Livres de vacances : Vous m’en donnerez une douzaine !

Rédactrice passionnée depuis plus de de 15 ans. Sara vous trouve les dernières infos

Profiter des vacances pour se plonger dans quelques livres d’économie, et surtout en profiter, c’est possible grâce à la sélection que la rédaction vous recommande chaque été. Cette année il y a eu beaucoup de recherches et de témoignages, une belle façon d’aborder les enjeux, agrémentée d’histoires vraies qui complètent avantageusement les romans.

Rendez-vous en septembre pour la suite, de nombreux grands livres d’histoire économique sont annoncés, c’est promis !

1/ UBS : histoire d’un lanceur d’alerte

L’Ennemi Intérieur, de Nicolas Forissier avec Raphaël Ruffier-Fossous. Voir l’article : La Jonchère Vendée. Accident : deux blessés graves à moto au CHU de Nantes (Éditorial Les Sables-d’Olonne). Fayard, 2022, 320 pages, 20 €

Si vous n’avez pas encore choisi votre cahier de vacances, en voici un avec la recherche, les espions, le monde de la haute finance et l’évasion fiscale. Cela aurait pu être un roman. Mais c’est une histoire vraie, celle d’un plaignant qui a aidé à découvrir une organisation d’évasion fiscale industrielle organisée en France par la banque suisse UBS.

Nicolas Forissier, comme on l’appelle, a commencé sa carrière comme financier actuel. A l’usine commerciale de Paribas Luxembourg, alors auditeur d’Arthur Andersen, « notre travail était de dépister les petites anomalies et de pouvoir camoufler les grosses »… Anomalies, il a trouvé son nouvel employeur, KreditBank Luxembourg, sans le savoir. qui vient de mettre son nez dans la petite entreprise du patron, Olivier Barre, fils de Raymond Barre, ancien premier ministre dont il a appris après sa mort qu’il avait un compte secret en Suisse crédité d’environ 7 millions d’euros.

Les comptes en Suisse sont discutés dans le reste du livre. Car nous avons ici notre financier en charge depuis 2001 du contrôle interne dans la filiale française d’UBS. A chaque fois qu’il relève des transactions étranges, la direction le suit, fait clôturer ses comptes, a l’impression que tout est fait pour avoir une banque propre.

Un schéma plus compliqué que les autres et le voilà en rapport avec les services secrets français. Son contact lui dit, que, sans intérêt, que oui mais que ça l’est, alors il le cherche. Donnez des informations, en retour on vous dit où chercher, c’est plus simple, c’est efficace ! A l’agence de Cannes de Lloyds (rachetée par UBS), il rencontre quelque chose de lourd : un trafic d’argent sale avec truands, terroristes, etc., en jeu. Il veut faire le ménage, là encore, la banque le suit… sans savoir qu’il met ainsi en danger les opérations des services secrets britanniques (où l’on apprend qu’il peut être dangereux de manger dans un restaurant avec une vue dégagée).

Et puis, c’est par les agences UBS de Bordeaux et de Strasbourg que vous commencerez à comprendre que des cadres suisses arrivent régulièrement clandestinement pour postuler chez de riches Français. Avant de tomber entre les mains des « milk books », un système comptable non officiel qui permet de répartir les activités entre salariés français et suisses pour savoir qui a fait quoi pour quel client, les primes ont leur importance !

En vérifiant les rapports de licenciements d’anciens employés, il trouve de nouvelles preuves que certains savaient et acceptaient de l’argent pour se taire. Une autre salariée, Stéphanie Gibaud, a également compris toute l’histoire, ils seront deux plaignants. A partir de ce moment, dans les services secrets français, une partie a fait l’enquête pour tuer le système de fraude, l’autre s’est consacrée à cacher ce qui pouvait sortir, des personnalités très importantes sont intervenues (on ne sait toujours pas qui). Tout a commencé en 2002, avant de s’accélérer en 2004 et notre contrôleur interne n’a rien vu pendant des années. Après moult péripéties, pressions, menaces, etc., un procès a condamné UBS à une amende de 4,5 milliards, ramenée à 1,8 en appel. Nous attendons avec impatience l’issue du pourvoi en cassation et la fin de ce vrai roman.

