Judo | Prix ​​Patience Catherine Beauchemin-Pinard

Written By Sara Rosso

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La poussière a eu le temps de retomber pour Catherine Beauchemin-Pinard un mois après avoir obtenu son titre de vice-championne du monde de judo chez les moins de 63 kg.

Une médaille d’argent aux Championnats du monde est pleinement méritoire, mais en judo, cette récompense s’acquiert après avoir perdu le combat pour la médaille d’or. Et c’est pour cette raison qu’il faut toujours un peu plus de temps pour le savourer pleinement.

« Je suis vraiment content de ma médaille d’argent. C’est clair (je me dis) : « Ah, j’étais si près de l’or », mais si je repense à ma journée, je me suis très bien battu et j’ai eu tellement de bons commentaires d’entraîneurs et d’autres athlètes. Beaucoup de gens m’ont dit que c’était vraiment amusant de me regarder. […] Je pense que je savoure un peu plus ça », explique l’athlète, rencontré avant l’entraînement à l’Institut national du sport du Québec.

Parmi les meilleures au monde deux années de suite

Catherine Beauchemin-Pinard est une athlète exceptionnelle. Parmi les athlètes québécois qui ont remporté des médailles aux Jeux olympiques de Tokyo, seuls deux d’entre eux sont montés à nouveau sur le podium lors des Championnats du monde suivants, l’autre étant la rameuse Kasia Gruchalla-Wesierski. Ceci pourrez vous intéresser : Hygiène moyenne, casserole usagée, plastique : ces mauvaises habitudes à bannir pour éviter les intoxications. L’haltérophile Maude Charron est la dernière à rejoindre ce club sélect aux championnats du monde à Bogota, en Colombie, début décembre, où elle fera ses débuts dans sa nouvelle catégorie des moins de 59 kg.

PHOTO ANNEGRET HILSE, ARCHIVES REUTERS

Dans son palmarès, Catherine Beauchemin-Pinard place sa plus récente médaille d’argent à égalité avec celle de bronze obtenue aux Jeux olympiques de Tokyo. Son état d’esprit avant ces deux tournois majeurs était cependant légèrement différent. A Tokyo, elle savait qu’elle pouvait obtenir un bon résultat. Aux championnats du monde le mois dernier, pour la première fois, elle s’est dit qu’elle pouvait battre tout le monde.

« Tout au long de la journée, je me suis sentie à ma place et je l’ai même dit avant d’aller aux Championnats du monde : à ce stade de ma carrière, je suis bien installée dans ma catégorie de poids. »

Pas d’arrogance, juste une saine confiance en soi.

Cette confiance, est-elle innée ou s’est-elle construite au fil des années ? Celui qui a étudié au Saint-Hubert Judo Club rit avant de répondre.

« Ça s’appuie sur les résultats que j’ai eu par le passé. J’ai gravi les échelons un par un. »

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Une longue progression

En 2014. Catherine Beauchemin-Pinard a remporté le bronze aux Championnats du monde juniors. L’année suivante, elle a terminé cinquième aux championnats du monde seniors. En 2016, c’est donc en toute logique qu’elle s’imagine sur le podium olympique à ses premiers Jeux. Son élimination précoce au premier tour du tirage au sort des -57 kg a eu l’effet d’une douche froide.

« Les Jeux de Rio en 2016 ont été une grosse déception. J’étais vraiment content d’y aller, mais du coup tu es sélectionné, tu en redemandes. La façon dont j’avais abordé les Jeux, j’étais très concentré sur les résultats. Je voulais absolument une médaille et je savais que j’en étais capable. […] En 2021, je me suis beaucoup plus concentré sur le processus avant et sur ce que je voulais ressentir avant les Jeux et le jour des Jeux. Et je pense que c’est ce qui a fait une grande différence. J’ai pu être plus performant et gérer mon stress en 2021 qu’en 2016. »

Les années entre 2016 et 2021 ont été décisives pour l’avenir. Une série de défaites l’ont amenée à s’interroger sur son avenir sportif.

« Chaque fois que je perdais, c’était comme: » Je ne suis pas bon. Pourquoi suis-je ici, pourquoi est-ce que je fais ça?  » Je me suis tellement rabaissé qu’après, c’était plus dur de remonter la pente. Là, j’ai dit ça suffit ! J’ai envie de faire du judo pour l’aimer, que je perde ou que je gagne. »

Cela impliquait un changement de catégorie de poids : sortie des moins de 57 kg pour se retrouver dans les moins de 63 kg. Un monde de différence qui va bien au-delà de 6 kg. Soit l’athlète est montée dans la catégorie, soit elle a arrêté le judo. Sa décision a été prise en concertation avec son entraîneur et son psychologue spécialisé en nutrition.

