Les remontées mécaniques révolutionneront-elles (vraiment) la mobilité en montagne ?

Rédactrice passionnée depuis plus de de 15 ans. Sara vous trouve les dernières infos

Fin 2025, la Funiflaine reliera la ville de Magland, dans la vallée de l’Arve, à la gare de Flaine, située 1360 mètres plus haut dans le domaine du Grand Massif. Jusqu’à 5 000 personnes peuvent être transportées toutes les heures par ce système de télécabine, rejoignant la station en 19 minutes, là où il faut habituellement 40 minutes… hors éventuels retards routiers.

Les équipements seront opérationnels neuf mois sur douze, permettant un accès plus large que pendant la seule saison hivernale, dans le but de contribuer au développement du tourisme estival.

Le projet est porté par les collectivités territoriales, à savoir les communes d’Arâches-la-Frasse et de Magland, la Communauté de communes de Cluses, Arve et Montagnes et la région Auvergne-Rhône-Alpes.

Celles-ci viennent d’attribuer la concession Funiflaine à un groupement composé de la Compagnie des Alpes – qui gère quatre des cinq stations de ski du Grand Massif -, des Autoroutes et Tunnel du Mont Blanc (ATMB), du Crédit Agricole des Savoie et de Poma, l’Isère. spécialiste des systèmes de transport par câble.

Le groupement délégué sera chargé de la conception, de la construction, du financement, de l’exploitation, de la maintenance, de l’entretien et de la rénovation de la liaison.

L’investissement est de 88 millions d’euros, dont 25 millions d’euros sont apportés par le département de la Haute-Savoie, 21 millions d’euros par la Région et 30 millions d’euros par le groupement délégataire. Le solde restant est à la charge de la commune et de l’Etat (4 millions d’euros chacun).

Si les collectivités mettent la main à la poche, c’est parce qu’elles comprennent bien l’enjeu de ce nouvel équipement, qui vise à transporter 500 000 personnes par an de manière « plus verte », et donc à supprimer par la même occasion le trafic estimé. aux 85 000 voitures et à la centaine de bus qui desservent Flaine chaque année.

Un projet pas si nouveau

Cependant, la Funiflaine n’est pas une nouveauté. Un an avant les Jeux olympiques d’Albertville en 1992, une liaison de ce type avait déjà été créée entre Brides-les-Bains et Méribel (Savoie). Lire aussi : « La maison du bon sens », écologique et vertueuse de Yann Arthus-Bertrand, se situe près de Dreux.

La gare d’Avoriaz (Haute-Savoie) a été conçue dès le départ pour se passer de la voiture, même si le raccordement par câble n’est venu que plus tard.

« Le plus abouti dans cette lignée d’idées est le funiculaire entre la gare de Bourg-Saint-Maurice et la gare des Arcs 1600, qui permet une réelle réduction des charges d’un parcours difficile, notamment avec des chutes de neige et des traversées de week-end. » observe Lionel Laslaz, professeur de géographie et directeur du département de géographie et d’aménagement de l’Université Savoie Mont Blanc.

Car si le transport par câble ou funiculaire n’est pas nouveau, ce qui l’est, c’est cette idée d’éliminer au maximum la charge des voies d’accès, souligne-t-il.

Qu’elle soit appelée télécabine, téléport, téléphérique, funiculaire… Chacune de ces structures destinées au transport de personnes et de marchandises entre la vallée et la haute gare est aujourd’hui promue sous le nom de télécabine.

« Il y a un vrai regain d’intérêt en France, mais dans d’autres pays les remontées mécaniques font déjà partie de la norme », pointe Martin Francou, directeur de la stratégie et du marketing chez MND, fabricant de systèmes de transport par câble. Il cite en exemple la Suisse, où 16 des 20 grandes gares disposent d’un système de raccordement collectif, par câble ou par train.

En Suisse voisine, certaines gares ont même complètement fermé leur route. Le coût d’entretien de la route est mis dans un autre budget, souligne Jean Souchal, président du directoire de Poma.

Si la Funiflaine symbolise donc la nouvelle attraction des remontées mécaniques de la vallée, elle ne sera bientôt plus la seule : un autre projet envisage de relier la ville de Bozel, en Tarentaise (Savoie), à ​​Courchevel, pour supprimer des milliers de voitures des voies d’accès. . à la station, saturée chaque hiver.

