Moi, producteur de chanvre : les modifications apportées à la loi sur le CBD, « c’est catastrophique »

Written By Sara Rosso

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MOI, MON TRAVAIL PENDANT LA PRESIDENCE

Ils sont enseignants, avocats, animateurs, agriculteurs… Après deux ans de pandémie, une nouvelle réforme ou une crise économique, comment leur vie professionnelle a-t-elle changé ? Comment ces femmes et ces hommes exerceront-ils aujourd’hui leur métier ? A quelques semaines de la présidentielle, « l’Obs » leur donne la parole.

En référence à l’anaphore utilisée par François Hollande dans l’intervalle entre les deux tours de l’élection de 2012, cette série d’articles cherche à interpeller les candidats sur la réalité de ces métiers.

Chaque matin, Jouany Chatoux emmène les enfants à l’école. Sur le chemin du retour à la ferme, il ne visite ses vaches que pour « vérifier que tout va bien ». Lorsqu’il réunit son équipe autour d’un café pour se répartir la journée de travail, il est déjà 9 heures, puis tout le monde part travailler dans les champs ou avec les animaux.

Jouany Chatoux, 44 ans, vit sur le plateau de Millevaches dans la Creuse depuis 1999, date à laquelle il a repris l’exploitation de ses parents. Ils l’avaient hérité de leurs parents. Reprendre la ferme était un peu une évidence, impossible pour lui de laisser la nature aux alentours. – En dehors des activités professionnelles autour de la forêt et de l’agriculture, on n’a vraiment pas le choix d’activité quand on veut vivre sur ce territoire, explique-t-il.

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Sur sa ferme il y a des vaches, mais aussi une boutique de vente directe et un restaurant. Il y a deux ans, avec le Covid-19, « tout s’est effondré », explique Jouany Chatoux. Il a donc décidé de se concentrer sur une autre activité qu’il avait démarrée quelques années plus tôt : la production de chanvre pour le bien-être. En clair, le cannabidiol, plus connu sous son abréviation CBD, une molécule non psychotrope.

Le chanvre, « une plante d’autonomie par excellence »

Le chanvre, « une plante d’autonomie par excellence »

La production de chanvre était un moyen de se connecter avec les cultures ancestrales de ce territoire. « Historiquement, mes grands-parents produisaient du chanvre » sur la même exploitation, explique Jouany Chatoux. C’était une « usine d’autonomie par excellence ». A cette époque chaque agriculteur possédait une parcelle, la plante servait de cordes, de vêtements ou d’aliments pour animaux.

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Et la culture du chanvre est aussi dans la lignée de ce pays de moyenne montagne. – Quand on est bio, on a recours à des productions plus adaptées aux terrains difficiles, précise l’agriculteur. Lire aussi : Languidique. 1 581 animaux collectés en 2021. Et « très faible demande de pesticides ». Du coup, comme beaucoup de ses confrères, Jouany Chatoux a mis « beaucoup d’espoir dans cette usine ». Des espoirs qui s’envolent et basculent selon la législation sur la vente et la consommation de CBD.

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« Moralement, c’est le yo-yo »

« Moralement, c’est le yo-yo »

Employé aujourd’hui comme porte-parole de l’Association française des fabricants de cannabinoïdes (AFPC), Jouany Chatoux ne s’attendait pas à tant de rebondissements. En France, il est désormais légal d’acheter et de consommer du CBD. Cette autorisation était gérée par l’UE. Fin 2021, un arrêt de la Cour de justice des Communautés européennes (CJUE) a considéré comme illégale l’interdiction de commercialisation du CBD en France. Depuis lors, un certain nombre de règles juridiques se sont chevauchées. « Pour nous, c’est catastrophique », confie le producteur de chanvre.

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Le 30 décembre, un décret fixe les conditions de production et de commercialisation du chanvre. Les semences utilisées par les agriculteurs doivent être certifiées et la vente de plants et de boutures est interdite. Enfin, la récolte des fleurs et des feuilles de chanvre ne peut être utilisée que pour la production industrielle d’extraits de chanvre. A l’extérieur, leur commercialisation et leur consommation sont interdites. « Moralement, c’est le yo-yo », se plaint l’agriculteur. « A cause de la loi » la part de Jouany Chatoux est passée de 500.000 à 5.000 euros en une nuit. – Selon ce que je suis autorisé à faire, ma part a de la valeur ou non, explique l’agriculteur. Fin janvier, le ministre a suspendu ce décret.

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Ce qui contrarie le plus l’agriculteur, c’est le devoir de confier sa production à un industriel pour qu’elle soit transformée : une déviation pour ceux qui prônent les circuits courts. « C’est comme demain, dit-on au vigneron : vous avez le droit de produire du raisin, mais pas d’en faire du vin », explique-t-il.

« En gros, on nous dit ‘rendez votre pays disponible, cultivez ce que vous voulez pour l’industrie pharmaceutique et taisez-vous, continuez, il n’y a rien à voir’. »

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« Malheureusement, les politiques n’ont pas pris en compte le contexte européen pour la production de chanvre de bien-être et bloquent idéologiquement cette plante », regrette Jouany Chatoux. Pourtant, l’agriculteur souhaite que la mise en place d’une filière de production française et bio renverse un paradoxe : « La France est devenue le premier pays européen consommateur de chanvre bien-être et 99% de ce qui est consommé vient de l’étranger ».

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Mais le financement ne suit pas. Avec les fluctuations, les banques ne préfèrent pas investir dans ce projet. « On fait avec des variétés qui sont moins rentables et on n’a pas accès aux équipements qui nous permettront d’augmenter la rentabilité », explique Jouany Chatoux. Et enfin, les marchandises françaises, de qualité inférieure, sont plus chères que celles importées.

« Nous demandons une filière pure naturelle française avec une traçabilité des savoirs, nous demandons un cadre légal », poursuit le producteur de chanvre. Avant de terminer : « Mais asseyons-nous autour de la table pour l’écrire. »