J-3 pour Noël, l’Azerbaïdjan poursuit son blocus arménien…

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Depuis le 12 décembre, l’Azerbaïdjan, qui fournit du gaz à l’Europe, poursuit son opération de blocage des 120 000 Arméniens du Haut-Karabakh. Le gaz n’a été rétabli que 3 jours après avoir été illégalement coupé. Alors que la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, se félicite du dernier accord signé avec son nouvel allié Ilham Aliyev, les Arméniens vivent en sursis. Échange de gaz contre les Arméniens… reportage sur le gasgate qui tue déjà des gens.

Et dire que l’Azerbaïdjan est devenu l’allié énergétique de l’Union européenne et de la France. Contre la Russie, Vladimir Poutine, Gazprom, il fallait un plan B pour se réchauffer cet hiver. Et nous voici. Il est vrai que l’Azerbaïdjan, dont la capitale est Bakou, au bord de la mer Caspienne, est riche en gaz et en pétrole. Mais ce n’est pas une démocratie. Il occupe la 128e place sur 180 selon les experts de Transparency International – cette organisation mondiale qui alerte, évalue et commente le niveau de droit, de justice et de corruption dans 180 pays à travers le monde. La Russie est pire et la Turquie ferait mieux (96e sur 180). L’Arménie est la meilleure élève de la classe (58e), mais cela ne suffit pas. Un grand professeur de droit qui a croisé la route de la célèbre université Paris-Panthéon-Assas a récemment répondu à ce qui s’est passé dans le Caucase : « Il n’y a plus de droit international… » L’heure est donc au retour à la barbarie, au droit des plus forts et le mépris des droits de l’homme. Et c’est ce que (re)vivent actuellement les Arméniens. La messe serait-elle dite pour l’Arménie, la première nation à embrasser le christianisme ?

Le temps de l’amitié franco-arménienne, malgré les très récentes déclarations et bonnes intentions de l’Assemblée nationale et du Sénat, des élus et des maires de France appelant à des sanctions contre l’Azerbaïdjan, semble également révolu. Emmanuel Macron resterait-il sans voix à ce stade ? Il ne bouge plus un doigt. Il ne sécurise ni l’Arménie ni le Haut-Karabakh, pieds et poings liés à Poutine, qui joue un double jeu. Quant à Aliyev, il veut « chasser ces chiens », c’est-à-dire les Arméniens. Il ne l’a jamais caché. Emmanuel Macron continue de trembler. Il gratte en parlant des dossiers. Il est allé jusqu’à avertir. N’oubliez pas de respecter le cessez-le-feu. Mais c’est tout. Sa mâchoire se transforma en ironie. Il n’intervient plus pour demander au tyran de lever le blocus. Il n’envoie pas de soldats ou d’armes comme en Ukraine. Et du côté européen ?

Un Arménien ne vaut pas un Ukrainien. Et, Azeri Gas vaut bien un sacrifice.

Gazgate d’Ursula von der Leyen

Pensez à cette dame aux cheveux blonds debout alors que ces messieurs sont assis dans de confortables fauteuils, le 6 avril 2021, dans le palais du dirigeant turc, Recep Tayyip Erdogan. Charles Michel, le président du Conseil de l’Europe, manquait d’élégance. Mais passons cet incident formel, qui reste symbolique de la passivité, voire de la soumission, dont l’Europe est capable avec la Turquie et ses alliés comme l’Azerbaïdjan.

Un an plus tard, le 18 juillet 2022, afin d’affaiblir davantage la Russie et de couper toutes les ressources européennes (1 à 2 milliards d’euros par jour), le président de la Commission européenne signe un accord gazier historique avec le président azerbaïdjanais. D’une addiction à l’autre… il n’y a qu’un pas, un seul contrat, une seule signature, un seul déshonneur. Cette fois, Ursula von der Leyen a sa place. Et, il est semé d’or. Elle est bien assise à côté d’Ilham Aliyev. Au même moment, en France, une centaine d’élus de tous partis ont dénoncé cet accord. Par l’initialisation, l’Europe se connecte à un leader qui joue un double jeu, et qui continue de coopérer avec Poutine. Les portes de l’enfer sont de nouveau ouvertes…

Faut-il rappeler qu’Ilham Aliyev est sorti vainqueur d’une guerre de 44 jours qui a fait 5 000 morts côté arménien, utilisant des armes interdites par la Convention de Genève, comme les bombes à fragmentation et les bombes au phosphore ?