A Orelle, dans la vallée de la Maurienne (Savoie), les télécabines seront bientôt remplacées pour améliorer la desserte de Val Thorens. La liaison entre Thônes et La Clusaz (Haute-Savoie) est également étudiée dans le massif des Aravis.

Comme en Isère, l’Eau d’Olle Express, tout juste inauguré pour la saison été 2021, a pour objectif de relier directement la vallée aux pistes de ski de l’Alpe d’Huez et d’Oz-en-Oisans en seulement 8 minutes. Evitant ainsi une vingtaine de virages, et devenant ainsi un mode de transport « urbain » pour les deux communes d’Allemont (708 m) et d’Oz-en-Oisans (1350 m).

Montant de ce projet : 15 millions d’euros, financé en grande partie par la commune d’Allemont à travers son Syndicat Intercommunal (SIPAVEO), associé à des subventions de l’Etat et du Département de l’Isère.

Et d’autres collectivités réfléchissent à la faisabilité d’un transport par câble entre la vallée et les stations.

À Lire  Dénivelé PMR : règles à suivre

Une inflation de 2 % est-elle possible ?
Ceci pourrez vous intéresser :
Atlantico, qui est-ce, qu’est-ce que c’est?Malgré une inflation élevée, la Banque centrale…

Favorisé par la transition environnementale

Si les projets fleurissent actuellement en France, c’est qu’ils correspondent bien aux besoins liés à la transition écologique, comme alternative à l’automobile.

Un funiculaire permet de répondre au problème particulier du transport à travers le terrain montagneux.

« Le câble sait passer un obstacle. Il est ponctuel, il fonctionne à l’électricité, il ne fait pas de bruit. Ce sont des tas d’atouts dans le monde de demain, précise Jean Souchal. C’est un bon mode de transport dans le transition énergétique, alors que beaucoup n’acceptent plus le covoiturage. »

« Quand on va en station, le trajet a un impact énorme sur l’empreinte carbone du séjour, rappelle Jean Souchal. Quand on prend le train, la dernière partie passée en télécabine ou en téléphérique rend le trajet très vertueux. »

Cependant, les gains en émissions de carbone restent difficiles à quantifier. L’essentiel des émissions provient du trajet pour se rendre au pied des gares. La dernière partie du trajet n’est pas très importante, mais sans elle, les gens continueront à prendre leur voiture, et non le train, point Jean Souchal.

« Pour les gares, les ascenseurs de la vallée montrent une capacité à entrer en pleine transition énergétique, en réduisant les gaz à effet de serre générés par l’économie de la gare, précise Lionel Laslaz. Cela donne une gare avec moins de voitures, moins sujette aux accidents, avec piétons se déplaçant en chaussures de ski. Les gens s’y déplacent avec moins d’anxiété et la vigilance requise est moindre.

En renvoyant une image verte et en offrant une vue d’ensemble des reliefs, « l’ascenseur de la vallée contribue ainsi à l’expérience touristique globale », estime Martin Francou.

Lire aussi :
Publié le vendredi 25 novembre 2022 à 6h17Un mois avant la Saint-Sylvestre,…

Réussir la mobilité

Non seulement l’ascenseur de la vallée permet le transport de touristes, mais la même infrastructure peut être utilisée pour le transport de marchandises, de personnes (et surtout d’habitants et de saisonniers).

Elle peut aussi permettre de générer la création de nouvelles activités économiques au point de délestage, c’est-à-dire là où les gens garent leur voiture, avec le développement de la restauration et des services, évoque par exemple Lionel Laslaz.

Alors qu’au cœur des stations les plus étendues, un service de navette peut être proposé pour se rendre d’un endroit à l’autre.

Les stations trouvent donc une multitude d’avantages à cet équipement. Mais le premier d’entre eux, une mobilité réussie, n’est pas le plus facile à réaliser. Car avec un téléphérique de vallée, l’efficacité de la mobilité dépend des liaisons entre la gare de départ et les infrastructures d’accès à cette gare, explique Lionel Laslaz.

