Interview : Aurélien Delecroix, Président du Syndicat du Chanvre « L’avenir se met au vert »

Written By Sara Rosso

Rédactrice passionnée depuis plus de de 15 ans. Sara vous trouve les dernières infos

Créé en 2018, le Syndicat Professionnel du Chanvre regroupe une soixantaine d’acteurs : producteurs, transformateurs, distributeurs et professionnels associés des filières du chanvre bien-être et du cannabis thérapeutique. Son président Aurélien Delecroix précise sa vision du marché et ses attentes au niveau politique pour le développer.

Plusieurs commerces s’installent dans le quartier. Comment percevez-vous l’engouement actuel pour le CBD en France ? Quels sont vos espoirs et vos craintes ?

En effet, il existe aujourd’hui environ 400 [600, ndlr] une boutique spécialisée en France et c’est sans compter la part non négligeable du commerce en ligne. Plus qu’un emballement, nous assistons à la structuration d’une véritable filière économique et c’est une réelle opportunité pour la France. Cela reflète à la fois le potentiel du marché et les attentes réelles des consommateurs. Cela rend indispensable l’élaboration d’un cadre juridique clair et lisible pour surveiller le secteur et donner de la visibilité à ses acteurs. Nous espérons que ces changements arriveront bientôt.

Notre filière est plus proche des plantes à parfum, aromatiques et médicinales.

Pensez-vous que le CBD pourrait représenter un cheval de Troie légal vers la légalisation du cannabis récréatif en France ?

La légalisation du cannabis récréatif n’est pas notre sujet. Comparer le CBD et le cannabis récréatif n’a pas de sens. Ceux qui rendent cela confus sont mal informés. Pensez-vous que la vente de bière sans alcool est responsable de l’alcoolisme ? Le CBD n’est pas un produit stupéfiant et a été rappelé l’automne dernier par la Cour de justice de l’Union européenne. Dès lors, nous ne comprenons pas l’entêtement des autorités qui refusent de reconnaître cette distinction claire, démontrée par la science.

La France est un grand producteur de chanvre. L’engouement actuel pour le CBD transforme-t-il l’industrie ?

En effet, la France est traditionnellement un pays de production de chanvre, et ce depuis des siècles. Cependant, il est nécessaire de distinguer les choses. D’un côté, la filière du chanvre industriel qui valorise les fibres végétales et les graines, essentiellement à destination du BTP. D’autre part, les producteurs de chanvre CBD évaluent les ingrédients actifs de la plante, dérivés de la fleur. A cet égard, notre filière est plus proche des plantes à parfum, aromatiques et médicinales. Le déménagement CBD est une opportunité pour nos agriculteurs qui, on le sait, ont parfois du mal à suivre. Le CBD, c’est aussi l’opportunité pour les Français de pouvoir améliorer leur bien-être grâce à une molécule sûre et naturelle.

À Lire  Conseil constitutionnel sur la CDB : arrêt Schrödinger

Selon vous, combien d’emplois le marché du chanvre représente-t-il en France ? Et pour quel chiffre d’affaires ?

Le potentiel économique d’une filière CBD française n’est plus à prouver. Cela représente des dizaines de milliers d’emplois dans nos trois principaux secteurs d’activité : la production, la transformation et la distribution. Et cela ne concerne pas tous les emplois indirects qui bénéficieront du boom économique du secteur CBD (logistique, conseil, comptabilité, laboratoires, banque et assurance, etc.) et des recettes fiscales générées par l’Etat. . Le potentiel économique de la filière CBD pour 2022 est estimé à un milliard d’euros !

Une partie des consommateurs français semble particulièrement apprécier le CBD sous forme de fleurs séchées, fumées ou vaporisées, mais ces fleurs semblent provenir majoritairement de producteurs étrangers comme la Suisse. Comment cette situation vous inspire-t-elle ?

Cette situation est problématique à plusieurs égards. D’abord parce que la réglementation française, très contraignante en la matière, fait des producteurs français les oubliés du secteur. Ensuite, parce qu’on constate sur le terrain que certains produits étrangers ne répondent pas aux normes de qualité que les consommateurs français sont en droit d’attendre. Soyons clairs, ce n’est pas une honte pour tel ou tel pays mais pour garantir aux consommateurs une qualité et une traçabilité irréprochables. Et les outils existent ! Il faut maintenant une volonté politique pour les mettre en place.

Une collaboration étroite entre les services de l’Etat et le secteur aboutira à la mise en place d’un secteur d’avenir pour notre pays.

Quel conseil donneriez-vous aux entrepreneurs français qui souhaitent se lancer dans la vente de produits CBD ?

À Lire  La filière chanvre en Bretagne rêve d'un avenir prospère

Tout d’abord, se rapprocher du Syndicat Professionnel du Chanvre. Depuis 2018, nous avons su construire un réseau solide qui représente tous les acteurs de la filière et accompagne nos adhérents dans un secteur d’activité parfois complexe et qui se doit d’être irréprochable vis-à-vis de la réglementation. Ensuite, comme tout projet entrepreneurial, il faut savoir se retourner, comprendre les attentes des consommateurs et bien choisir ses partenaires.

Enfin, que pensez-vous que l’avenir nous réserve ?

L’avenir sera vert. il n’y a pas de doute. Et c’est prometteur. La France doit être pragmatique et rompre avec le tabou de ne pas agir sur la base de contresens liés à la méconnaissance du sujet. Le président de la République a annoncé en 2017 vouloir enrayer le dogmatisme qui paralyse l’action publique en France. Nous sommes un exemple clair du poids de ces dogmes dans des enjeux réglementaires fondés sur des positions politiques dépassées. Mais nous sommes optimistes : une collaboration étroite entre les services de l’Etat et le secteur aboutira à la mise en place d’un secteur d’avenir pour notre pays.

Plus d’articles sur le CBD

Une association tournée vers le bien-être ouvre ses portes
Lire aussi :
l’essentiel Le dimanche 7 août à Prayssas, l’association « Au bonheur des chevaux »…