde.

Le journaliste franco-marocain Mustapha Tossa écrivait récemment dans un éditorial publié par Arab News en français : « tant pour les sans-papiers, les S-files que les imams qui propagent des pensées radicales, la stratégie du ministre de l’Intérieur est de faire en sorte de ne pas quitter ce terrain vague afin que le l’extrême droite peut s’y installer confortablement.» C’est une décision politique qui relativise la crise politique que traverse le gouvernement français.

Selon lui, « l’enjeu pour ce ministre emblématique de l’ère Macron est d’essayer de venir à bout du pion d’extrême droite sans déstabiliser les milieux de gauche, sans quoi le second mandat d’Emmanuel Macron semblerait un long chemin à franchir ».

Entre enjeux politiques, politique migratoire et bras de fer diplomatique, la question des visas continue de susciter les passions. Il souligne désormais les relations difficiles entre des États qui ont toujours placé leurs relations sous le signe de la fraternité.