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2/ Aux origines nazies de la puissance allemande

2/ Aux origines nazies de la puissance allemande

The Nazi Billionaires The Dark History of Germany’s Richest Dynasty By David de Jong, William Collins, 2022, 381 p., 24,59 euros.

Reimann, Quandt, von Finck, Flick et Oetker – ces noms ne vous conviendront probablement pas. Peut-être que Bahlsen (gâteaux), et encore plus Porsche (voitures) seront plus évocateurs. Tous ces noms de famille ont cependant deux choses en commun : premièrement, ils appartiennent aux familles les plus riches d’Allemagne ; deuxièmement, sa richesse a explosé sous le régime nazi et la Seconde Guerre mondiale. Le journaliste David de Jong a mené une enquête précise et fascinante sur des faits que les héritiers actuels, à quelques exceptions près, préfèrent oublier et ignorer. On comprend pourquoi son livre (pas encore traduit en français) fait beaucoup de bruit : c’est l’histoire de fortunes bâties avec le pillage, le travail forcé, les camps de concentration, le soutien au régime nazi. Et, en fin de compte, l’impunité.

Quand Hitler convoqua un groupe d’industriels et de financiers au début de 1933 pour leur demander de financer sa campagne électorale, son message était clair : si je gagne, ce seront les dernières élections, le pays a besoin d’un dirigeant fort et je serai jo. Les chefs d’entreprise n’y voient rien et sortent facilement leur chéquier. Bien sûr, ils attendent un retour sur investissement. Ils ne seront pas déçus.

Prenez Gunther Quandt. Entrepreneur textile, il avait déjà fait fortune pendant la Première Guerre mondiale en vendant des uniformes à l’armée allemande. Puis, dans l’entre-deux-guerres, il spécule en bourse pour augmenter sa fortune, et finit par se mettre entre les mains d’une usine de batteries et d’une entreprise de fabrication d’armes. Son partenaire ne va pas aussi bien que son entreprise. Heureusement pour lui, lorsqu’il divorce, son ex-femme se remarie avec Joseph Goebbels, le ministre de la propagande d’Hitler, qui sera le parrain du marié. Banque : Quandt deviendra l’un des fournisseurs de l’armée. Financée par la Deutsche Bank, elle a aussi profité de la politique d’aryanisation – qui obligeait les juifs à vendre leurs entreprises – pour racheter des entreprises à bas prix, en France, en Belgique, en Pologne, en Croatie, en Grèce. Il a soif d’ogre : en 1943, plus de la moitié de la main-d’œuvre de son usine de batteries provenait du travail forcé. Au total, 57 500 esclaves gèrent leurs usines et augmentent leurs profits.

Friedrich Flick est le roi de l’acier. Il fabrique également des armes, pille des entrepreneurs juifs, utilise des prisonniers des camps de concentration. De son côté, August von Finck est un héritier : à la mort de son père, il a 25 ans et devient banquier, membre du conseil d’administration d’une dizaine de grandes entreprises et président du conseil de surveillance des deux collèges. Des forces de sécurité que sont Allianz et Munich Re. Il est un partisan actif d’Hitler. Il profitera également de la politique d’aryanisation pour acheter des banques.

Et que dire de Ferdinand Porsche ? Lorsque les nazis sont arrivés au pouvoir, leur entreprise était au bord de la faillite. Il convient à Hitler de lui accorder des subventions pour construire des voitures de sport. Mais, le nouveau dirigeant lui demande en retour de concevoir une voiture populaire, agréable et économique. En 1939, la célèbre coccinelle sort de ses usines. Le numéro un est réservé à Hitler, les 630 autres qui se produiront pendant la guerre n’iront pas au peuple, mais aux dignitaires nazis. Les usines Porsche sont devenues des usines d’armement, avec des ouvriers polonais pour la plupart, qui sont soumis à la loi des patrons.

