Le sans-abrisme en France : quelques chiffres pour une étude

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Par Chantal Pacôme – Mis à jour le 6 janvier 2023

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– Ça n’a jamais été facile d’être pauvre, mais maintenant c’est encore pire. Prononcée par Fiona Lazaar, présidente du CNLE (Conseil national des politiques de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale) comme point d’orgue du rapport sur la pauvreté remis au Premier ministre en mai 2021 (page 8), cette phrase illustre à elle seule l’extrême dureté vécue par ceux qui se trouvent tout en bas de l’échelle sociale. On parle ici des « sans-abri », appelés plus modestement l’acronyme sans-abri (voir comment aider les sans-abri).

Il y a ceux qu’on voit dormir sur les bancs publics, dans les stations de métro ou par terre recroquevillés sur quelques cartons, qui nous interpellent dans la rue, qui nous inquiètent car entourés de chiens ils représentent une vague menace.

Et puis il y a tous les invisibles, ceux qu’on croise sans vraiment les voir, parce qu’ils se tiennent à l’écart, ou ceux qui habitent loin de chez eux autour des grandes villes ou plus près des passages vers l’Angleterre. Ceux qui ont une solution alternative comme les refuges, ou qui vivent dans des squats, ceux qui vivent dans des bidonvilles ou des jungles de migrants et dont on apprend la mort lors des informations sur les tentatives désespérées de traverser la Manche.

La liste de toutes ces personnes qui vivent en marge de notre société serait trop longue à dresser ici. Alors qui sont-ils vraiment et comment se sont-ils retrouvés dans cette situation ?

Il est difficile d’avoir une idée claire de ce que recouvre le terme sans-abrisme dans notre pays. Nous suggérons d’utiliser une approche à la fois sociologique et statistique pour brosser un tableau représentatif de la situation des sans-abri. Il faut aussi penser l’itinérance au temps du Covid et résoudre ce paradoxe : est-il possible de se limiter à la rue ? Mais avant d’examiner ces questions, il semble intéressant de comprendre comment, au fil des siècles de notre histoire, nous sommes devenus les mendiants et les vagabonds d’hier pour devenir les sans-abri d’aujourd’hui.

Le lien avec la pauvreté semble ici évident, car considérer l’errance sous son angle historique, c’est observer de près l’un des aspects de l’histoire des pauvres, rendu possible grâce au travail des historiens qui se sont penchés sur cette question. début du 20ème siècle.

Cette présentation s’appuie notamment sur les travaux d’André Gueslin dans son ouvrage intitulé « From Elsewhere and Nowhere » paru en 2013 chez Fayard et sur le livre « From Tramps to Homeless : Approaches to Margiality » de Marie-Thérèse Soletti paru en 2003 Presses Universitaires de Saint-Etienne.

Tout d’abord, il faut distinguer le nomadisme, qui est un mode de vie, de la pauvreté errante, qui est motivée par le besoin. Pour illustrer le nomadisme, on peut citer les étudiants qui se déplaçaient d’une université à l’autre, les pèlerins en route vers les lieux de dévotion, les soldats démobilisés, les Bohémiens dont la présence s’est renforcée en France au XVIe siècle.

Pour mieux représenter l’évolution de cette pauvreté errante, le fil chronologique le plus approprié est peut-être :

En 1955, suite à un appel de l’abbé Pierre, la BAPSA, Brigade d’assistance aux personnes sans abri, est créée, dont la mission est de ramener chaque soir les sans-abri à la Maison de Nanterre pour y passer la nuit.

A cette époque, le concept de sans-abri est également apparu. Alors que le vagabond était perçu comme un marginal ou un antisocial, le « sans-abrisme » est perçu comme directement ou indirectement lié au problème du logement.

L’opinion publique s’émeut de cette situation, aggravée par un chômage de masse. Il a fallu attendre la nouvelle loi pénale de 1994 pour que l’infraction pénale de vagabondage et de mendicité soit abolie.

Sans abri, sans domicile, quelle différence ?

