« La santé ne parle pas aux jeunes et c’est aussi notre faute, nos médecins »

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Written By Sara Rosso

Rédactrice passionnée, Sara vous présente les nouveaux faits d'actualité 

(ETX Daily Up) – Comment parler de santé avec les jeunes ? A cette question qui préoccupe le ministère de la Santé, le rapport « Pour une culture de la promotion de la santé chez les jeunes en France » propose des actions pour traiter la question du bien-être dès le plus jeune âge, et tout au long de la vie. Pauline Martinot, l’une des auteures du rapport, a répondu à nos questions. Entrevue.

Quand doit-on parler de santé ? Dans le rapport ministériel « Pour une culture de la promotion de la santé chez les jeunes en France », la co-auteure Pauline Martinot, doctorante en Neurosciences et troubles neurologiques à l’Université de Paris, regrette le discours alarmant des médecins et la posture de santé qui s’attache trop beaucoup sur les hôpitaux.

Le fondateur de la société Imhotep propose aux jeunes de nouvelles façons de parler de santé, à travers des jeux, des défis, mais aussi à travers le développement personnel et la vie sociale.

De l’association Learning planet, centre de recherche interdisciplinaire du centre de Paris où la collaboration est au centre des débats, la neuroscientifique Pauline Martinot, stagiaire en médecine de santé publique, a répondu aux questions d’ETX Studio.

Pourquoi est-il important de revoir le concept de santé chez les jeunes ?

La santé ne parle pas aux jeunes et c’est aussi notre faute, pas celle des médecins. Pendant des années, on a sur-médicalisé, on communique en intimidant les gens, en oubliant qu’une personne a des besoins de base. Elle veut un « kiffer », pour avoir une vie saine sans dépendre du système de santé. Aujourd’hui, nous avons un ministère des soins médicaux plutôt qu’un ministère de la santé.

En France, nous avons une relation santé très médicale, hospitalo-médicamenteuse. Alors qu’au contraire, la santé doit être abordée à travers « comment puis-je développer mon énergie au quotidien et me sentir bien, profiter de la vie et réaliser mes projets ». Promotion de la santé où tous les citoyens sont autonomes.

En médecine, nous jetons des informations, nous ne les personnalisons pas. Ce serait un avantage si nous pouvions utiliser les sciences du comportement. Nous pourrions faire en sorte que les gens entretiennent une relation positive avec la santé et en jouissent. C’est un des intérêts. Les messages médicaux sont plus faciles à comprendre quand on s’en donne les moyens. Si on ne touche pas aux émotions, si cela ne semble pas certain, cela ne sera pas appliqué au quotidien.

Parmi les organismes qui permettraient aux jeunes de développer leur bien-être par l’accomplissement personnel, on peut penser intuitivement à l’école. Aujourd’hui, quel constat tirez-vous du parcours pédagogique proposé en France ?

Ce que nous ont dit les jeunes lors des entretiens, c’est que, tout au long de leur parcours scolaire, on ne sollicite pas l’avis du jeune à l’école, si ce n’est le choix de la Langue Vivante 2 (allemand ou espagnol) ou s’il le souhaite un peu. plus scientifique ou littéraire au lycée. Nous ne leur demandons jamais leur avis, ni même ce que ressent l’élève ou comment il imaginerait sa classe. Enfin, ils se sentent passifs, déconnectés, en état de dépendance vis-à-vis de l’école.

Les élèves ont le sentiment d’avoir été infantilisés. Ils sont fatigués de leur parler comme des bébés. Comparés à nous, au même âge, ils sont plus sensibles aux enjeux climatiques et sociaux. Ils veulent s’impliquer, mais ils n’ont pas les moyens de se faire entendre. Ils ne peuvent pas voter ou créer une société avant l’âge de 16 ans. La relation avec l’organisation n’est plus basée sur la confiance.

Certains jeunes, dont un particulièrement distingué, ont été humiliés à l’école. Celui que je considère comme une honte à l’école, avait des problèmes à la maison. Il a ensuite eu des ennuis avec la police. Lorsqu’il avait des problèmes de santé, il sentait le regard brisé du personnel de santé. A l’école, tous ses professeurs l’ignoraient. Il m’a dit « Je n’ai jamais vu un adulte me tendre la main ou croire en moi ». Durant son service civique, au sein de la société Unis-cité, il a participé au programme d’aide à la jeunesse, dont une activité autour des « 150 talents ». C’est alors qu’il a vu pour la première fois des adultes qui s’occupaient de lui et étaient là pour l’aider. Avant cette expérience, il avait une haine contre toute la société.

