La Via Campesina : entendre la voix des pauvres

Written By Sara Rosso

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Face aux politiques néolibérales, la naissance d’un mouvement international paysan

Face aux politiques néolibérales, la naissance d’un mouvement international paysan

Les politiques néolibérales des années 1980 ont dévasté le monde rural. Les plans d’ajustement structurel du Fonds monétaire international (FMI) imposent des réformes drastiques aux pays endettés et l’abandon des politiques agricoles protectrices. Lire aussi : Le cas de Buitoni : le marché de la pizza surgelée connaît un fort froid cambrésis. La législation nationale facilite l’intégration du secteur agricole dans l’économie de marché au détriment des petits producteurs.

C’est également en 1986 que débutent les négociations de l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT), qui intégrera l’agriculture dans les accords de Marrakech et l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Au tournant des années 1990, des organisations paysannes contestant l’élaboration et la mise en œuvre de politiques mercantiles existent dans de nombreux pays ou régions du globe, comme la CNSTP, ancêtre de la Confédération paysanne en France, et la Coordination paysanne européenne (CNSTP). CPE) en Europe. Mais il n’y a pas de représentation paysanne dans les instances internationales où sont débattues les politiques agricoles et alimentaires.

En avril 1992, des organisations paysannes se sont regroupées à Managua, au Nicaragua, autour de l’organisation locale, l’Union Nacional de Agricultores y Ganaderos (UNAG). La Déclaration de Managua qui en a résulté se décrit comme « un document fondateur qui exprime le rejet commun des politiques néolibérales qui minent les paysans, l’importance des communautés rurales pour la production alimentaire mondiale, exige le droit de participer des paysans au développement du politiques qui les concernent et le respect des cultures productives paysannes, base fondamentale et stratégique pour la survie des peuples.

Ces organisations se sont à nouveau réunies en 1993, à Mons, en Belgique, à l’initiative d’une importante organisation non gouvernementale (ONG) néerlandaise, qui souhaitait créer une plate-forme d’étude. Les paysans ne le voient pas ainsi et développent leur propre agenda qui aboutit au départ de l’ONG et à l’autonomisation du mouvement paysan, qui prend le nom de Via Campesina, pour suivre « la voie rurale », mais aussi pour entendre  » les villageois. voix du pays ».

Le 4 décembre 1994, une manifestation a eu lieu à Genève avec les dirigeants des pays de l’Inde, du Japon et du Canada. Face à la globalisation du politique, Via Campesina globalise la lutte et globalise l’espoir !

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Du mouvement altermondialiste aux tables des négociations

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La Via Campesina est présente dans les mobilisations à Genève, Seattle, au Forum social mondial de Porto Alegre, construisant le mouvement altermondialiste [1], tout en renforçant la convergence entre les organisations paysannes qui se joignent, de plus en plus nombreuses. . Des alliances avec d’autres secteurs de la société civile se nouent, sources de force pour le mouvement.

En France, les sanctions de l’OMC contre le Roquefort, en représailles à l’opposition de l’Europe à l’importation de viande américaine élevée aux hormones, provoquent le fameux démantèlement du restaurant McDonald’s en construction à Millau en août 1999. José Bové, agriculteur du Larzac, a été arrêté. elle a entraîné une prise de conscience accélérée des enjeux de la mondialisation néolibérale et a lancé la Confédération paysanne dans une série d’actions qui ont secoué l’ensemble du monde agricole.

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C’était aussi l’époque où les multinationales des semences et des biocides tentaient d’imposer les organismes génétiquement modifiés (OGM). Avec les brevets et l’interdiction des semences des paysans traditionnels, le développement des OGM est une attaque violente contre les systèmes paysans, et la Via Campesina se mobilise dans de nombreux pays pour préserver sa souveraineté alimentaire.

La souveraineté alimentaire est une idée puissante qui a structuré le travail de l’organisation depuis 1996, date à laquelle elle a été conceptualisée lors du Sommet mondial de l’alimentation organisé à Rome par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). D’abord lancé comme un cri de ralliement face à la mondialisation commerciale « nous pouvons nourrir notre peuple ! La souveraineté alimentaire est définie par les organisations de petits producteurs comme le « droit des peuples à une alimentation saine et culturellement appropriée, produite par des méthodes écologiquement rationnelles et durables, et le droit de définir leurs propres systèmes alimentaires et agricoles ».

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Le droit à l’alimentation avant les droits du commerce !

Le droit à l’alimentation avant les droits du commerce !

À l’initiative d’organisations d’Amérique latine, d’Afrique et d’Asie, La Via Campesina a développé l’agroécologie comme moyen d’atteindre la souveraineté alimentaire. Une agroécologie rurale, où s’articulent savoirs traditionnels et innovations techniques et sociales, s’est développée comme un puissant mouvement social d’empowerment. Malgré les risques de déviation et de récupération, l’agroécologie peut être un outil conceptuel puissant pour valoriser l’agriculture rurale.

Bientôt, La Via Campesina se bat pour défendre les droits des paysans dans les lieux où se discutent les politiques agricoles et alimentaires, comme le Comité mondial de la sécurité alimentaire (CSA) qui, depuis sa réforme en 2009, constitue la principale plateforme internationale et intergouvernementale. ouvert à tous, pour assurer la sécurité alimentaire et la nutrition de tous.