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Pour les Ukrainiens, leur utilisation est un crime de guerre, pour les Arméniens… un détail.

Pire, l’Azerbaïdjan et la Russie, avant l’invasion de l’Ukraine, ont renforcé leurs alliances. Selon Nerses Kopalyan, qui enseigne à l’université du Nevada, spécialisée dans la sécurité internationale et les questions géopolitiques, la Russie a investi dans la production et la distribution de gaz… en Azerbaïdjan. Les Russes y sont associés à hauteur de 20 %. La saleté tout le long ? En tout cas, le double jeu fonctionne à plein régime.

Les Caucasiens et les Slaves sont de formidables joueurs d’échecs, tandis que les Occidentaux sont des joueurs d’échecs naïfs.

Enfin, cet accord est d’autant plus scandaleux que le président de la Commission européenne n’a jamais condamné les agressions de l’Azerbaïdjan et de l’Arménie depuis le 13 septembre. Et, encore moins, ce blocus.

La guerre de 44 jours, bis repetita ?

Le 27 septembre 2020, l’Azerbaïdjan a bombardé le Haut-Karabakh, cette région montagneuse située sur son territoire, à une dizaine de kilomètres de l’Arménie, et qui est habitée à 95 % par des Arméniens. C’est leur terre ancestrale. Ils ne la quitteront jamais. Dès le 27, des civils sont touchés et plusieurs centaines de morts sont à dénombrer. Les Azéris avancent vite, trop vite. Les positions arméniennes tombent une à une. Les cessez-le-feu, sous la direction de Vladimir Poutine, encore une fois, ne sont pas respectés. La guerre dure jusqu’au 10 novembre, date de l’armistice.

Pour bien comprendre ce qui se passe dans cette région du monde, la Transcaucasie, à plus de 4 000 kilomètres de Paris, il faut se replonger dans l’histoire. Et, faire de l’histoire comparée. D’un côté, vous avez l’Arménie, qui existe depuis 3 000 ans, et l’Azerbaïdjan, qui existe officiellement depuis… 1917. Les Arméniens remonteraient même au temps de Noé, à cette figure patriarcale biblique. Avec sa famille, sa tribu, Noé est le seul rescapé du déluge. Son arc termine sa course au sommet du mont Ararat.

Plus tard, au Ier siècle av. J.-C., l’Arménie fut Les Arméniens sont devenus chrétiens vers 301 (ou 311 selon les historiens). L’Arménie a été conquise à plusieurs reprises et a perdu ses territoires au profit des conquérants, Romains, Byzantins, Perses, Arabes, Turcs et Mongols. Les premières tribus turques (la dynastie seldjoukide) ne sont arrivées dans le Caucase qu’à la fin des Xe et XIe siècles. Puis, au XVIIe siècle, l’Arménie rétrécit encore plus. Il borde l’Empire ottoman à l’ouest. Il va de Samsun et Sis (la capitale perdue du royaume arménien entre le 12 et le 14) au Karabakh. Actuellement, l’Azerbaïdjan est occupé par les Perses.

Au 19e siècle, la Russie gouvernait ce territoire. Les Perses battent en retraite.

Guerre sans fin, nettoyage ethnique

Tout change au XXe siècle avec le génocide, l’avènement de l’URSS et la chute de l’Empire ottoman. En 1915, le génocide des Ottomans frappe 1,5 million d’Arméniens, qui sont accusés de trahison. La Première Guerre mondiale va vaincre cet empire, qui vit alors sa première révolution. En 1921, Staline a donné les terres du Haut-Karabakh et du Nakhitchevan (également des terres arméniennes, qui se trouvent au sud-ouest de l’Arménie) à l’Azerbaïdjan, qui n’avait que 4 ans. L’Arménie aussi est devenue une république sous le joug bolchevique.

En 1988-1991, après la chute de l’URSS, l’Arménie et l’Azerbaïdjan se louent à nouveau. Le Haut-Karabakh a déclaré son indépendance, ce que les autorités azerbaïdjanaises n’aiment pas du tout. L’Arménie est sortie victorieuse de cette guerre, en 1994, et a récupéré une partie de son territoire, qui est devenue la République d’Artsakh. En 2020, l’Azerbaïdjan reprend les hostilités. C’est la guerre de 44 jours.

