« Ma mère ne dormirait pas si elle savait » : 200 mineurs non accompagnés vivent sous un pont en banlieue parisienne

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Près de 200 migrants mineurs non accompagnés dorment dans un camp provisoire installé sous un pont en banlieue parisienne. En l’absence de soutien de l’Etat français, l’association Utopia 56 a monté des tentes pour éviter que ces jeunes étrangers en procès ne se retrouvent seuls dans les rues de Paris.

Les derniers arrivés n’ont même plus de place pour planter leurs tentes sous les deux ponts qui servent d’abri aux petits migrants isolés rassemblés depuis juin à Ivry-sur-Seine. La ligne s’étend maintenant le long des côtés de la route qui passe sous les deux structures. Lorsqu’il pleut, ces petites étendues de pelouses deviennent gorgées d’eau et boueuses par endroits.

Mana, 16 ans, a eu un rhume. Il passe la soirée à tousser et part cracher discrètement sous un arbre. Sa tente est exposée aux intempéries. À l’intérieur, juste une couverture rose mouillée. « Il ne sèche jamais. Je dors dessus, je n’ai rien pour me couvrir », a déclaré le jeune Camerounais, le menton rentré dans son manteau. D’autres font sécher les choses qu’ils utilisent comme matelas au-dessus de leurs tentes.

Ici, au fil des semaines, le camp de mineurs non accompagnés – une quarantaine à l’origine – s’est développé à l’abri des regards des riverains. Seuls quelques joggeurs, cyclistes et scooters à grande vitesse passent. Le camp est divisé en deux par une piste cyclable et une voie rapide.

« Je dors mal. J’ai des maux de tête »

Comme Mana, la majorité des résidents sont de jeunes Africains et quelques Afghans, que l’administration française n’a pas reconnus comme mineurs après une rapide évaluation. Ils ont déposé des recours en justice et devraient comparaître devant un juge des mineurs. Ceci pourrez vous intéresser : La Protection Civile de Nogent-le-Rotrou vient en aide aux réfugiés du Pakistan. Jusque-là, considérés comme des adultes, ils sont livrés à eux-mêmes, sans aucun soutien de l’Aide sociale à l’enfance (ASE).

Chaque nuit, sous ces deux ponts, le bruit des voitures résonne à vive allure sur l’autoroute. Sans oublier l’autoroute A4 dont le bourdonnement monte de la rive opposée. « Je me bouche les oreilles avec les mains, mais c’est vrai, je dors mal. J’ai mal à la tête », raconte Ibrahim*, 16 ans.

Ce jeune Ivoirien va à l’école tous les matins sans que ses professeurs ou ses camarades de classe ne sachent dans quelles conditions il dort. « Ma mère ne dormirait pas si elle savait, donc personne ne le sait. Seul l’assistant social du lycée le sait. »

Ibrahim a lancé une procédure d’appel. Malgré sa situation administrative, il est l’un des rares mineurs isolés ici à avoir réussi à reprendre les apprentissages en classe de 3e UPE2A. Avec l’aide de l’Association de solidarité avec les mineurs étrangers non accompagnés (ASMIE), le lycée des bâtiments Hector Guimard dans le 19e arrondissement de Paris a accepté de l’inscrire dans cette classe réservée aux élèves venant d’arriver sur le territoire français.

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La bonne nouvelle est tombée début septembre. Ibrahim était alors dans un hôtel social de Melun, à plus de 60 kilomètres de Paris. Il fait partie de ceux qui ont campé à Bastille cet été et ont pu être relogés par les autorités françaises après l’évacuation du camp fin septembre. Mais il a finalement abandonné Melun car il avait peur de manquer l’école. « Je n’ai pas de passe Navigo pour aller et revenir, je ne veux pas avoir de problème avec les commandes », explique-t-il.

L’adolescent cherche dans sa tente. Il en sort une pile de cahiers colorés tout neufs, ainsi que son carnet de correspondance dont la première page est remplie d’une écriture ronde et nette.