Dès le début des années 2000, sous l’impulsion de l’organisation indonésienne Serikat Petani Indonesia (SPI) et de son dirigeant Henry Saraghi, Via Campesina s’est mobilisée pour obtenir un instrument juridique international de défense des agriculteurs et de tous les petits producteurs agroalimentaires, y compris pêcheurs. , les sans-terre et les salariés, soumis à la concurrence déloyale du système agro-alimentaire industriel et à la répression étatique qui afflige de nombreux pays.

Ce marathon, de mobilisations en séances de travail au Conseil des droits de l’homme à Genève, a abouti à l’adoption de la « Déclaration des droits des paysans et autres personnes travaillant en milieu rural » par l’Assemblée générale des Nations unies en décembre 2018. win!

Il faut aussi souligner l’importance de l’intégration des jeunes [2] dans l’organisation, intégrés dans tous les événements de La Via Campesina, et aussi des femmes organisées aussi dans « l’articulation des femmes » et présenter ses remerciements à l’impérative égalité de l’organisation. les autorités, décidées il y a longtemps. En particulier, une grande campagne contre les violences faites aux femmes a été menée.

Enfin, c’est en souvenir de l’assassinat de 19 paysans membres du mouvement paysan (MST), en 1996 au Brésil, que le 17 avril est célébré chaque année comme la « journée internationale des luttes paysannes ».

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La Via Campesina aujourd’hui

La Via Campesina aujourd’hui

Le mouvement rassemble aujourd’hui 182 organisations dans 81 pays et représente plus de 200 millions de paysans dans le monde. C’est une grande source de force et de fierté pour nos régions d’Europe et d’Amérique du Nord, où l’agriculture ne représente plus que quelques pour cent de la main-d’œuvre.

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Chacune des 9 régions est représentée par au moins deux délégués, un homme et une femme, et aussi un jeune si possible, au sein de la Commission Internationale de Coordination (CCI). Celui-ci assure le fonctionnement de l’organisation et la mise en œuvre des actions, réunions et conférences.

Assurer la participation des villageois qui vivent parfois dans des endroits reculés par la traduction est un choix politique de l’organisation, réalisé grâce à l’appui d’interprètes, souvent bénévoles, et d’une petite équipe de salariés très engagés. Ainsi, en plus des trois langues habituelles – anglais, français et espagnol – les réunions de la CCI bénéficient de traduction en coréen, portugais… Pour la dernière conférence de 2017 au Pays basque, la traduction en 17 langues a été un vrai exploit!

Les Conférences Internationales, programmées tous les 4 ans, sont les temps forts de l’organisation, et statutairement, l’instance suprême de décision. On se rencontre, on partage l’émotion des luttes lors des mystiques – une pratique qui met en scène collectivement les expériences paysannes – on célèbre les victoires, on discute et on valide l’orientation politique principale de l’organisation. La crise du Covid-19 a fortement perturbé le fonctionnement de l’organisation et la 8ème Conférence Internationale prévue en 2021 a été reportée.

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L’accueil de la Via Campesina à Paris

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Malgré cela, le déplacement du secrétariat international du Zimbabwe, où il est basé depuis 2013, avec Elisabeth Mpofu comme coordinatrice générale de Via Campesina, vers l’Europe et plus précisément vers la France, soutenu par la Confédération paysanne, est toujours prévu pour l’année 2021. .!

Le secrétariat central tournant de l’organisation a été hébergé successivement en Belgique, puis au Honduras, en Indonésie et enfin au Zimbabwe. Située en Europe, continent d’origine des colonisateurs et de nombreuses multinationales nuisibles à nos confrères du Sud, elle a suscité d’inévitables interrogations, mais ce débat, présent depuis l’origine de La Via Campesina, permet pour mieux identifier les véritables raisons systémiques des attaques contre les villageois.

Aujourd’hui, près de 30 ans après la fondation de l’organisation, nos adversaires ne sont plus seulement les grandes entreprises alimentaires et de distribution comme Cargill ou Walmart, ou les géants de la chimie et des semences. Les entreprises du numérique, emmenées par les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) et leur position hégémonique, tentent également de s’imposer dans le secteur et posent ainsi de nouveaux problèmes : développement de l’alimentation artificielle, monopolisation des données numériques des agriculteurs. .. La commercialisation de la nature, et de l’alimentation, ainsi que de nouveaux eldorados pour ces acteurs de l’économie virtuelle.

Alors que la gestion de la crise du Covid-19 renforce les multinationales et que les organisations de base sont désorganisées et muselées, comment La Via Campesina et ses membres peuvent-ils rendre visibles et renforcer les luttes de millions de paysans à travers le monde ? La mobilisation des citoyens sera primordiale !

Geneviève Savigny, paysanne des Alpes de Haute Provence, membre du comité de coordination de la Coordination Européenne Via Campesina (ECVC) 2009-2018.

Josie Riffaud, paysanne de Gironde, membre du CCI 2004-2013 et du Conseil International du FSM 2008-2013.

Jean-Mathieu Thévenot, qui représente la jeunesse européenne à ECVC et Via Campesina.