« J’ai dû réapprendre à aborder les compétitions d’une manière différente et aussi mes adversaires, car à 63 kg, ils sont tous vraiment plus gros que moi. C’était toute une adaptation. Ensuite, je me fixe des objectifs de processus au lieu d’objectifs de résultats. Et avec tous ces petits apprentissages, c’est là que j’ai réussi à avoir une Catherine plus complète et prête à obtenir ce qu’elle voulait aux Jeux de Tokyo. »

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Le déclic

Catherine Beauchemin-Pinard a poursuivi son chemin vers les Jeux qui devaient initialement être présentés en 2020. Un an plus tôt, elle avait été éliminée dès la première ronde des Championnats du monde. Une défaite qui s’est transformée en moment charnière, constate-t-elle trois ans plus tard.

« J’étais déçu et je doutais de moi. J’étais comme, ‘Si je ne suis pas capable de performer aux Championnats du monde en 2019, comment vais-je obtenir une médaille aux Jeux ?’ J’ai tout remis en question. Et c’est là que je me suis dit que si je voulais continuer et performer dans les prochains tournois, il fallait que je cesse de me remettre en question à chaque fois. C’est là que j’ai commencé à avoir plus de compassion avec moi-même. […] Voir la défaite comme un moyen d’apprendre et de se relever la prochaine fois et pas seulement comme une défaite. »

Dans sa tête, elle se battrait comme si les Jeux de Tokyo étaient ses derniers.

Le 27 juillet 2021, elle est devenue la première judoka québécoise à monter sur un podium olympique. Cette journée avait pourtant mal commencé, sauf que cette fois, elle ne doutait plus de ses moyens.

« Monter sur le tapis et se dire qu’on a vraiment envie de gagner et de ne pas vouloir perdre, c’est une grosse différence. Quand on fait tout pour ne pas perdre, généralement, ça ne se passe jamais bien », s’amuse l’athlète, alors qu’on devine qu’elle a des exemples très précis en tête.

Au premier tour, la Québécoise avait l’avantage face à la Danoise Laerke Olsen, qu’elle avait défait lors de leurs trois dernières rencontres.

« Elle était bien préparée et elle a bloqué toutes mes attaques. Mes techniques habituelles ne fonctionnaient pas. Je me souviens avoir paniqué un peu dans ce combat. Sasha (Mehmedovic, son entraîneur) était sur la chaise et il m’a vu paniquer un peu et m’a dit moi d’aller de l’avant et de me détendre. C’est ce que j’ai fait. J’ai continué et j’ai fini par la renverser. »

L’athlète a fait le point avec son entraîneur après le choc. « Je pense que cette conversation a été cruciale pour le reste de la journée car nous avons compris les i dans les points. Le combat est terminé, vous avez brisé la glace et vous passez au suivant. Pas besoin de paniquer, allez-y avancez et mettez en œuvre votre plan. »

Au tour suivant, Beauchemin-Pinard a affronté l’Autrichienne Magdalena Krssakova, contre qui elle avait perdu lors de leur dernier duel. Mais sur le tatami olympique, la Québécoise n’a eu besoin que d’une trentaine de secondes pour la vaincre. Sa seule défaite de la journée surviendra en demi-finale contre l’éventuelle médaillée d’or Clarisse Agbegnenou de France.

La combattante n’était pas seule dans son cheminement vers la troisième marche du podium. Antoine Valois-Fortier était en action le même jour qu’elle et avait été éliminé plus tôt, sauf qu’il était resté dans les tribunes clairsemées du Nippon Budokan pour crier ses encouragements à sa coéquipière.

« C’était vraiment drôle. Il était là pour me soutenir et ça m’a vraiment touché qu’il soit resté toute la journée. »

Un an plus tard, aux Championnats du monde, Valois-Fortier continue de l’encourager, mais cette fois dans le fauteuil de l’entraîneur. Celui qui a pris sa retraite en décembre 2021 la dirige en compétition et la conseille également en dehors des tatamis.

« Je pense que nous formons une bonne équipe. Je me tourne beaucoup vers lui en raison de son expérience de ces dernières années et de la façon dont il a géré la situation. »

Toutes les cases sont maintenant cochées sur sa liste sportive et si tout se passe comme prévu, elle obtiendra son baccalauréat en sciences comptables à l’UQAM le mois prochain. Son équilibre entre le sport et les études lui garde les deux pieds sur terre et elle compte bien conserver cette recette avec le diplôme d’études supérieures en fiscalité qu’elle entreprendra dans les mois à venir. Une fois qu’elle aura raccroché son judogi, ce sera le titre de comptable professionnelle agréée qu’elle visera.

Après les Jeux de Tokyo, elle avait mentionné qu’elle souhaitait continuer à être médaillée aux Championnats du monde. Désormais, elle avoue qu’elle commence à se laisser prendre à l’idée de continuer jusqu’à Paris.

« Je suis à l’aise dans ma catégorie de poids et je me dis, ‘hein, à quoi ça va ressembler en 2024?… Ça pourrait faire quelque chose de bien! » […] Autant je ne veux pas me mettre la pression, autant ce serait vraiment mes derniers Jeux cette fois et j’y vais pour m’amuser, je vois les noms qui apparaissent dans les classements et je suis dans mon place. « 

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