Louis Le Duff, « Armor-Ricain », face à la fronde écologiste

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« Il est vraiment affecté par cela parce qu’il se sent personnellement attaqué. Pour lui, ce n’est pas une entreprise qu’on veut toucher, c’est Le Duff. » Comme le confiait un entrepreneur breton qui a réussi à s’entretenir avec l’intéressé, le contentieux autour du projet de fabrique de gâteaux Bridor à Liffré, près de Rennes, est une véritable préoccupation pour Louis Le Duff. Il vit même très mal ces attaques.

Non pas parce que cela menacerait son empire construit autour du premier restaurant Brioche Dorée il y a 46 ans rue Jean-Jaurès à Brest. Ou encore compromettre la stratégie de développement de sa vache à lait, Bridor. Car avec 30 000 salariés et un chiffre d’affaires de près de 3 milliards, le groupe a les moyens de se tourner vers l’avenir. Et puis, face à la demande croissante des clients – 45 000 hôtels et restaurants de luxe dans le monde -, il peut s’appuyer sur une usine de fabrication récemment acquise au Portugal, une autre dans le Connecticut, aux États-Unis, et une troisième en construction à Düsseldorf, en Allemagne.

La Bretagne au cœur

Non, si le dossier liffréen touche tant Louis Le Duff, c’est qu’il touche à l’un de ses points sensibles : la Bretagne. Comment la région dans laquelle il est né il y a 76 ans, à Cléder (29), et à laquelle il a tant donné par son travail et ses activités, a-t-elle pu rejeter ce fils de jardiniers du Finistère ? Un peu comme la disparition de l’aéroport Notre-Dame-des-Landes il y a quelques années (44), c’est un dossier qu’il a défendu en vain avec des collègues du Club des Trente, un lobby composé des plus grandes figures patronales de la région. Aux yeux de cet homme qui a grandi dans les glorieuses années 1930 et qui a vu la Bretagne et sa population progressivement sortir de la pauvreté par de grands projets industriels, ce serait un coup dur pour le développement économique. Ceci pourrez vous intéresser : Le liftier Otis reconnu coupable de la mort d’Othmane | La Gazette en Yvelines. Incompréhensible. Dans le territoire auquel Le Duff est inextricablement lié et dont il parle la langue, comme en témoigne en 2012 le ministre de la Défense qui lui décerne la Légion d’honneur… Un certain Jean-Yves Le Drian.

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Américanophile

44e fortune professionnelle française selon le classement Challenges ; un jet privé qu’il partage avec d’autres patrons bretons ; un château et 80 hectares au sud de Rennes… Louis Le Duff représente tout ce qu’une certaine gauche abhorre. Sans parler de son américanophilie. Car entre le leader et le continent nord-américain, c’est une longue histoire d’amour. Au début des années 1970 à Toronto, chez Pizza Delight, il découvre pour la première fois ce qu’on appelle alors les « chaînes de restaurants néo-organisées ». Un modèle qu’il a recréé en France avec Brioche Dorée. Passion pour l’Amérique, qu’il a entretenue par l’acquisition de marques aux États-Unis ou le développement de son usine Bridor à Montréal, qu’il a par exemple montré en grande pompe et « à l’américaine » aux chefs d’entreprise bretons en septembre 2019. tonnes, si souvent.

Louis Le Duff en mouvement, septembre 2019, à son usine Bridor à Montréal. A sa gauche se trouve la PDG du groupe et camarade de ville, Maryvonne Guillou. (archives Le Télégramme/Philippe Créhange)

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Deux Louis Le Duff

Parce qu’il y a deux Louis Le Duff. Le patron est décomplexé, bavard, qui tape dans le dos des interlocuteurs, hurle, donne des ordres, dessine son journal à grands coups de feutres. Un personnage haut en couleur qu’il s’est créé et qu’il fait ressortir lors d’occasions spéciales. Et puis il y a l’entrepreneur visionnaire, à l’intuition géniale, qui a pressenti très tôt le passage à la mondialisation. Un génie et un fou à la fois, aux tendances paternalistes, capable de se séparer brutalement d’un collaborateur quand les choses tournent mal, ainsi que d’élever ses équipes dans l’échelle sociale et de les maintenir pendant plusieurs décennies.

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Un jour, Le Drian le vérifie, soulignant que l’entrepreneur est un « social libéral » comme lui. Duff s’améliore. « Je préfère le libéral-social. » Une question de hiérarchie. Dans son logiciel, l’entreprise crée des emplois, et non l’inverse. Un homme d’affaires à l’ancienne, aussi coriace que lorsqu’il est tombé lourdement de son vélo il y a quelques mois, sa passion. Un homme qui a relevé aujourd’hui le défi climatique et désormais érigé en symbole du mal parmi les hérauts écologiques. A son désespoir.

Louis Le Duff, fondateur et PDG du Groupe Le Duff, lors des 30 ans de Bridor à Servon-sur-Vilaine près de Rennes. (archives Le Télégramme/Philippe Créhange)

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