Nanette Maupertuis : « L’autonomie étendue contribue au bien-être économique et social des personnes »

Written By Sara Rosso

Rédactrice passionnée, Sara vous présente les nouveaux faits d'actualité 

– Vous avez choisi de présenter une étude inédite sur l’impact de l’indépendance sur la vie quotidienne et le bien-être des Corses. C’est quoi exactement? – Au fil des années, face à la question de l’autonomie, on fait généralement appel au droit comparé et on mobilise les statuts existants dans les régions autonomes. Nous en avons le droit, mais le plus souvent nous ne regardons que l’angle juridique et ignorons l’économie politique, pourtant très utile car elle permet de lier qualité des institutions et indicateurs de bien-être. Ces indicateurs sont très intéressants car ils intègrent à la fois des indicateurs pertinents de bien-être, comme le PIB (Produit Intérieur Brut), et donc des indicateurs de revenus, et de développement humain dans les domaines de la santé, de l’espérance de vie, du niveau d’éducation, de l’égalité des genres… récemment également des questions environnementales. Mon souci était d’intégrer le débat sur l’indépendance en mettant l’accent sur l’aspect économique et social, d’autant plus que nous l’avions évoqué, d’une part lors de la Conférence sociale qui s’est tenue il y a quelques semaines, d’autre part au sein du semi. Jean-Martin Mondoloni m’a interpellé de manière un peu ironique sur la question suivante : « L’indépendance augmente-t-elle le bonheur des gens et résout-elle leurs problèmes quotidiens ? “. J’ai fait de mon mieux pour explorer la littérature académique existante sur le sujet pour voir quelle était la relation entre l’indépendance et le bien-être économique et social. – Vous affirmiez, en janvier, dans nos colonnes, que l’indépendance offrait de nouvelles opportunités de développement économique et social. Cette étude le confirme-t-elle ? – Oui! Quand j’ai commencé à faire des recherches sur le sujet, je me suis rendu compte que dans le lit de la gamme académique internationale, c’était avec ou des contributions concernant le lien entre l’indépendance et la croissance économique, l’indépendance et le développement, la qualité des institutions et le bien-être économique et social. J’ai donc demandé à un cabinet spécialisé en économie, Kyrn’Economics, créé par deux jeunes Corses, d’étudier tout cela. Il m’a remis le mois dernier un rapport qui couvre 80 pays et analyse un total de 53 travaux scientifiques reconnus. Je tiens à préciser que, d’un point de vue international, une région est considérée comme autonome à partir du moment où elle est fiscalement compétente. Ce rapport montre clairement les bénéfices que l’on peut attendre du statut d’autonomie à la lumière des expérimentations menées dans toutes les régions autonomes du monde. Il établit clairement un lien très positif et fort entre l’indépendance budgétaire et la croissance économique. – Cependant, des hommes politiques, comme le communiste Fabien Roussel, prétendent que l’indépendance ne pourra pas remplir les frigos des Corses. Alors qu’en est-il? – La phrase est un peu triviale ! L’indépendance contribue au bien-être économique et social, comme le montre l’étude. Il montre un lien scientifiquement stabilisé sur un panel de 80 pays. L’indépendance a d’abord des effets quantitatifs. Plus elle est poussée – c’est-à-dire une véritable autonomie fiscale avec transfert de compétences et de ressources -, plus elle génère de la croissance économique. Le niveau de capital humain est plus important car les systèmes de formation sont plus performants. Les disparités régionales diminuent parce que les régions autonomes développent des compétences et prennent des décisions plus proches des préoccupations des citoyens, donc les institutions sont plus efficaces. L’autonomie a alors des résultats positifs i en termes de variables qualitatives, c’est-à-dire est important parce qu’il y a d’autres choses dans le bien-être que le bien-être matériel. La décentralisation, surtout lorsqu’elle conduit à l’autonomie fiscale, a des effets positifs sur l’éducation, la santé, la réduction des disparités de revenus, la réduction des inégalités entre les sexes. Elle permet également de meilleures performances en matière de politique environnementale. – Il est clair que l’on vit mieux dans un régime autonome que dans un régime centralisé ? – Oui! Il apparaîtrait à travers toutes les études répertoriées, en effet, que l’autonomie s’est accrue, par laquelle la qualité des institutions pourrait être augmentée au niveau local, en permettant une prise de décision au plus près des problèmes qui se posent au quotidien . base , augmente efficacement le bien-être des personnes touchées par l’indépendance. A partir du moment où l’on représente le monde, une économie, des perspectives différentes des autres régions, si les décisions de production, d’échanges et d’allocation des ressources sont prises au plus près, en termes de