Incidemment, le co-fondateur de l’entreprise, Adolf Rosenberg, un juif, a été arrêté par la Gestapo. Demandez de l’aide à la famille Porsche. Rien. Au contraire, à mesure que l’entreprise prend de la valeur, elle rachète les actions de son fondateur au prix de l’action d’origine. Un vrai gâchis.

Lorsque les Alliés mettront fin au régime nazi, tous ces hommes d’affaires passeront un très mauvais moment. Mais, ce sera de courte durée. Leurs usines sont fermées, certains biens sont confisqués, certains passent du temps en prison. Viennent ensuite les épreuves. Friedrich Flick est jugé à Nuremberg et passe cinq ans derrière les barreaux en tant que criminel de guerre nazi. Lorsqu’il est parti, il a vendu ses anciennes entreprises et est devenu un actionnaire majeur du constructeur automobile Daimler-Benz. À la fin des années 1950, il était l’homme le plus riche d’Allemagne.

Les autres ont des jugements locaux, réservés à ceux qui sont considérés comme moins favorables au régime. Non sans nerfs, ils se présentent comme des victimes des nazis. Des témoins apparaissent soudainement et expliquent comment ils n’aimaient pas ce qui se passait en Allemagne, comment ils ont été forcés d’agir comme ils l’ont fait.

Le livre montre dans une affaire précise la corruption de témoins et le chantage fait au procureur pour son homosexualité. Rudolf-August Oetker, dont les ventes de nourriture et de munitions ont fait exploser les bénéfices pendant le conflit, lui-même officier de la Waffen-SS, n’a même pas eu de procès. En 1947, il reprend la direction de son entreprise.

Mais la vraie raison de l’impunité dont jouissent ceux qui profitent de la guerre est la politique américaine. Dans un contexte d’affrontement avec l’URSS, l’Europe avait besoin d’une économie forte capable d’entraîner le continent pour contrer l’économie russe, alors jugée très performante. En 1950 et 1951, le républicain John McCloy, le haut-commissaire des États-Unis en Allemagne, a gracié et réduit les peines des chefs d’entreprise par vengeance.

Beaucoup d’enfants de ces milliardaires grandissent dans l’ombre de leur père et commencent à assumer des responsabilités. Aux côtés des Porsche, des Oetker, des Quandt, la nouvelle génération n’hésite pas à s’entourer d’anciens nazis ou d’ex-SS. Les Flicks sont de gros actionnaires de Daimler-Benz, l’héritier de Quandt de BMW, qui se restructure lorsque l’entreprise est en mauvais état. Chez Porsche on touche 1% des ventes de la Volkswagen Beetle, car c’est Ferdinand qui a conçu les plans.

En 1970, les familles allemandes les plus riches étaient, dans l’ordre : les Flick, les von Finck, les Quandt, les Oetker, ces derniers finançant même les partis néonazis. De son côté, Ferry Porsche, le fils de Ferdinand, a écrit une autobiographie dans laquelle, au milieu de déclarations antisémites, il accuse Adolf Rosenberg d’avoir voulu extorquer de l’argent à son père, lorsqu’il a volé Rosenberg.

Après la chute du mur de Berlin, les personnes contraintes de faire du travail forcé dans les usines des autres ont commencé à exiger des responsabilités. C’est le début d’un travail historique en Allemagne sur l’origine obscure de la fortune des grandes familles du pays. Certains petits-enfants développent aujourd’hui des œuvres philanthropiques pour racheter leur nom, d’autres ont plus de mal à condamner le passé familial. David de Jong conclut son livre en leur demandant « d’utiliser leur pouvoir et leur richesse pour aider à créer un monde meilleur, un monde dans lequel leurs grands-parents n’auraient pas leur place ».

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3/ Enquête : mais comment sont faits les rapports du GIEC ?