« Si, à la sortie de l’autoroute, on peut charger ses bagages et se rendre à la gare, ça peut être efficace », explique-t-il. Cela nécessite de réguler les flux en sortie d’autoroute et d’avoir suffisamment de places de stationnement. Le funiculaire des Arcs est assez éloigné de la gare, ce qui n’est pas très fonctionnel par rapport à ce qui se pratique en Suisse. »

Ce changement modal joue donc pleinement lorsqu’il y a une politique d’accompagnement, avec des incitations concrètes, voire de la coercition, estime Lionel Laslaz. Mais lorsque le prix du stationnement en gare de départ est prohibitif, les clients se gareront en gare si c’est moins cher ou gratuit.

Enseigne : LMC Plomberie s'installe à Quimperlé
Lire aussi :
Récemment créée par deux jeunes artisans, Christopher Conseil, 31 ans, et Jean-Baptiste…

Le défi du modèle économique

En France, l’interdiction de la voiture en gare reste cependant encore rare. L’accès aux stations se fait traditionnellement en voiture, sauf Avoriaz où le funiculaire est privilégié, mais sans pouvoir absorber un débit assez important. La route continue donc à être utilisée, mais pas au cœur de la station.

Au-delà de l’inscription de ces infrastructures dans le plan local de mobilité des gares, son développement dépendra du modèle économique des remontées mécaniques des vallées.

Même si la rentabilité n’est pas garantie, il ne faut pas qu’elle devienne un gouffre financier pour la collectivité, estime Lionel Laslaz.

« Nous sortons de deux saisons compliquées, il semble difficile de voir ces infrastructures fleurir partout, observe-t-il. Ce seront les stations aux épaules solides, les plus grands domaines skiables, avec un grand nombre de lits, qui pourraient permettre de mettre en place ces équipements. Quand on peut transporter 2 400 personnes à l’heure, il faut des lits en gare qui justifient cet investissement. »

Et si ce mode de transport peut être loué pour sa capacité à supporter le tourisme en dehors de l’hiver, « il ne faut pas se tromper sur la bi-saison, conseille Lionel Laslaz. L’assistance restera majoritairement en hiver, avec un ou deux mois en l’été, mais ce ne sera pas douze mois par an. Il faut donc pouvoir rentabiliser un investissement de 15 à 30 millions d’euros en quatre à cinq mois.

Les acteurs économiques qui pourraient investir seront donc essentiellement les exploitants des domaines skiables, mais avec une infrastructure soutenue par les collectivités territoriales comme les communes, avec l’appui d’autres financements publics, comme à Flaine.

À Lire  Qu'est-ce que je risque si je vends en dessous du prix du marché ? † L'immobilier par SeLoger

Aux Arcs, le funiculaire transporte par exemple entre 600 000 et 700 000 personnes sur plus de trois kilomètres par an. « C’est l’équivalent de 10.000 bus », remarque Pierre Vollaire, maire des Orres (Hautes-Alpes), et président de la commission Cimes durables à l’Association nationale des maires des stations de montagne (ANMSM), alors que l’investissement nécessitait 85 millions. euro

Aux Orres, une gare plus petite, un téléporteur éviterait d’avoir à parcourir les 14 kilomètres de route pour se rendre à la gare. « L’équipement semble financièrement inabordable, même si le confort serait réel pour nos visiteurs », explique Pierre Vollaire.

« Le modèle économique est l’un des problèmes actuels. C’est une clé, car l’intérêt environnemental du transport par câble ne doit pas être démontré par rapport aux bus ou aux voitures », estime Martin Francou.

Sur le même sujet :
Joanna et Chip Gaines, les célèbres designers basés à Waco au Texas,…

Un choix avant tout politique

« Le choix d’installer un ascenseur de vallée est un choix politique, éclairé par une modélisation économique pour évaluer la rentabilité à long terme de ces infrastructures », résume Lionel Laslaz. Parce qu’ils ne seront pas tous rentables.

On peut imaginer des propositions de séjours tout compris, comprenant l’hébergement, le forfait de ski, le matériel de ski, mais aussi le parking dans la vallée et l’accès au téléphérique. « C’est un outil de plus dans un package intégré pour attirer les clients », dit-il.