« Il y a beaucoup de jeunes ici qui rêvent d’aller à l’école », explique Agathe Nadimi, fondatrice des Midis du Mie. Elle est venue ce soir distribuer pulls, chaussettes et sandwichs avec deux autres bénévoles de l’association, prenant le pouls de la situation sanitaire et administrative des pensionnaires du camp. La toux de Mana l’inquiète, elle essaie de lui trouver un rendez-vous dans un centre médical de la ville de Paris.

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« Les jeunes ne vont pas bien, beaucoup toussent »

« L’endroit est ‘craignos’, caché sous un pont, très bruyant et dangereux avec la voie rapide à proximité. Les jeunes ne vont pas bien, beaucoup toussent. Certains sont complètement perdus, livrés à eux-mêmes, ils n’ont même pas ; ils n’ont pas postulé pour le système d’évaluation des minorités », s’indigne-t-elle. « Je ne comprends pas pourquoi il n’y a pas de refuge.

Hormis un seul centre d’hébergement, d’une quarantaine de lits à Paris, pour accueillir ces jeunes en ressource, les capacités d’accueil des associations sont très limitées : seuls quelques mineurs peuvent être hébergés par des associations telles que Les Midis du Mie ou le TIMMY .

En urgence, depuis le 10 juin, Utopia56 oriente chaque jour de nouveaux adolescents vers le camp d’Ivry-sur-Seine. Ce soir-là vers 21 heures, sept nouveaux arrivants arrivent avec des morceaux de carton sous le bras. Certains ont dormi près des gares parisiennes les nuits précédentes. La plupart avaient appris quelques heures plus tôt qu’ils n’étaient pas reconnus comme mineurs et devaient quitter leur chambre d’hôtel immédiatement.

Un huitième jeune étranger devait les accompagner, mais il se sent tellement mal qu’un bénévole l’accompagne aux urgences psychiatriques. « Nous n’avons que trois tentes pour eux », déplore Priskavine (la personne n’a pas voulu que son nom soit publié) du centre d’aide aux volontaires d’Utopia56, « il va falloir trouver quelqu’un juste un qui accepte de partager le sien ».

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La scène se répète chaque nuit. Chaque semaine, Utopia56 installe en moyenne 20 à 30 tentes. Certains jours, l’association accueille jusqu’à douze jeunes de la rue, qui se présentent au bureau improvisé du parvis de la mairie de Paris (du lundi au dimanche à 18h), avant d’être redirigés ici.

« Ils sont dans un état de fatigue extrême. Nous attendons un hébergement rapide. Ce ne sont pas des conditions de vie décentes. Mais malheureusement nous sommes contraints de faire des choix dans des conditions précaires. . , dont 33 enfants de moins de 3 ans », déplore Priscavine.

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Eau croupie, odeur d’urine

Depuis l’installation des premières tentes il y a quatre mois, seuls 60 jeunes ont été pris en charge par l’ASE, après avoir été reconnus mineurs. Autant de places se sont libérées sous les tentes.

Avec l’agrandissement du camp, des sanisettes ont été installées par la mairie d’Ivry-sur-Seine depuis l’été, mais l’odeur d’urine se propage à proximité. Le réservoir d’eau est rempli plusieurs fois par semaine, mais cela laisse apparaître des moisissures. « On évite d’en boire, on va marcher plus loin, il y a un robinet à côté d’un restaurant le long de la Seine », raconte un jeune qui s’apprête à faire couler de l’eau pour se laver les mains.

Alors qu’un volontaire d’Utopia56 aide deux nouveaux arrivants à monter leurs tentes, le reste du groupe est abordé par un habitant du camp qui leur souhaite en plaisantant « Bienvenue dans la rue ». L’échange ne semble pas amuser le jeune Algérien, resté maussade depuis son arrivée.

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Quelques secondes d’inattention et l’un de ses camarades ne retrouve plus la couverture qu’Utopia56 vient de lui attribuer. Il est déçu. Les jeunes manquent ici.

Un peu plus loin, alors que la nuit tombe, Mana est dérangé par un jeune Afghan, qui démonte sa tente pour la capturer. Tant bien que mal, sans perdre patience, il lui explique qu’elle est à lui et qu’il veut la partager. Le jeune Afghan finit par accepter.

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