Cependant, la question demeure, car les expulsions d’étrangers sans titre de séjour se sont multipliées, et les municipalités qui prennent des mesures pour éloigner les sans-abri des centres-villes ne sont pas des cas isolés. Le dernier exemple en date est l’arrêté interdisant la mendicité dans les rues piétonnes de la ville pris par le maire de Montélimar le 7 octobre 2021. A voir aussi : Opération de prévention après un nouvel accident de scooter à Chaumont – JHM. Face à un recours déposé par la Ligue des droits de l’homme, l’arrêté a été retiré (source). On peut également citer le festival de la Fondation Abbé Pierre « Pics d’Or 2020 », un événement satirique visant à attirer l’attention du public sur les pires mesures mises en place par les municipalités, qui vont des pioches devant les vitrines aux accoudoirs au milieu de bancs pour empêcher les sans-abri de s’y allonger.

Qu’il s’agisse d’un service du ministère de l’Économie et des Finances ou de la FAP, reconnue d’utilité publique, ces deux organismes s’accordent dans leurs enquêtes pour définir d’abord une personne sans domicile : « …une personne est qualifiée comme « sans-abri » un jour donné si elle a utilisé le service d’hébergement la nuit précédente ou si elle a dormi dans un lieu non destiné à l’habitation (rue, abri improvisé) » ➢ source INSEE page 13 mai 2020.

Le terme sans-abrisme (fixe) est très large et inclut toutes les personnes qui n’ont pas de logement indépendant clairement identifié par une adresse postale. Ce terme regroupe les personnes hébergées en structure d’accueil + les personnes sans domicile.

Quand on parle de sans-abri, on parle de personnes qui dorment dans la rue (trottoir, tente, porche d’un immeuble, sous un pont, etc.). Ici la liste est plus compliquée. Diverses études décrivent la condition des « sans-abri » de la manière suivante : « Sans-abri » est considéré comme tout répondant ayant passé la nuit précédente à l’extérieur d’un lieu destiné à l’habitation.

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Ainsi, toute personne considérée comme sans-abri est également sans-abri. En revanche, une personne sans domicile n’est pas nécessairement sans domicile s’il utilise un hébergement dans une structure d’accueil (voir centres d’hébergement d’urgence). Comme on le voit bien ici, la précarité du logement est évidente pour ces sans-abri. Le risque de n’avoir d’autre choix que de dormir dehors au moins une nuit est bien réel.

Les sans-abri ont un toit pour dormir. Cela peut être:

Comment considérer une personne qui doit retourner chez ses parents par obligation ? Qu’en est-il des personnes contraintes de vivre avec un tiers ?

Selon les définitions officielles, il faut faire la distinction entre les sans-abri et les pauvres. Le concept de « mal logement » est apparu en 1995 par la Fondation Abbé Pierre (FAP) pour rendre compte des difficultés liées au logement rencontrées par les personnes défavorisées.

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Statistiques : combien de SDF en France ?

Chaque année, un rapport de la Fondation Abbé Pierre dresse le portrait du mal-logement en France. La notion de mal-logement recouvre de nombreuses situations. Tirés du rapport FAP 2022, les chiffres parlent d’eux-mêmes :

Le nombre de sans-abri est très difficile à estimer. Si les enquêtes permettent de dénombrer les personnes qui fréquentent une structure d’hébergement ou de restauration, qu’en est-il de celles qui vivent jour et nuit dans la rue ?

Étant donné que ces arnaqueurs de rue sont statistiquement « non détectés », il devient rapidement évident qu’ils sont en infériorité numérique. Tous les chiffres donnés sont donc approximatifs. On peut cependant compter sur l’INSEE, l’Institut national de la statistique et des études économiques, et la Fondation Abbé Pierre, FAP, pour être au plus près de la réalité.

A défaut de pouvoir dénombrer précisément ces personnes qui n’ont pas de toit au-dessus de leur tête, il est intéressant d’observer les chiffres qui émanent d’organismes étatiques ou d’organismes reconnus d’utilité publique.

En 2001, l’Institut national de la statistique et des études économiques a lancé une enquête nationale sur le sans-abrisme en Europe. Cette recherche est répétée en 2012, et la prochaine est prévue avant 2025.

Le rapport d’activité 2022 de la Fondation Abbé Pierre nous livre des chiffres qui parlent d’eux-mêmes :

Soirées solidaires à Paris

La ville de Paris organise la Nuit de la Solidarité chaque année depuis 2018. L’édition 2022 s’est déroulée dans la soirée du 20 janvier 2022. Ce soir-là, 2 600 personnes n’avaient pas de solution d’hébergement dans la nuit du 20 janvier 2022 au 21 janvier.

