Libre-échange et écologie de marché

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Dans les années 1960 et 1970, l’environnement est allé au-delà de la science. Plus elle se répandra, plus elle gagnera la société dans son ensemble. Dans le même temps, ce qu’on appellera plus tard l’économie mondiale s’est produit : la montée des multinationales, la division internationale du travail, l’accélération du libre-échange et de la production… Entre la préservation de l’environnement et la croissance économique, les gouvernements et le monde à grand doit discuter. En 1972, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a introduit le principe du « pollueur-payeur » : les responsables des dommages environnementaux financeront la prévention et la réparation des dommages. Dans un court article, Flore Berlingen revient sur l’histoire de cette idée pour en souligner les dangers (1). Si la gestion judiciaire et financière des accidents du travail est aussi ancienne que l’industrie, la politique des salaires de réserve répond à la concurrence’ une guerre commerciale consiste à éviter des risques inutiles. Cela doit avoir un coût environnemental… si les entrepreneurs l’acceptent. L’auteur souligne que les pollueurs ne paient qu’une petite partie du coût de l’environnement. Au moins ils sont quantifiables, car pas tous. Plus grave, peut-être, « le principe du pollueur-payeur remplace la politique environnementale ». Avec une partie de la compensation, le développement de l’économie est légal, sans qu’il soit nécessaire de demander – y compris lorsque les citoyens sont invités à donner leur avis.

L’historien Frédéric Graber s’est penché sur un autre principe, qui semble encourageant : la généralisation (2). Dérivée de l’Ancien Régime, cette « loi supérieure sur le nom des travaux pouvant être autorisés » s’appuie sur un modèle de recherche publique, que l’auteur observe et qualifie de « pratique de lutte contre la corruption ». Les opposants locaux à un projet de développement peuvent s’exprimer, mais les autorités gouvernementales se contentent souvent de répondre à l’opposition aux arguments des promoteurs. Et, s’ils changent le dossier, c’est sur le bord. « Comment écoutez-vous tout le monde sans rien tenir pour acquis », a résumé Graber. C’est une situation que la « simplification de l’administration » ne peut pas inverser, puisque la consultation électronique remplace de plus en plus la vraie recherche. Au-delà des procédures, l’auteur pose un problème fondamental : la croissance est toujours présentée comme une bonne chose en soi, l’usage général n’est évalué qu’en fonction de l’économie qu’on en attend à court terme. La localisation de l’entreprise, comme le progrès technique, n’est pas prise en compte.

Dans un style différent – l’histoire – l’historien François Jarrige a également condamné cette idée (3). Son dernier ouvrage rassemble un certain nombre d’essais, dont beaucoup ont été publiés dans le mois La Décroissance. Il met en perspective un événement, une idée, une vision, un combat, dans le but de montrer qu’il n’y a pas de « crise technologique ». Cependant, le lecteur sent la faiblesse de son esprit lorsqu’il apprend par exemple qu’une « peinture environnementale » est commercialisée aux États-Unis pour rendre sa pelouse plus verte en période de sécheresse… Cette collection n’est pas ce à quoi on s’attendrait . Mais c’est important.

(1) Flora Berlingen, Permis de nuire. Sous le règne des corrompus-payeurs, Rue de l’échiquier, Paris, 2022, 96 pages, 12 euros.

(2) Frédéric Graber, Inutilité publique. Histoire d’une culture politique française, Éditions Amsterdam, Paris, 2022, 208 pages, 18 euros.

(3) François Jarrige, On arrête (parfois) le progrès. Histoire et réduction, L’Échappée, Paris, 2022, 368 pages, 22 euros.

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