Le problème de la taille de l’effet carbone

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Le titre n’est pas de moi mais il résume bien l’ambiance du moment. J’ai donc pris la liberté de l’emprunter au média « Green », dont nous parlerons un peu plus loin dans cet article. Si vous vous connectez régulièrement avec Linkedin, vous avez probablement vu cette infographie désastreuse. Comme on dit dans ce genre de cas, rien ne va. En gros, le message est : arrêtez d’envoyer des mails inutiles, nous avons une planète à sauver. Récemment, j’ai failli m’étouffer en écoutant un intervenant, dont la présentation était d’ailleurs très intéressante, vexé que certains de ses amis ne veuillent plus voler mais ne se posent aucune question sur l’effet carbone de leur usage numérique. Dans les deux cas, le propos est sincère mais très maladroit.

L’origine de ces réflexions, aujourd’hui légion, tient à deux chiffres : le numérique représente 4 à 5 % de l’empreinte carbone mondiale. Et quand on compare cette part à la part des émissions de CO2 de l’aviation civile, qui varie entre 2 et 3 % selon les sources, cela favorise ce type de raisonnement : le numérique pollue plus que les avions, donc regarder des vidéos en streaming est plus impactant que voler à l’autre bout de la planète.

Streaming VS avion, 1ere battle 

Puisque je sens que vous êtes chaud sur le sujet, nous allons à la première bataille entre le streaming vidéo et l’avion. Sachant qu’un Français moyen utilise 3,5 heures de streaming par jour, cela représente sur un an un total de 1277 heures de visionnage par internaute français. Pas mal. Cette année Netflix et consorts auront émis environ 80kg CO2eq par internaute français. A voir aussi : programme télévision. « Le saut du diable » revient sur TF1, Philippe Bas annonce le troisième volet et…. Avec un budget carbone correspondant en vol, notre surfeur français arrivera péniblement à Nantes depuis Paris. Il devra même sauter de l’avion à une quarantaine de kilomètres de l’aéroport Nantes Atlantique pour respecter ce budget de 80kg CO2eq. J’économiserai l’empreinte carbone de son parachute pour ne pas compliquer la comparaison.

Poussons un peu plus loin le raisonnement, on parle ici d’un trajet presque Paris-Nantes en avion pour une personne (et pas tous les passagers) versus une année complète de streaming d’une personne depuis la France, qui sera en partie partagée avec des amis ou en famille.

Bien sûr il est essentiel de s’interroger sur nos usages numériques, mais les mettre dans le même avion que voyager en avion est absurde : « Les enfants ! Pas de Pat Patrol ce matin, il faut se rattraper pour notre prochain voyage aux Maldives »

Même s’il nous semble très accessible, seulement 11% de la population mondiale utilise l’avion (et la moitié de ses émissions sont le fait de 1% de la population mondiale). Alors que le numérique est utilisé par 63% de la population de la planète.

Enfin, l’impact du carbone numérique comprend également une part qui provient de l’aviation. Comme le rappelle souvent Frédérick Bordage, en 1969 la NASA a envoyé Apollo 11 sur la Lune avec un ordinateur à bord d’une capacité de 70 Ko Le poids d’un simple mail aujourd’hui. Sauf qu’aujourd’hui sans numérique, aucun avion ne décolle.

Omniprésence du numérique 

Ils sont partout, ils sont sur les réseaux sociaux. Je parle évidemment des octets et par conséquent de leurs émissions de CO2. La pollution numérique, et pas qu’un peu. Essayons de nous intéresser, encore une fois, au résultat de ces émissions.

L’ARCEP a publié une étude particulièrement détaillée sur les externalités négatives du numérique. Il est intéressant de noter que les impacts numériques sont bien plus larges que le sujet du CO2. En effet, l’étude porte sur 12 indicateurs environnementaux : épuisement des ressources abiotiques – (fossiles, minéraux et métaux), acidification, écotoxicité, empreinte carbone, rayonnements ionisants, émissions de particules fines, création d’ozone, matières premières, génération de déchets, consommation d’énergie primaire, consommation d’énergie finale.

Lorsque l’on parle d’émissions de CO2 numériques, il est important de rappeler que 80% des émissions sont le fait de la fabrication des supports et des infrastructures : écrans, ordinateurs, smartphones, objets connectés, data centers, …

Contre un peu moins de 20% pour l’usage du numérique. Il est donc aberrant de considérer qu’éviter d’envoyer un mail « bon week-end » à un collègue peut changer les choses.

Afin de réduire son empreinte carbone numérique, les gestes les plus utiles sont de prolonger la durée de vie de nos équipements (réparer le matériel et favoriser l’usage d’occasion) voire d’éviter de tomber dans la folie, sans parler des objets ridicules et connexes.