La faisabilité financière de tels projets peut également être facilitée par les économies réalisées ultérieurement sur l’entretien des routes, l’opération de déneigement ou de salage étant moins sollicitée si le transfert modal est effectué efficacement. C’est aussi moins de déneigement des stationnements hors-sol des stations, et moins de stationnements souterrains dont les coûts sont considérables.

En tout cas, ce pari économique pourrait bientôt être en partie relevé par de nouveaux supports financiers développés récemment. « Les dernières remontées mécaniques de la vallée ont été soutenues par l’Etat, les régions et l’Europe, ce qui n’était pas le cas auparavant », remarque Martin Francou.

Dans le plan de relance de la montagne française, Avenir Montagnes, annoncé il y a quelques semaines par Jean Castex, prévoit dix millions d’euros qui seront orientés vers les remontées mécaniques de la vallée et le soutien à ce type de projet, lié à la mobilité durable, notamment à travers France. Agence de mobilité.

Mais le modèle économique ne fait pas tout : l’acceptabilité sociale doit également faire partie intégrante du projet, tant pour les usagers que pour les habitants. Comment les usagers acceptent-ils de passer de la voiture individuelle aux transports en commun ?

Le défi de l’acceptation sociale

« Il y a des habitudes liées à la voiture, mais les habitudes peuvent changer », estime Pierre Vollaire. Nous sommes tous concernés par le réchauffement climatique. Les gens sont prêts. Il y a une prise de conscience que nous devons changer notre comportement. »

Aux Carroz d’Arraches, des critiques et une pétition visent également Funiflaine, accusé d’avoir oublié la ville, où vivent des centaines d’employés de la gare de Flaine, qui pourraient emprunter les gondoles pour se rendre au travail. Ailleurs, se pose la question des pylônes qui peuvent offenser les voisins.

Aussi, quelle que soit la taille d’une gare, l’avenir de la mobilité ne se résume pas aux remontées mécaniques de la vallée. Les navettes électriques pourraient constituer une solution plus réaliste, financièrement parlant. « Il n’y a pas de vision unique : tous les maires de la gare veulent du confort d’usage, mais la réalité financière conduit à des solutions différentes avec des financements différents », note Pierre Vollaire.

Et ce serait oublier que la transition écologique ne concerne pas seulement les déplacements touristiques. Les stations travaillent également à la suppression du diesel pour les dameuses, très consommatrices de fioul. Des réflexions ont été faites à ce sujet sur un passage à l’électrique.

Quant à la transition environnementale, si le téléski de la vallée apporte une image positive aux stations qui le choisissent, il sera également indispensable de se pencher sur d’autres sujets comme la rénovation thermique des bâtiments. « Les hébergements sont encore trop souvent des passoires thermiques chauffées par des grille-pain et ne correspondent plus aux aspirations de la clientèle », affirme Lionel Laslaz.

Bien qu’une couche d’isolation et un système de chauffage soient moins visibles qu’un téléporteur.

Newsletter – Auvergne-Rhône-Alpes

Du lundi au vendredi, à 7 heures du soir, recevez les principales actualités de la

Inscription à la newsletter Auvergne-Rhône-Alpes

Région Auvergne-Rhône-Alpes

Créer un compte

Merci pour votre inscription !

Du lundi au vendredi, les dernières nouvelles

Dans votre boîte aux lettres à 19h.

Dernière étape : confirmez votre abonnement dans le mail que vous venez de recevoir.

Inscription à la newsletter Économie en Rhône-Alpes

Pensez à vérifier vos courriers indésirables.

A très bientôt sur le site de La Tribune et dans nos newsletters,

Inscription à la newsletter Auvergne-Rhône-Alpes

La rédaction de La Tribune.

Connexion à mon compte

Tous les jeudis, les dernières nouvelles

Merci pour votre inscription !

Dans votre boîte aux lettres à 9h.

Vous êtes déjà inscrit !

Voulez-vous vous inscrire à la newsletter?

Réinitialisez votre mot de passe

Du lundi au vendredi, les dernières nouvelles

Email envoyé !

Dans votre boîte aux lettres à 19h.

je n’ai pas de compte