3/ Enquête : mais comment sont faits les rapports du GIEC ?

GIEC. La voix météo de Kari par Pryck Coll. Politique de la Terre, Science-Po Presse, 2022, 238 p., 21 euros.

GIEC : Ces quatre lettres sont devenues, sans aucun doute, l’un des acronymes les plus connus aujourd’hui. Cependant, on sait très peu de choses sur le fonctionnement de ce groupe. Tout le mérite de cette recherche est d’ouvrir la « boîte noire » avec les outils de la science politique pour comprendre comment sont produits les fameux rapports de ce panel d’experts.

À partir d’observations répétées issues de ses cours, d’une étude approfondie de ses productions et d’une cinquantaine d’entretiens, l’auteur revient sur la création de cet organisme en 1988 et la vision de la représentativité, tant scientifique que politique sous-jacente, sur son institutionnalisation progressive, à travers l’établissement de certaines procédures et routines de travail.

Et sur ses relations avec les gouvernements et les organisations internationales, et enfin sur la manière de communiquer avec le public, quand le consensus ne l’emporte pas forcément. Ce faisant, tout en ôtant le tapis sous les pieds des climato-sceptiques qui s’interrogent sur le sérieux de son travail, l’auteur dissipe aussi l’illusion commune d’opposer science et politique, les deux étant nécessairement imbriqués. Ce ne sont pas les (honnêtes) économistes qui diront le contraire…

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4/ Des entreprises accrocs aux aides publiques

4/ Des entreprises accrocs aux aides publiques

De l’argent fou, mais pour qui ? L’argent magique de la pandémie Par Maxime Combes et Olivier Petitjean Don Quichotte / Seuil, 2022, 182 p., 18 €

Ne vous fiez pas au titre de ce petit livre. Cela va bien au-delà de l’enquête pour savoir qui a bénéficié de quel argent en France avec ce qu’il en coûte. Leur intérêt vient du fait que les deux auteurs prennent du recul pour montrer à quel point les grandes entreprises françaises sont historiquement dépendantes, en général, des aides publiques, et ce dans des proportions assez impressionnantes.

Au moment de la pandémie, le gouvernement ne ménageait aucun argent public pour soutenir l’économie française. Des centaines de milliards de dollars ont été dépensés, mais quelles entreprises en ont profité ? Nous prenons des prêts garantis pour les entreprises : 0,01 % sont allés aux grands groupes, mais ils ont reçu 12,3 % des montants. Et si l’on compte les filiales des grands groupes, le tableau est inversé : cette fois, nos grandes entreprises ont bénéficié des deux tiers de la mesure (et c’est un tiers pour les reports de paiement des cotisations sociales).

C’est tout cela qui dérange les auteurs, sans contrepartie dans le domaine social, environnemental ou de distribution de dividendes (sauf les banques, mais la décision appartenait aux régulateurs, pas au gouvernement). On a vu alors des entreprises recevoir des aides publiques en sacrifiant des emplois, mais sans oublier d’être généreuses avec leurs actionnaires. Le livre ne tente pas d’estimer combien d’emplois pourraient être sauvés avec l’argent public, ne précise pas que les prêts doivent être remboursés, etc. Mais certaines entreprises ont bénéficié d’un effet inattendu.

La suite du livre tente de relativiser la séquence pandémique. Commençons par découvrir un véritable maquis totalement opaque, avec plus de 2 000 aides, subventions, crédits d’impôts, exonérations, etc. Les grandes entreprises disposent des ressources administratives et juridiques qui leur permettent d’être de grands bénéficiaires.

