« La première urgence » : 5 médecins en devenir

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« Premières urgences » : 5 médecins en devenir

14 novembre 2022 • • Temps de lecture : 7 min Sur le même sujet : Quels sont les dangers des cigarettes électroniques neuves et jetées ?.

Cinq étudiants en médecine découvrent leur métier aux urgences de l’hôpital Delafontaine à Saint-Denis. Derrière la caméra, Eric Guéret leur donne la parole. Rotation des équipes, abandon de la psychiatrie, manque de matériel informatique, erreur médicale, formation initiale à moderniser, « Premier Recommandations » un documentaire qui dit tout… avec humanité.

Mélissa, Hélène, Lucie, Evan et Amin ont étudié à la faculté de médecine de Bobigny. C’est la première fois qu’ils recousent des plaies, rédigent une ordonnance, rassurent des malades. En les suivant pendant six mois, jusqu’à leur stage aux urgences de l’hôpital Delafontaine à Saint-Denis, on apprend qui ils sont, quelles sont leurs qualités, leurs peurs, leurs limites…

Six mois de tournage

« Premières urge » est un documentaire qui donne la parole à ces jeunes pratiquants âgés de 22 à 25 ans. Des femmes et des hommes qui débutent leur métier, parfois sans vocation pour le faire, mais qui au fil des jours se passionnent pour ce métier, désireux de le perfectionner avec humilité.

Faire face aux bobos de l’hôpital

Réalisé à partir de 150 heures d’images, ce film d’1h40 capture le service des urgences en pleine action, montrant une grande variété de la vie quotidienne. On voit des médecins qui endossent le rôle de « vendeur » pour trouver un « lit » à leur patient afin qu’il soit pris en charge dans un service adapté… ie. une heure voire deux heures d’appels entre collègues pour chaque personne malade. ou une personne blessée qui ne peut pas être éteinte. Les profils des stagiaires sont également d’une grande variété et leurs caractères s’adaptent en fonction des situations. Tour à tour, les « enfants » s’affrontent : qui connaît le plus de noms latins pour chaque os du pied. Les « sérieux-approfondis » qui retracent, dans un carnet, tous les patients qu’ils ont rencontrés. Ce sont les « têtus » qui remettent en cause la concurrence pour acquérir l’expertise tant désirée.

Rayonnant d’humanité

Ces cinq stagiaires sont là pour apprendre leur métier sur le terrain – entourés et soutenus par des équipes dévouées, soudées, professionnelles et humaines, livrant 7 jours sur 7 – mais aussi pour soigner les malades qu’ils soient : alcooliques, victimes de violences, des psychotiques, des personnes très âgées vivant dans une extrême solitude, des personnes sortant de prison…

La jeune stagiaire Lucie se laisse guider par son empathie. Il aborde tous ses patients avec la même voix douce et bienveillante. A la SDF racontant sa vie dans un parking, une bouteille en plastique remplie d’un liquide jaune à la main, Lucie demande ce qu’elle contient. Devant le sourire gêné de la femme, Lucie lui dit qu’elle comprend et lui rappelle qu’il est interdit de boire de l’alcool à l’hôpital. Quand elle lui propose une douche. Sa patiente semble réticente « – Tu dois te laver ? Lucie lui répond, d’un air détaché :  » non, c’est une motion et après on fait les examens pour voir si c’est cassé ou pas « . On comprend qu’en lui laissant le choix de refuser, Lucie lui offre un statut qu’elle n’a jamais eu.Cette femme, à la vie si dure, l’appelle « ma fille » lui prend les mains et prend sa douche, les yeux brillants, un spectacle d’humanité absolument radieux.

Pour les fans des séries TV « Urgences », « Doctor House » et consorts, passez votre chemin, en « Premiers Recommandations » malgré la période Covid-19 (de novembre 2020 à mai 2021) et la typologie des patients, ici A Delafontaine, pas nous se baisser, on ne lâche rien, on s’entraide, on n’oublie personne. Ici, on maîtrise.

« Un regard juste et sans concession sur les urgences »

Le documentaire « Premières urge » réalisé par Éric Guéret, sortira en salles le 16 novembre.

Entretien avec le réalisateur Éric Guéret

Comment est née l’idée de ce film ?

J’ai réalisé un film aux urgences de l’hôpital Avicenne de Bobigny en 2015. Je parlais déjà de la dégradation de notre système de santé et de la fatigue des équipes soignantes. Quel avenir la politique de rentabilité de « l’hôpital d’entreprise » aurait-elle pour notre offre de soins ? Pendant cinq ans, j’ai essayé de poursuivre ce questionnement et de faire un nouveau film sur l’hôpital public. Sur sa fragilité et son risque de faillite, mais aussi sur sa beauté et sa nécessité absolue. Ce qu’il faut comprendre, c’est que pour beaucoup de Français, l’hôpital et surtout les urgences, sont les seuls endroits où aller en cas de problème. Le désert médical progresse : sur près de la moitié du territoire, la population n’a plus accès à un médecin. Sans l’hôpital, il n’y aurait rien. Alors que l’accès aux soins gratuits est l’un des piliers de l’accord républicain ! Mais au-delà du fléau de la désertification médicale, l’hôpital reste l’une des seules bouées de sauvetage pour toute une partie de la population qui subit de plein fouet la cruauté de notre société. Violence physique, bien sûr, mais aussi précarité, solitude, vieillesse, instabilité psychiatrique. Dans ce film, les jeunes internes font face à tous ceux qui arrivent aux urgences : ils font face à des problèmes graves, parfois mortels. Leur service est parfois le seul espoir pour certains patients. A l’heure où l’hôpital va plus mal que jamais, il me paraît essentiel de rappeler le cœur de sa mission de service public.

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Pourquoi avez-vous choisi les urgences de l’hôpital Delafontaine à Saint-Denis ?

L’hôpital Delafontaine est le lieu idéal pour incarner les questionnements soulevés par le film. C’est un grand hôpital de banlieue, semblable à ceux que l’on trouve dans de nombreuses villes françaises. Elle est au cœur d’un désert médical urbain et est donc représentative de ce que vivent de nombreux autres territoires. Car le désert médical n’est pas qu’à la campagne comme on pourrait le penser.

En revanche, la Seine-Saint-Denis fait face, comme toutes les grandes agglomérations périphériques, à la pauvreté de sa population, à l’arrivée de populations migrantes, à la solitude des personnes âgées et à toute la fragilité sociale que l’hôpital doit gérer. Enfin, il était important pour moi de ne pas m’installer dans un endroit où la situation serait extrême. Je ne voulais pas être au milieu d’un service d’urgence chaotique. J’aime filmer les problèmes de notre société en les abordant à travers les solutions. Du bon côté plutôt que du côté obscur.

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Les urgences de l’hôpital Delafontaine subissent tous les abus de l’hôpital public mais elles fonctionnent malgré tout. Cela est principalement dû à l’engagement et à l’unité de toutes les équipes soignantes. Mais aussi au management de leur chef de département Mathias Wargon. C’est un personnage charismatique qui est devenu l’un des personnages principaux du film lors du tournage aux côtés des 5 stagiaires. Grâce à lui, le service des urgences de Delafontaine fonctionne bien. Vous ne voyez aucune misère, un système dérangeant, des patients oubliés par une dent d’attente… Cette situation nous permet d’avoir un regard juste et sans concession au plus près de la réalité quotidienne de ce service.

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