On note ici une « légère » baisse par rapport à l’année précédente (2 829 en 2021, 2 600 en 2022). Cette diminution s’explique par le déplacement des sans-abris dans les camps et l’augmentation des places d’hébergement d’urgence.

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Qui sont les SDF ? Où vivent-ils et est-ce une population homogène ?

Source : Nuit de la solidarité 2022

Compter est une chose, comprendre qui sont ces personnes dans la rue et quels sont leurs profils en est une autre.

Ce qui est certain, c’est que les sans-abri, au sens où l’on entend communément le terme, restent des personnes dont on sait peu de choses. D’autant plus que, à moins que nous ne nous intéressions à cette question, tous les SDF ne sont pas sous nos yeux.

Si l’on s’attarde sur les différentes mesures que les institutions ou associations prennent pour les aider, on constate que leurs besoins sont nombreux et variés, tant en termes de mesures d’urgence que d’aides au logement, à la santé, à l’emploi, etc.

Les SDF dans la société : quels sont leurs profils ?

Il est donc désormais possible de répondre à la question de la diversité de cette population, qui repose sur une multitude de besoins. Les sans-abri ne sont pas une population homogène et il est nécessaire de les connaître pour les approcher et être utiles.

La preuve en est donc qu’on ne peut pas catégoriser une personne qui n’a pas de logement stable. Chaque personne sans-abri a son propre parcours, sa propre identité, et donc des attentes et des besoins spécifiques.

Lorsque les autorités publiques fournissent des chiffres et des statistiques, il est nécessaire de contacter les associations pour obtenir des détails sur les situations individuelles de sans-abrisme.

Afin de mieux comprendre la situation réelle des sans-abri, il est essentiel de comparer les différentes informations fournies par les associations de sans-abri, les organismes publics ou d’autres sources.

Tout d’abord, voici quelques informations :

L’aide sociale dans l’enfance, et plus tard ?

Concernant l’espérance de vie des sans-abri, le travail et la présence des femmes, les pouvoirs publics rapportent :

Enfin, diverses associations qui luttent contre la précarité mettent également en avant d’autres indicateurs (source du journal « Le Monde » du 2 décembre 2019) :

Quant aux enfants mineurs, certains vivent dans la rue avec leurs parents, tandis que d’autres sont tout simplement livrés à eux-mêmes.

Où vivent les SDF ? Ceux qu’on voit et les autres

Ce sont très souvent de jeunes étrangers qui se retrouvent seuls sur le territoire français, sans parents ni représentants légaux. Pour une bonne partie d’entre eux, l’État ne reconnaît pas leurs mineurs et leur refuse de facto l’aide sociale à l’enfance. Comme ils n’ont pas l’âge légal, ils n’ont pas accès aux facilités d’hébergement nécessaires et sont livrés à eux-mêmes dans la rue.

Il est possible de considérer que les personnes « mieux loties » sont celles qui parviennent à se débrouiller seules en faisant appel à leur réseau, famille ou amis. C’est le cas des enfants devenus majeurs, mais qui n’ont pas les moyens de vivre de manière autonome et doivent rester chez leurs parents pendant un certain temps.

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D’autres choisiront de rester chez des amis, souvent temporairement, dans l’espoir d’un avenir meilleur… Ces solutions restent temporaires. Ils sont précaires et trop souvent source de souffrance psychologique.

Mais alors, où vivent les personnes qui ne peuvent pas compter sur le soutien familial ?

Pour rappel, l’enquête INSEE de 2012 montrait que :

Ces données INSEE se réfèrent aux agglomérations de 20 000 habitants ou plus.

Intéressons-nous maintenant plus spécifiquement aux sans-abri. Ces sans-abri passent la nuit dans des lieux qui ne sont pas destinés à l’hébergement, tels que :

Et à leur réveil, ils n’ont d’autre choix que de poursuivre leur déambulation dans la rue ou tout autre lieu de l’espace public.

Quand l’espace public se confronte aux sans-abris

Des anti-SDF apparaissent ici et là depuis un certain temps et, dès qu’on les regarde de plus près, ils nous interpellent.