À quelle hauteur ? Compte tenu du manque de transparence dans ce domaine, une estimation ne peut être tentée que sur la base de quelques rapports administratifs disponibles. Résultat : « en 2018, les aides aux entreprises ont représenté l’équivalent de 5,6 % du produit intérieur brut, soit une augmentation de 215 % en un peu plus de dix ans » ! Un point de comparaison ? Au cours de la même période, l’aide sociale a augmenté de 31 %. Les transferts aux entreprises, sans transparence et, donc, très mal maîtrisés – une mauvaise gestion des dépenses publiques curieusement jamais dénoncée par les représentants du patronat – ont donc plus contribué à l’augmentation des dépenses publiques que les aides sociales au cours de la dernière décennie. Une période durant laquelle leur fiscalité n’a cessé de baisser. De moins en moins de cotisations pour de plus en plus de virements, la vie est belle !

En fin d’ouvrage, les auteurs prônent au minimum de conditionner cette aide, qui augmente cinq fois plus que le PIB et définit un « corporate providence », un État-providence réservé aux entreprises françaises totalement accros aux aides publiques. et toujours à la recherche de stéroïdes fiscaux. Des aides et des baisses d’impôts qui, malheureusement, semblent être devenues pour eux un substitut aux politiques d’innovation.

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5/ Un monde d’inégalités

5/ Un monde d’inégalités

Tous inégaux, tous singuliers. Repenser la solidarité de François Dubet. Seuil, 2022, 280 p. 20 euros.

Le sociologue François Dubet nous propose un livre qui peut être divisé en trois parties. Le premier dresse un état des lieux complet des inégalités dans le monde. La seconde analyse l’évolution des différents « régimes inégalitaires ». Le troisième développe une thèse qu’il a déjà défendue dans les colonnes qu’il écrit habituellement dans Alternatives économiques : la multiplication et l’individualisation des inégalités nous séparent plus qu’elles ne nous unissent.

La première partie s’appuie sur des chiffres très solides pour montrer que la croissance des inégalités est la règle partout. Aujourd’hui, les riches sont plus riches, les pauvres plus pauvres et les classes moyennes sont relativement plus pauvres.

Grâce à l’État-providence, cette évolution est cependant moins forte en Europe qu’en Amérique. En France, par exemple, l’écart de revenu entre les 10 % les plus riches et les 10 % les plus pauvres est de 4 après impôts et redistribution sociale, contre 7 aux États-Unis.

De même, les 5 % de revenu les plus riches couvrent 35 % de la richesse aux États-Unis, 30 % au Royaume-Uni, 22 % en France et 18 % en Suède. Pourtant, la perception des inégalités est souvent corrélée à leur niveau réel : le Royaume-Uni est plus inégalitaire que la France, mais 85 % des Français pensent que les inégalités sont trop importantes, ce qui n’est le cas que de « seulement » 78 % des Britanniques. écrit François Dubet.

La deuxième partie déconstruit une série d’idées reçues. Nous ne sommes plus dans des sociétés de castes traditionnelles, où vous héritez de votre position sociale. Mais la suppression des castes n’est pas aussi radicale que « la vision optimiste du progrès démocratique ». Par exemple, en France, les distinctions aristocratiques survivent dans la hiérarchie des grands corps de l’État. Et aux États-Unis, les Noirs ne sont pas seulement une classe inférieure, ils sont « une caste ou une sous-caste ».

Dans le système de classe sociale après la révolution industrielle, la vie politique avait tendance à être « une projection de la structure de classe de la société ». Cependant, ce régime n’a pas non plus disparu. « Il y a toujours, et depuis longtemps, des grèves, des conflits sociaux, des syndicats. Mais la mondialisation a mis le prolétariat en concurrence. Et dans la plupart des pays occidentaux, l’adhésion syndicale a diminué.

De même, et c’est le thème de la troisième partie, avec « le régime des inégalités multiples », les fondements de la solidarité se sont fragilisés. Les gens se sentent seuls, exposés et fragiles. Et à l’école, le projet méritocratique d’égalité des chances a remplacé le projet « socialiste » de réduction des inégalités sociales.