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2eme battle 100% numérique  

Bon, c’est l’heure de la deuxième bataille. Intéressons-nous plus précisément à cette fameuse corruption numérique. Continuant à utiliser l’outil impactco2.fr, regardons maintenant les ordres de grandeur de nos supports numériques.

Prenons comme référence une personne qui envoie 70 emails par semaine, qui fait 25h de streaming et 10h de visioconférence, voici la répartition de l’impact carbone de ses usages :

Sachant que, pour la fabrication, cet effet sera lissé sur la durée totale d’utilisation du smartphone ou du portable par exemple. A noter également que les chiffres figurant ici sur les usages (emails ou streaming) ne concernent que l’usage et non la fabrication (d’où la différence des résultats pour le streaming avec notre exemple précédent, que vous vous, lecteurs observateurs et connaisseurs produit vous croisez clairement remarqué).

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Concrètement pour les ODG, ça veut dire quoi ? 

Précédemment sur etourisme.info, nous avions déjà soulevé cette question des commandes numériques en quantité et leur demande d’OGD ici et là. Plutôt que de réécrire ce qui a déjà été très bien dit, je préfère vous glisser une citation de cet article de Cédric :

Si on prend une fausse destination, disons « d’envergure internationale moyenne » […] et qu’on transpose l’étude de l’Ademe, on arrive à une pollution touristique d’environ 500 000 tonnes CO2eq. […] Pour cette même fausse destination, on peut estimer que sa promotion digitale permet de toucher 2 millions de personnes sur le web et plus de 10 millions sur les réseaux, ce qui représenterait quelque chose comme 20-30 t CO2eq selon le niveau d »optimisation. Si l’on ajoute une estimation de la pollution numérique des touristes d’environ 5-10 t CO2eq et de même pour la pollution numérique des professionnels sociaux, on arrive péniblement à 50 t CO2eq. Alors oui, c’est beaucoup, et encore une fois, chaque tonne compte… Mais, en réalité, la pollution numérique de cette destination représenterait alors à peine 0,01% de la pollution touristique de cette destination.

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Dès lors, tout faire pour réduire l’impact carbone de son site internet et garder comme objectif principal de faire venir un grand nombre de clients internationaux (par avion) ​​est tout simplement incohérent.

La tendance de l’éco-conception web 

Pour montrer son lien environnemental dans un monde où le numérique est omniprésent, les entreprises et les organisations comptent sur le verdissement de leur site Web. Repenser son site internet de manière éco-conçue peut être une bonne idée si le but est juste de le mettre en valeur. Je vous invite à lire ce billet de Léo Poiroux qui montre comment certains mettent plus d’énergie à faire savoir qu’à faire. Greenwashing, quand vous nous attrapez.

A ce sujet, je vous invite également à lire cet excellent fil qui explique pourquoi l’éco-conception risque de devenir une connerie marketing si on ne se pose pas les bonnes questions : https://twitter.com/dje_renard/status/1595363518592811008

Le numérique responsable n’est pas qu’une question d’émissions de CO2 et d’autres piliers comme l’accessibilité numérique ou le respect de la vie privée des utilisateurs, bien qu’essentiels, sont encore discrédités. Enfin, si l’éco-conception web s’inscrit dans une démarche de communication responsable, alors le contenu est tout aussi important que le contenant. Qu’en est-il de la pertinence d’un contenu faisant la promotion de balades en hélicoptère sur un site de destination éco-conçu ?

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Finalement, tout est une question de balance 

Toutes nos actions émettent du CO2, il est donc essentiel de comprendre les ordres de grandeur mais aussi de s’interroger sur l’utilité sociale de chaque émission. C’est exactement ce qu’explique François Gemenne dans cet article.

Tout à fait d’accord, la question des matériaux (et donc de leur utilité) est grande, ce n’est pas pour rien que le GIEC y consacre un chapitre entier, et la meilleure façon d’y faire quelque chose n’est pas la dictature ou le totalitarisme, mais la négociation. et la démocratie. https://t.co/LipLgZxQSo

Comme ce sujet d’ordres de grandeur est aussi complexe qu’essentiel, je vous invite à soutenir cette belle initiative du média « Vert » qui lance une série d’affiches pédagogiques sur le sujet. « L’idée : une nouvelle affiche tous les deux mois, qui montrerait les données clés et au bon format sur les gaz à effet de serre, l’énergie, les transports, le numérique, l’agriculture, la biodiversité, etc. »

Dans nos métiers, il s’agit avant tout de trouver un équilibre entre les besoins concrets du terrain (de nature touristique), les solutions numériques (utiles !) et leur externalité négative qu’il convient de limiter.

Cet équilibre est incompatible avec des sites plus plats et n’apportant rien de concret aux problématiques du terrain. Et ce que l’on voit émerger de ce genre au sujet du numérique responsable peut être contre-productif. Imaginez un site qui propose des vols en jet ski et en hélicoptère sur le podium des sites de destinations éco-conçues. Non, je plaisante. Mais imaginez quand même.

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