Blocus ou nettoyage ethnique ?

Au 12 décembre, les informations du Haut-Karabakh (sur les 30% du reste du territoire arménien) sont alarmantes. Les Azéris ont profité de la coupe du monde de football pour organiser le blocus de la République d’Artsakh, où vivent 120 000 personnes, dont 30 000 enfants. La route principale reliant ce haut plateau à l’Arménie est coupée. C’est le couloir de Lachin. Ils ont également coupé le gaz (rétabli trois jours plus tard). Pendant que l’Europe se réchauffait au gaz azéri, les Arméniens avaient froid. Très froid, même, avec des températures descendant en dessous de -5°C.

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Ruben Vardanyan, le nouveau ministre d’État (l’équivalent du Premier ministre) a lancé son SOS : « Ma première communication, en ma nouvelle qualité de ministre d’État d’Artsakh, est de la plus haute urgence. En ce moment, le peuple du Karabakh sont au bord d’une catastrophe humanitaire. Nous avons besoin de votre aide. Le matin du 12 décembre, l’Azerbaïdjan a bloqué la seule route reliant l’Artsakh au reste du monde [il s’agit du corridor de Lachin, que l’Azerbaïdjan interdit également aux journalistes], affirmant pour mener des « audits environnementaux ». Les 120 000 habitants de la république, dont 30 000 enfants, se sont retrouvés dans un isolement complet La seule bouée de sauvetage utilisée pour livrer toutes les marchandises à l’Artsakh – de la nourriture aux médicaments – a été coupée pour la deuxième fois en un mois, sans avertissement quand ce blocus sera-t-il levé. »

Il y a deux jours, le premier décès a été officialisé. Il est l’un des 11 patients gravement malades qui avaient besoin d’un traitement à Erevan. 4 devrait suivre le même chemin meurtrier si le blocus n’est pas levé dans les 24 heures. Les personnes âgées sont également mortes de froid.

De leur côté, les enfants s’adaptent. Dans une école de Stepanakert, ils se sont adressés au reste du monde en écrivant sur leur tableau noir : NOUS AVONS LE DROIT À L’ÉDUCATION. NOUS AVONS LE DROIT A L’EDUCATION.

Une maman, de son côté, a lancé ce SOS : « On a un problème alimentaire, il y a des files d’attente dans les commerces, on nous donne une quantité limitée de pain, de sucre, d’huile, et il y a des commerces qui ne fonctionnent plus. Ils sont fermés ». en raison du manque de nourriture nécessaire. Les mères avec enfants ont de gros problèmes parce qu’elles ne peuvent pas trouver d’aliments pour bébés et d’articles d’hygiène pour leurs enfants. Nos enfants sont privés du droit à l’éducation. Il est difficile de trouver différents types de médicaments dans les pharmacies, tels que antipyrétiques, antihypertenseurs, nous avons des patients qui ont besoin de soins médicaux urgents. Les possibilités de services médicaux sont limitées pour nous. Nous avons des enfants qui ont besoin d’une aide médicale en Arménie. Il y a un manque de médicaments dans les hôpitaux. »

Contre le silence du reste du monde

Les yeux terrifiés et suppliants de ces enfants se tournent vers les grands décideurs de ce monde. L’ONU, Joe Biden, la France, Emmanuel Macron et l’Europe vont-ils taper du poing sur la table et dire à Ilham Aliev : Assez, laissez-les vivre ! A J-3 de Noël il y aurait un message fort de courage pour… la paix !

La catastrophe annoncée est malheureusement en cours. Et si ce n’était que le prélude à de plus grandes manœuvres barbares : une invasion des 30 % restants du Haut-Karabakh ? Et si cela finissait par être un nettoyage ethnique ? Si tel était le cas, cela signifierait que le génocide de 1915 se poursuit.

Face à ce silence très inquiétant du reste du monde, les manifestations et meetings se poursuivent à Stepanakert, autour du président Arayik Haroutionian et de son ministre d’Etat Ruben Vardanyan. En ligne de mire : la fin du blocus, la reconnaissance internationale de l’Artsakh, et Noël, qui est célébré chez ces chrétiens apostoliques le 6 janvier. « Nous n’abandonnerons pas ! C’est certain, les Artsakiotes ont du courage.

Reportage réalisé par Antoine Bordier en collaboration avec Irina Manoukian