François Dubet ne nie aucunement les discriminations à l’encontre des femmes et des personnes issues de l’immigration en particulier. Surtout, se pose la question de l’effectivité politique des différentes revendications sur ces questions. Cependant, plusieurs questions demeurent. Par exemple, l’affaiblissement de la solidarité est-il imputable à la volonté de chaque groupe de défendre ses droits ? Ou d’autres facteurs ? Nous aurions aimé plus d’examens, notamment ceux liés aux déceptions apportées par l’institution scolaire. Peut-être dans un futur livre ?

6/ Bolloré : comment contre-attaquer l’Empire

Pour une télévision libre contre Bolloré Par Julia Cagé Coll. Libelle, Seuil, 2022, 64 p., 4,5 euros.

Non, nous ne sommes pas impuissants face à la concentration croissante des médias ! C’est en somme le message que veut faire passer l’économiste Julia Cagé, arguments à l’appui. Dans ce livre court et très accessible, le spécialiste des médias revient sur l’offensive de Vincent Bolloré à la télévision et à la radio : de Canal+ à la transformation de la chaîne d’information iTélé en CNews, chaîne d’opinion de tendance très à droite, en passant par la dernière prise de contrôle . du groupe Lagardère, dont Europe 1.

La constitution de cet empire médiatique n’est pas sans conséquence sur le débat public, la candidature de l’ancien chroniqueur de CNews Eric Zemmour en est une illustration. Surtout, l’universitaire avance la liste des solutions pour y faire face, comme une réforme des lois anti-concentration, qui remontent aux années 1980 et ne tiennent pas compte de la multiplication des canaux ou de la montée en puissance du numérique ou des règles de gouvernance des entreprises. . . de la presse afin de garantir l’indépendance de l’écriture. Une lecture simple qui nous rappelle que, comme pour beaucoup de sujets, des solutions existent.

7/ Sur l’ art de paraître écolo

Green Washing, un manuel pour décontaminer le débat public Réalisé par Aurélien Berlan, Guillaume Carbou et Laure Teulières. Seuil, 2022, 244 p. 19 euros.

Le green washing (l’art d’avoir l’air vert) ne se limite pas à la publicité, comme on le pense, il est filtré partout. Exaspérés par cette façon de faire, qui capte les activités les plus productives, 37 chercheurs se sont engagés à afficher le bas du palmarès en 35 entrées. Croissance verte ? Nous oublions soigneusement les « effets de rebond » qui produisent autant ou plus de carbone que nous avons l’intention d’économiser. La voiture électrique ? La pollution ne fait que se déplacer car ses composants nécessitent de très fortes émissions de CO2 et l’extraction de métaux très polluants.

Financement vert, compensation carbone, énergie décarbonée… le lecteur est déçu. Parfois durement : dans la rubrique « agriculture durable », on apprend que le WWF, associé à des multinationales de l’agroalimentaire, a mis en place des labels pour « échapper aux contraintes légales et à la pression des ONG les plus critiques ». Conclusions : Ne pas croire que la victoire nous échappe et réduire notre consommation. Sobriété plus que technologie.

8/ Les vertus du Plan

Le grand retour de la planification ? Par Jacques Sapir Jean-Cyrille Godefroy, 2022, 283 p., 22 euros

La transition énergétique, le retour de la politique industrielle et la nécessité de penser l’avenir de la France place actualisent le besoin d’aménagement. Car ? Car, explique le livre, le Plan est un instrument qui permet de penser les investissements futurs même s’ils ne sont pas immédiatement rentables, qui représente ainsi un réducteur d’incertitudes, que sa culture est celle de la rationalité et de la concurrence et, enfin, qui représente un lieu de coordination et d’harmonisation public/privé, à la recherche d’une vision partagée, d’anticipations.

L’ouvrage le montre à travers l’étude d’expériences concrètes d’aménagement en France pendant les deux guerres mondiales, mais aussi en détail en Inde et au Japon, avant de revenir sur l’expérience française d’après-guerre. Cela trouve son inspiration dans Vichy, Pierre Mendès France et Jean Monnet, ainsi qu’aux côtés de l’influence américaine.