subsidiarité, du territoire et du territoire. militants du territoire, cela ne peut être que très positif pour la population. – Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, tire la sonnette d’alarme sur le manque de moyens financiers, les risques liés aux salaires, à la sécurité sociale… Que répondez-vous ? – Quand on commence tout juste à parler d’autonomie, ce n’est pas la peine d’agiter des chiffons rouges et d’effrayer les gens en disant : « Attention ! L’indépendance ne remplit pas les frigos ! Attention, il va falloir gérer la sécurité sociale… ». A ma connaissance, il y a des pays très centralisés où ça ne marche pas ! Ensuite, dans les échanges que nous aurons avec l’État, nous devrons réfléchir à ce qui peut être réglementé dans le cadre du droit en vigueur. Mais, nous savons déjà que beaucoup de choses n elle peut être fixée en vertu de la loi en vigueur. C’est pourquoi on ne peut se passer d’une analyse d’un point de vue économique, fiscal et social pour voir ce qui relèverait de l’autorité souveraine et resterait donc de la compétence de l’État, et ce qui relèverait des compétences de la Corse autonome. . . Je ne pense pas quand je parle que la Sécurité Sociale fait partie d’un paquet de compétences. Nous n’en avons pas encore discuté. La posture positive et surtout la méthode efficace sont celles que nous avons définies ensemble le 21 juillet. On reprend les huit thèmes évoqués à Paris et on regarde ce qui ne marche pas et comment le statut d’indépendance permettrait d’avancer sur ces différents points. Enfin, je voudrais dire que l’autonomie est aussi une éthique de responsabilité, comme on le voit à travers les exemples historiques que nous pouvons mobiliser sur d’autres îles de la Méditerranée, en Europe ou sur la façade atlantique. – C’est-à-dire? – Une région autonome devient responsable. L’étude a constaté qu’elle aborde les problèmes directement et résout les problèmes avec les outils à sa disposition, outils juridiques ou économiques qui existent en France et dans les pays qui ont l’expérience de processus d’indépendance qui fonctionnent. La Sardaigne, la Sicile, le Val-d’Aoste, les communautés espagnoles – les îles Baléares, la Catalogne, le Pays basque – les Açores et Madère sont autonomes. Il y a eu l’indépendance depuis 1948 en Italie et depuis 1978 en Espagne. L’indépendance est dynamique et surtout responsable et digne de confiance. Je crois que nous devons aborder le cycle des échanges avec le gouvernement avec un sens des responsabilités, un sentiment de confiance et une ferme volonté de résoudre tous les multiples problèmes corses. Il y a des problèmes politiques – je n’oublie pas ce qui s’est passé en un mois mars – et des problèmes économiques qui ne peuvent être résolus avec le statut actuel de l’île. Il ne faut pas oublier que les discussions sur les différents statuts et évolutions institutionnelles qu’a connues la Corse n’ont jamais porté sur l’aspect économique et social. C’est pourquoi, avec la majorité territoriale, il nous paraît fondamental que les questions économiques et sociales soient au cœur de la discussion institutionnelle. – L’opposition souligne que l’indépendance n’est pas réussie en Sardaigne. Partagez-vous cet avis ? – C’est pourquoi je n’ai pas demandé d’études économiques comparées. Si on ne fait qu’une analyse comparative, on trouve toujours le cas qui n’a pas fonctionné. L’étude Kyrn’Economics montre au contraire une régularité statistique. Il montre qu’il existe une relation positive, en moyenne, entre l’indépendance, notamment fiscale, et le bien-être économique, social et environnemental pour les 80 pays analysés. Quant à la Sardaigne, bien qu’elle ait un PIB par habitant inférieur à celui de la Corse, elle a une meilleure performance économique et une trajectoire d’investissement extrêmement impressionnante. La Sardaigne possède un port international – le port de Porto Torres -, un aéroport international très performant, une agriculture florissante qui exporte vers les États-Unis depuis les années 1970. Les fromages sardes, en particulier, ont été validés par la Food and Drug Administration. La Sardaigne est capable d’avoir une indépendance alimentaire, et ce, dans un contexte environnemental, dans lequel je rappelle qu’elle n’a pas d’eau, contrairement à la Corse. Cependant, malgré les difficultés de la sécheresse, il est capable de produire des fruits et légumes et de les vendre à sa population à des prix bien inférieurs à ceux du Ch orsac. Elle n’importe pas de marchandises d’ailleurs. En termes de bien-être, la population dispose donc d’une alimentation de meilleure qualité et de biens moins chers. La Sardaigne produit également de l’énergie. Tu vois tout est relatif. – Alors, en conclusion, est-ce que l’indépendance ça marche ? – Oui! Je suis convaincu qu’aujourd’hui la Sardaigne a la capacité d’être résiliente, de gérer et de réagir face aux chocs exogènes, par exemple le Covid, bien plus que la Corse. Entretien avec Nicole MARI.