La BCE fait face à une situation inédite

Written By Sara Rosso

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Jeudi 21 juillet, la Banque centrale européenne a pris des décisions historiques pour tenter de juguler l’inflation sans affaiblir les pays très endettés.

Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne (BCE), a expliqué que le Conseil des gouverneurs « préférerait ne pas utiliser » le bouclier développé pour réduire les écarts de taux d’emprunt trop larges entre les pays (plus larges) de la zone. euro, mais « si nous devons l’utiliser, nous n’hésiterons pas ». Car l’Union européenne fait face à une inflation galopante qui a déjà atteint 8,6% en juin 2022. La BCE a donc décidé jeudi dernier de relever ses taux directeurs pour la première fois depuis 11 ans, mais a aussi dévoilé un nouvel outil anti-fragmentation qu’elle permet pour lutter contre les différentiels de taux d’intérêt entre les pays de la zone euro s’ils s’avèrent trop importants.

Outre-Atlantique, sur la même période, les prix à la consommation ont augmenté de 9,1% en juin, selon les données publiées par le Bureau of Labor Statistics, l’office officiel des statistiques affilié au département américain du Travail. Il faut remonter 40 ans en arrière pour retrouver un tel niveau d’inflation, précisément en novembre 1981. La croissance des prix est de 8,6% en rythme annuel, les USA subissent alors les conséquences du deuxième choc pétrolier de 1979.

L’inflation est une situation d’augmentation générale et permanente des prix des biens et des services. En France, l’INSEE le mesure mensuellement à travers l’indice des prix à la consommation (IPC), dans la zone euro l’indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH) est utilisé. Et face à ce phénomène, qui grève – de surcroît de manière inégale – les budgets des ménages et des entreprises, les options ne sont pas les mêmes des deux côtés de l’Atlantique. Il s’agit des différentes missions prévues par la loi des deux mastodontes commerciaux.

La BCE est limitée par sa mission principale : limiter l’inflation

Le principal objectif de l’Eurosystème, qui se compose de la Banque centrale européenne et des banques centrales nationales des États membres dont la monnaie est l’euro, est de maintenir la stabilité des prix. Cette règle est contenue dans l’article 127 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne et sa modification nécessiterait l’unanimité des États.

En octobre 1998, le Conseil des gouverneurs de la BCE a défini la stabilité des prix comme le maintien du taux d’inflation moyen pour l’ensemble de la zone euro à des niveaux inférieurs mais proches de 2 % à moyen terme.

Pour atteindre cet objectif, la BCE procède à une analyse économique et monétaire. Ensuite, il fonctionne en déterminant les taux d’intérêt qu’il applique lorsqu’il fournit des liquidités au système bancaire, c’est-à-dire lorsqu’il prête de l’argent aux banques, argent qui est ensuite prêté aux particuliers et aux entreprises sous la forme, par exemple, de prêts à la consommation ou pour les investissements. Les variations des taux d’intérêt affectent directement les banques, et donc indirectement les taux que ces banques appliquent aux crédits et dépôts de leurs clients. Une hausse des taux directeurs peut donc entraîner un resserrement du crédit pour les particuliers et les entreprises ou une augmentation de leur coût. L’annonce il y a quelques semaines d’une future hausse des taux d’intérêt de 0,25% par la BCE a déjà fait remonter les taux des crédits immobiliers en France, rendant plus difficile l’accès aux actifs, l’effet recherché par la BCE : la stabilisation des prix. Le fait qu’elle ait finalement décidé jeudi 21 juillet de réduire cette hausse à 0,5 % devrait accentuer le phénomène.

Le Conseil des gouverneurs est le principal organe de décision de la BCE. Il définit la politique monétaire de la zone euro, notamment en matière de taux d’intérêt. Le Conseil d’administration se réunit deux fois par mois. Les décisions sur les taux d’intérêt ne sont généralement prises qu’à la première réunion mensuelle. Le président du Conseil de l’Union européenne – actuellement la République tchèque -, l’Eurogroupe – un groupe de 19 pays dont la monnaie est l’euro, jusqu’à 20 à partir de 2023 – et un membre de la Commission européenne peuvent participer aux réunions, mais n’ont pas le droit de vote.

Les banques centrales nationales servent de relais à la BCE pour mettre en œuvre la politique monétaire. La BCE et les banques centrales nationales utilisent trois instruments principaux pour gérer les taux d’intérêt : les opérations d’open market, les facilités permanentes et les réserves obligatoires.

Les opérations d’open market consistent en l’achat ou la vente de titres ou de prêts à court terme de l’Eurosystème aux banques. Les facilités permanentes permettent aux banques de retirer ou de déposer quotidiennement des liquidités bancaires. Et enfin, les réserves obligatoires sont un outil par lequel les établissements de crédit doivent constituer des réserves obligatoires auprès des banques centrales nationales lorsque celles-ci sont élevées, les banques commerciales se retrouvent avec moins d’argent et doivent faire plus attention à leurs flux.

A l’aide de ces outils et dans un souci d’atteindre ses objectifs, la BCE a relevé ses taux directeurs de 50 points de base en juillet – soit 0,50% – et pourrait encore augmenter en septembre. La présidente de la BCE, Christine Lagarde, a également annoncé la fin des achats de titres. Cette mesure de politique monétaire restrictive se matérialise notamment par la réduction de la taille du bilan de la Banque Centrale, de sorte que lorsqu’une obligation détenue par la BCE est remboursée, la Banque Centrale restaure la valeur de ce titre et détruit la monnaie correspondante.