Jacques Sapir revient sur tous ces épisodes avec beaucoup de détails historiques tant sur la dynamique des idées que sur le rôle spécifique du Plan. Bien que l’image toujours positive du Plan semble parfois un peu forcée, cela rend le livre fascinant et très utile pour la réflexion.

9/ Ehpad privés : la maltraitance qui valait des milliards

Les Croque-morts, Révélations sur le système qui maltraite nos grains Par Victor Castanet Fayard, 2022, 400 p., 22,90 euros.

Ce n’est plus un livre, c’est une explosion. Depuis la parution fin janvier des Fossoyeurs, l’acte d’enquête du journaliste Victor Castanet sur les dérives scandaleuses du groupe Orpea, leader mondial des résidences et cliniques, fait suite à une enquête sénatoriale, entendue en Assemblée du nouveau PDG de la groupement, grève, dénonciation syndicale…

Une émotion justifiée. Le livre, vendu à plus de 120.000 exemplaires début mars, multiplie les révélations sur le rationnement des personnes âgées, privées de nourriture, de couches, de soins, afin d’assurer le retour du groupe Orpea en or massif. A force de détails et de témoignages, l’auteur décrit la machinerie très lucrative du « parking des personnes âgées », selon l’expression employée par Jean-Claude Marian, fondateur du groupe. Il dresse un tableau édifiant de la gestion toxique érigée en système, des « directeurs du nettoyage » chargés de licencier les responsables des établissements les moins rentables, de la rotation incessante, de la poursuite infernale du maximum d’emplois, des accords opaques voire financiers de toutes les connaissances de la politique. chiffres des autorisations d’ouverture.

Mais tout aussi dégoûtantes sont les stratégies de détournement de l’argent public mises en place par le groupe. Pièces justificatives, la journaliste a pu montrer que des fonctionnaires manipulaient les contrats de travail du personnel soignant, dont les salaires sont pris en charge par l’Etat. Orpea aurait ainsi multiplié les faux contrats à durée déterminée pour remplacer les salariés fictifs. Autre stratagème : la « redistribution » des heures du personnel chargé de l’hébergement, par Orpea, vers la partie « soins » financée sur l’argent public.

Un imprévu auquel le groupe s’est d’ailleurs efforcé de faire passer le système des marges arrières, pratiqué dans les grandes surfaces. Les équipements de protection (pansements, couches… on y reviendra) sont également pris en charge par l’Etat. Il suffit que les conseils départementaux vous remboursent l’intégralité du prix, sous réserve qu’une remise ait été négociée avec les fournisseurs. Ce dernier facture au prix fort, puis, en fin d’année, restitue au groupe les primes obtenues sous forme de rétrocessions. Une pratique totalement illégale lorsque des deniers publics sont en jeu.

Encore fallait-il que les autorités compétentes, conduites par l’ARS, ouvrent les yeux. Cependant, faute de contrôles suffisants et rigoureux, ils ont échoué, écrit l’auteur. Le 8 mars, le gouvernement a annoncé un ensemble de mesures visant à renforcer les inspections des maisons de repos et à les obliger à fournir des comptes plus détaillés. En écrivant ce livre, le désir de Víctor Castanet était d’ouvrir une porte. Ça commence à se faire entendre.

10/ Les 12 façons de bloquer une politique écolo

800 jours au ministère de l’impossible L’écologie à l’épreuve du pouvoir Par Leo Cohen. Premières heures, 2022, 135 p., 15 euros.

Ancien conseiller des cabinets de Barbara Pompili puis de François de Rugy, Léo Cohen livre un témoignage passionnant sur les douze manières de bloquer politiquement tout progrès environnemental. Avec l’écologie au cœur de toute l’économie, dès que vous voulez légiférer, vous avez à peu près tous les autres ministres contre ! L’habitat s’opposera aux limites de la lutte contre les tamis thermiques, l’agriculture voudra économiser sur les pesticides, etc.