Chaque année, lors de la cérémonie « Les Pics d’Or », la Fondation Abbé Pierre récompense les « meilleurs/pires » aménagements qui visent à empêcher les sans-abris de se reposer.

Voici quelques images qui parlent d’elles-mêmes :

Comme nous l’avons vu, il n’y a pas de profil type des sans-abri, les situations et les parcours de vie étant très divers.

Cependant, toutes les études s’accordent sur ce constat, il y a deux facteurs qui augmentent le risque de devenir itinérant :

Interrogés lors de nombreuses enquêtes (INSEE, soirées solidaires, etc.) dont le but est de mieux les connaître afin de les aider au mieux, de nombreux sans-abri attribuent la perte de leur appartement à un événement précis comme la perte d’emploi ou divorce (source recherche INSEE, p. 35 ).

Cependant, il s’est avéré que dans la grande majorité des cas, l’itinérance est le résultat d’un enchaînement de causes qui s’additionnent et s’entremêlent, ce qui se traduit par une très grande complexité qui survient au moment de trouver une solution. Par conséquent, il s’agit davantage de comprendre le parcours de ces personnes que d’isoler un événement spécifique pour comprendre comment une personne devient sans-abri. Il existe de nombreuses solutions pour aider les sans-abri.

Cette approche est essentiellement individuelle, mais il existe une manière plus sociologique et politique d’aborder cette question (voir les politiques française et européenne sur le sans-abrisme). En effet, le curseur de notre réflexion peut passer de la marginalité à l’exclusion.

On peut considérer les sans-abri comme des marginaux qui sont en quelque sorte victimes d’eux-mêmes et de leur mode de vie. Les exemples liés à la vision de ce qui peut faire qu’un individu devienne un « clochard » sont nombreux et appartiennent le plus souvent à la catégorie des préjugés :

Au contraire, si les sans-abri sont considérés comme des exclus, ils sont considérés comme des victimes, non pas d’eux-mêmes, mais d’une société qui, par un mécanisme inhérent à leur fonctionnement, produit l’exclusion.

Il devient alors victime d’un système économique qui pousse vers la périphérie les individus les plus fragiles, les moins susceptibles de participer au développement économique du pays.

Vous avez dit confinement et couvre-feu ? Les SDF et la crise sanitaire

Une meilleure compréhension du parcours des sans-abri n’empêche pas l’humour :

On se souvient tous de la surprise qui nous a pris lors du premier confinement causé par la pandémie de Covid 19 : plus de voitures dans les rues, plus de bruit, des écritures interminables pour justifier de sortir de chez soi, en donnant des raisons et des horaires. Comment alors imaginer la situation de ceux qui n’ont pas de « chez-soi » ? Être sans abri et rester à la maison est tout simplement mission impossible.

Nous étions nous-mêmes trop surpris, nous n’y avons probablement pas pensé. Et pourtant, des sans-abri ont vécu la même situation que nous, mais dans des circonstances très différentes.

Si les conditions hivernales, froid, vent, humidité, représentent la dégradation des conditions de vie des sans-abri, la pandémie à laquelle personne ne s’attendait a rendu la vie de ces personnes encore plus précaire et incertaine.

Les associations d’aide aux sans-abri ont rapidement alerté les pouvoirs publics sur la situation dramatique des personnes qui se trouvaient soudainement privées de toute possibilité de demander de l’aide. On imagine le désarroi des personnes qui se sont retrouvées seules dans les rues devant les fermetures en cascade :

Les conséquences ne se sont pas fait attendre :

Après cela, lorsque le nombre de places dans les centres d’hébergement a augmenté de manière significative, il y a eu une augmentation significative du nombre de sans-abri.

Plusieurs raisons expliquent cette augmentation :

Toutes les informations sur les conditions de vie des sans-abri pendant la crise sanitaire post-Covid, publiées par les associations d’itinérants, sont issues du rapport pauvreté du CNLE.

On le voit, la pandémie de Covid, qui a laissé des séquelles très graves pour la grande majorité d’entre nous, s’est révélée encore plus cruelle pour les sans-abri. Le plus inquiétant est que cette crise sanitaire, qui s’est accompagnée d’une crise économique, a rendu plus précaires les plus pauvres, qui peuvent à tout moment, par exemple en raison d’un loyer impayé, tomber dans l’extrême pauvreté et augmenter encore le nombre d’habitants. des rues.

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