Mais ce n’est pas tout, elle tente aussi de venir en aide aux États, gros emprunteurs sur les marchés pour financer leur dette qui s’est accrue avec la pandémie de Covid-19 et les plans de relance. Avec une dette de 116% du PIB en France en 2021, toute hausse des taux d’intérêt auxquels le pays emprunte sur les marchés représente des milliards de surcoûts. Mais quand la BCE augmente ses taux directeurs bancaires, elle augmente également les taux auxquels les pays empruntent.

Afin d’éviter les dommages collatéraux de la politique de stabilité des prix dictée par les accords, comme elle l’a fait lors de la crise de la dette en zone euro et lors de la pandémie, la BCE a annoncé jeudi 21 juillet qu’elle allait lancer un programme d’achat de dette publique – « TPI », pour l’instrument de protection de la transmission – remplace le marché. Mais à condition que les pays qui en bénéficient respectent les recommandations européennes d’assainissement de leurs comptes.

De quel droit la BCE intervient-elle dans ce domaine, alors qu’elle n’a qu’à assurer la stabilité des prix ? Encore une fois, nous devons regarder du côté du traité sur le fonctionnement de l’Union. Toutefois, selon l’article 127, si la mission principale est bien de limiter l’inflation, il lui est assigné une mission secondaire : soutenir « la politique économique générale dans l’Union, dans le but de contribuer à la réalisation des objectifs de l' »Union » « .

Objectifs et outils de la FED

La loi sur la Réserve fédérale confie à la Fed la mission de « maintenir la croissance moyenne des agrégats monétaires et le montant du crédit compatible avec le potentiel de croissance de la production, afin de poursuivre les objectifs d’emploi maximum, de prix stables et de prix bas à long terme ». taux d’intérêt. » Comme on le voit immédiatement, les missions premières de la Fed sont plus étendues : réduire le chômage, limiter l’inflation, contrôler les taux d’emprunt, y compris les obligations d’État.

Afin d’atteindre ces objectifs, Jerome Powell, président du Conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale des États-Unis, a annoncé un nouveau resserrement de la politique monétaire américaine, relevant pour la troisième fois cette année les taux directeurs de 75 points de base et réduire la taille du bilan de la Fed. La hausse d’environ 75 points de base est la plus importante depuis 1994, intervient quelques semaines après une précédente hausse de 50 points de base et devrait atteindre 100 points de base alors que l’inflation de juin est de 9,1 %. Pour retrouver ce niveau, il faut remonter 40 ans en arrière jusqu’en novembre 1981. Il ne fait donc aucun doute que la décision sur cette hausse devrait être prise lors de la réunion de la Fed des 26 et 27 juillet.

Le système de réserve fédérale se compose du conseil des gouverneurs, de douze banques régionales de réserve fédérale, similaires aux 19 banques centrales nationales de la zone euro, sauf que chaque réserve régionale a compétence sur plusieurs États, et du comité fédéral de l’open market (FOMC). ).

Le Conseil des gouverneurs siège à Washington. Il arrête les règles relatives aux réserves obligatoires et supervise également les activités déléguées aux douze banques de réserve, notamment en matière de gestion de la monnaie fiduciaire et de contrôle bancaire.

Douze banques régionales de la Réserve fédérale sont les seuls actionnaires de la FED. La Fed est partiellement indépendante du pouvoir politique, cependant, elle rend compte au Congrès. En effet, la Constitution des États-Unis prévoit à l’article 1, section 8 que le Congrès a le pouvoir « de frapper de la monnaie et d’en fixer la valeur », donc l’autorité monétaire n’est déléguée qu’à la Fed. Par ailleurs, la loi Humphrey-Hawkins d’octobre 1978 prévoit que le Conseil des gouverneurs doit soumettre un rapport au Congrès sur l’état de l’économie et de la politique monétaire au moins deux fois par an et que ces rapports soient entendus par le président du Conseil des gouverneurs. . par le Sénat et la Chambre des représentants.

Le Federal Open Market Committee (FOMC) est chargé de définir la politique monétaire. Il est composé de douze membres et se réunit toutes les six semaines. Trois semaines après chaque réunion, les « procès-verbaux » sont publiés, qui contiennent un résumé des discussions, ainsi que le nombre nominal de voix pour chaque résolution envisagée. La semaine prochaine, il y a une réunion à l’issue de laquelle le FOMC devrait annoncer qu’il augmentera ses taux de 75 points de base, suivie de trois autres réunions jusqu’à la fin de 2022 qui porteront les taux à 3,5% voire 4% en fonction de l’inflation future. résultats.

En resserrant leur politique monétaire, les banques centrales tentent de ralentir la croissance des prix. Un tel resserrement pourrait cependant s’accompagner de conséquences négatives essentiellement au niveau domestique, il affecterait le financement des pays concernés, provoquerait un ralentissement de l’activité économique et générerait une récession à long terme. Certains pensent que la zone euro connaît déjà une croissance négative.

Ensuite, au niveau international, la politique monétaire pourrait avoir des répercussions sur les pays émergents et en développement. Selon les données de la Banque mondiale, près d’un tiers de la dette extérieure des pays les plus pauvres est contractée à taux variables. Dans un contexte de hausse des taux d’intérêt, il pourrait y avoir des retards, similaires à celui qu’a connu le Sri Lanka en avril.

D’un point de vue juridique, les mesures prises par la BCE pour limiter la hausse des taux auxquels les pays empruntent sur les marchés pour emprunter font désormais plus ou moins consensus, et la Cour de justice a confirmé leur légalité. de l’Union européenne. En revanche, des voix s’élèvent pour critiquer l’implication de la BCE dans des politiques de long terme comme la lutte contre le réchauffement climatique. Il est peut-être temps de mieux cadrer les objectifs de la Banque centrale européenne. Ça tombe bien, le Parlement européen vient de demander la révision des traités. Les États, qui priment sur les traités, seront-ils là ?

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