Quand Bercy a un trou de 2 milliards de dollars, il fait pression pour augmenter plus vite la taxe carbone et provoque des gilets jaunes. La grande majorité des hauts fonctionnaires sont insensibles aux enjeux écologiques et savent bloquer l’exécution des décisions prises, quand les voix multiples du lobby n’ont pas encore fermé toutes les portes en amont.

Le livre offre un regard précis sur la mécanique du pouvoir et ses capacités de blocage (qui ne sont pas propres à l’écologie). Léo Cohen prône une meilleure implication citoyenne, fait des propositions et n’a a priori pas digéré la disparition des ONG vertes lorsqu’il s’est agi de défendre la taxe carbone. Un livre captivant.

Les journalistes d’Alternatives Economiques ont également publié …

11/ Nucléaire : il faut en débattre démocratiquement

Nucléaire : stop ou stop ? Par Antoine de Ravignan Les Petits Matins / Institut Veblen, 2022, 336 p., 17 euros.

En novembre 2013, quelques mois après l’accident de Fukushima Daiichi, l’économiste François Lévêque fournissait quelques repères utiles aux décideurs politiques sur l’intérêt et les coûts de l’énergie nucléaire, revendiquant une approche non nucléaire partisane, « ni nucléariste ni écologiste. La même position est revendiquée aujourd’hui par Antoine de Ravignan, journaliste d’Alternatives Economiques, dans un livre enquêté et documenté.

Il aborde en profondeur les différentes problématiques et enjeux de cette technologie de production d’électricité, qui offre plus souvent l’occasion de débats « inflammables » que d’approches construites, raisonnées et critiques. L’auteur revient, surtout, longuement sur les enjeux centraux liés à la « fermeture » du cycle du combustible et à l’enfouissement des déchets, avec la maîtrise des risques – notamment ceux liés à l’extension du parc de réacteurs en service – et avec les nouveaux coûts du nucléaire.

Si, contrairement à l’auteur de ces lignes, Antoine de Ravignan soutient que l’option de ne pas construire de nouveaux réacteurs et d’aller vers un mix électrique 100 % renouvelable serait préférable à la relance d’un programme nucléaire en France, il reconnaît aussi que répondre à la demande d’électricité de demain et des objectifs de décarbonation, les seules technologies mobilisables à grande échelle sont le nucléaire, l’éolien et le photovoltaïque. La thèse centrale est avant tout qu’à l’approche des décisions urgentes et nécessaires, pour l’équilibre offre-demande d’électricité dans notre pays, il faut débattre du sujet.

Selon lui, il est indispensable de délibérer, (ré)introduire la démocratie (parlementaire, directe, participative, etc.) au « cœur du réacteur politique », avant que les grandes décisions ne soient gelées. Ce débat doit permettre d’exprimer les différentes opinions dans le calme et la sérénité, afin que les élections qui auront lieu finalement compromettent tout à long terme. A deux pas des grandes élections pour notre pays, les options énergétiques de demain peuvent-elles se poser comme au début des années 1970 (et au-delà), c’est-à-dire de haut en bas et sans équivoque ?

Au-delà des différents scénarios prospectifs et des analyses expertes, connues et reconnues, fournies par les ingénieurs du secteur, ce n’est pas au grand jour qu’un pays comme le nôtre doit élaborer pour la première fois les décisions qui l’engagent pour les prochaines décennies. .flic? privilégiant la « boîte à outils » démocratique déjà existante (Parlement, Cèse, etc.) ?

Le livre d’Antoine de Ravignan souligne en tout cas que ce débat urgent, dont il revendique, contribuerait au nécessaire soutien (présent et futur) de nos concitoyens aux grandes options de politique énergétique sur lesquelles reposent nos objectifs climatiques.

Michel Derdevet, président de Confrontations Europe

A noter également le lancement récent au Point Seuil des Plus Belles Histoires de l’Arnaque. Du collier de la reine à l’affaire Madoff, de Christian Chavagneux (vous trouverez des critiques du livre d’André Orléan et de Pierre Lascoumes).

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