Les jeunes ont besoin d’être aidés et encouragés à mieux se connaître. Les enseignants, éducateurs et animateurs sont très motivés. Nous pensons qu’il suffit d’un clic pour que les jeunes se sentent mieux à l’école.

Comment l’école doit-elle évoluer pour devenir un lieu où les jeunes peuvent s’épanouir ?

Leur permettre d’agir serait un moyen de les aider à se développer. Par exemple, la société Entreprendre Pour Learn développe les compétences psychosociales, dont l’une est « l’estime de soi » (la valeur et l’importance que nous accordons à nous-mêmes en tant qu’individu) à travers l’entrepreneuriat. Un jeune qui termine un projet se sent confiant, serviable et capable. Il a appris à communiquer avec les autres, à travailler en groupe, à gérer un budget, autant de compétences utiles pour la vie.

Chaque problème est une opportunité de changement. En linguistique chinoise, le symbole « danger » a deux significations. Cela signifie « danger, attention », mais c’est aussi un pictogramme de possibilités et d' »opportunités ». Pour une école, c’est pareil. Il y a des perceptions, mais il y a aussi des besoins qui ont changé récemment. Le fait que nous ayons tous accès à des informations par téléphone ou que nous ayons des rythmes plus rapides obligent l’école à s’adapter. Étant une institution publique, c’est un peu plus lent.

Par exemple, les chartes des droits de l’enfant sont à jour. Un des projets que nous allons mener avec Imhotep est de réinventer avec les enfants, les chartes du bien-être et de la santé mentale des enfants à l’école. Ils n’ont jamais été amenés à penser avec eux. Je pense qu’il va falloir profiter d’avoir des enfants et des enseignants autour d’une table, avec le ministre de l’Éducation nationale et de la Santé, pour repenser ensemble l’école.

Pour venir en aide aux ados, vous avez imaginé « Heath Space », que l’on peut retrouver en virtuel, mais aussi en physique. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Nous avons pensé au Health Space après le Mental Health Space en Australie, axé sur la santé mentale et le bien-être. L’idée est de se dire que ce n’est pas très attirant d’aller dans un endroit pour parler de ses problèmes. Beaucoup de jeunes n’ont pas de mode automobile pour s’y rendre. Le digital est une belle opportunité pour les aider à prendre soin d’eux, avec des outils.

Nous avons aussi pensé à développer tous les projets autour de « Aller vers », comme un camion « A vos Soins », ou la maison des jeunes de Saint-Etienne. Ils amènent un camion avec un DJ dans un endroit éloigné du centre-ville, mais où les jeunes ont l’habitude de « zoner ». Le DJ les invite à venir mixer leur musique. Cela a permis de tisser des liens de confiance avec les éducateurs présents, de recréer des liens sociaux ainsi que d’aider les jeunes à reprendre confiance en eux.

La troisième partie de l’Espace Santé serait l’équivalent des maisons des jeunes d’aujourd’hui, mais avec des conseils de santé, de psychologie et de bien-être.

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Inspiré du Ticket Culture, vous avez également proposé un « Ticket Bien-être », comment cela se passerait-il ?

L’idée est d’obtenir un ticket qui vous permet de vous renseigner sur votre santé, personnalisé selon les domaines qui vous intéressent et vos besoins. Pour des offres personnalisées, les jeunes enregistrent en ligne leurs besoins et leurs questions sur la santé sexuelle ou mentale par exemple. Ils reçoivent alors un ticket dématérialisé (sur une appli avec des jeux et des bons d’achat) et une box avec des outils pour s’informer sur la santé, se découvrir et des bons d’achats dans des entreprises françaises ou européennes pour acheter des choses qui contribuent à booster leur quotidien professionnel et leur bien-être. être (équipements sportifs, etc.).

A quel âge doit-on parler de santé ?

Nous devons parler de promotion de la santé dès le plus jeune âge et tout au long de la vie. La science a prouvé que nous pouvons apprendre tout au long de la vie. Pour nous, l’idéal serait qu’un système de prévention sanitaire soit utilisé pour l’enfant dès que la mère est enceinte.

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