Orthorexie : Pendant 10 ans, Mathilda a compté chaque calorie…

Written By Sara Rosso

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Mathilda a 30 ans et souffre depuis 10 ans d’un trouble alimentaire méconnu : l’orthorexie. Son quotidien était alors obsessionnellement rythmé par un décompte calorique précis qu’il ne fallait en aucun cas dépasser. Elle témoigne pour Aufeminin.

En France, près d’un million de personnes souffrent d’anorexie, de boulimie ou d’hyperphagie. Ce chiffre se concentre sur les cas diagnostiqués et uniquement sur les troubles alimentaires les plus connus. Mais certains troubles alimentaires sont parfois plus insidieux. C’est le cas par exemple de l’orthorexie très peu connue. Les personnes qui en souffrent souffrent d’une obsession du respect de règles nutritionnelles très strictes. Cette obsession constante du « manger sain » est considérée comme pathologique lorsqu’elle affecte l’ensemble de la vie quotidienne. « Si le patient fait une distinction entre aliments sains et malsains, si des émotions fortes voire démesurées l’envahissent par rapport aux aliments malsains et que cela a un impact sur son quotidien, il souffre probablement d’orthorexie », résume Alexandre Chapy, psychologue à Montpellier. (Hérault) à nos confrères de Doctissimo.

Ce fut le cas de Mathilda, aujourd’hui âgée de 30 ans. Depuis l’adolescence et pendant près de 10 ans, les journées de la jeune femme ont été rythmées par son obsession pour une alimentation saine. Une expérience qui l’amène aujourd’hui à embrasser un nouveau métier : nutritionniste.

« Avec l’orthorexie, vous contrôlez votre alimentation 24h/24 et 7j/7. Je n’ai pensé qu’à manger. (…) J’avais un ratio en tête : le produit parfait c’était moins de 200 calories pour 100g, assez de protéines, très peu de matières grasses et le maximum de nourriture pour ne pas mourir de faim. L’objectif pour Mathilda : respecter à tout prix le total calorique quotidien qu’elle s’est fixé. Une obsession qui ne tolère absolument pas les écarts. « Quand je suis allé chez mes parents. Si je voyais mon père verser de l’huile dans une poêle, je ferais une crise de colère… J’étais déjà ému aux larmes. (…) J’avais toujours peur d’aller à des soirées entre amis, par exemple. Je demandais souvent ce qu’il y avait au menu ou apportais mon assiette. Mes amis ne l’ont pas vraiment remarqué. On m’a dit ‘wow, c’est fou, tu manges super sain tout le temps, je ne sais pas comment tu fais’. Ils n’ont pas réalisé que cela reflétait un malaise. »

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“Je pensais avoir le contrôle”

C’est à l’adolescence que les habitudes alimentaires de Mathilda ont commencé à changer « J’ai soudainement pris beaucoup de poids. En moins d’un an je suis entré dans la case du surpoids. Puis, avec une de ses amies, elle se rend compte qu’en réduisant ses calories, elle peut perdre du poids. Ceci pourrez vous intéresser : Une étude révèle quels sont les facteurs favorables à un vieillissement optimal. « Je me suis limité à 1 400 calories par jour, ce qui est bien trop peu. Tout en faisant de l’exercice deux fois par jour, tous les jours.

Progressivement, sur une période de 4 à 5 ans, il tombe dans un contrôle obsessionnel. «Je pensais que je le faisais bien. Je pensais que j’avais le contrôle. » Peu à peu, sa santé se dégrade. « En plus de l’anxiété et de la culpabilité, tu peux avoir des déséquilibres hormonaux, des carences… J’ai eu beaucoup de troubles intestinaux (…) Tu casses le métabolisme, c’est un cercle vicieux. Dès qu’on mange plus, on prend très vite du poids, ce qu’on ne peut pas supporter. Ceux qui essaient de s’en sortir peuvent vite se décourager. » L’attention à la nourriture est d’abord bien perçue de l’extérieur. Les membres de la famille ne se rendent pas toujours compte de la dimension que cette obsession prend dans le quotidien des orthorexiques. » me dire ‘Arrête, tu es complètement anorexique’, au lieu de m’aider, ça m’a totalement bloqué.

Des années après avoir commencé à compter ses calories, Mathilda a cliqué grâce à l’ami qui a eu des ennuis en même temps qu’elle. « Elle m’a envoyé un article qu’elle avait écrit et qui parlait d’orthorexie. Elle m’a dit de faire attention, que j’aurais pu tomber aussi et que ça pouvait être dangereux. Quand je l’ai lu, je me suis beaucoup reconnu. »

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“Pour m’en sortir vraiment, j’ai mis entre 2 et 3 ans”

Pour s’en sortir, Mathilda entame un régime inversé. Elle se lance « Je n’ai pas été suivie. Par fierté, je suppose… dans ma tête, les seules personnes qui pouvaient m’aider étaient les nutritionnistes, et je n’avais pas entendu de bonnes choses à leur sujet. Pendant ce régime inversé, elle compte toujours ses calories, mais de manière plus saine. « Je ne regardais plus seulement les graisses, mais aussi la répartition des fibres, des protéines et augmentais ce que je mangeais chaque semaine. De 1400 calories je suis passé à 1900 calories. J’ai pris 3 kilos rapidement et ils m’ont fait du bien.(…) Pour vraiment m’en sortir, il m’a fallu entre 2 et 3 ans. Mais entre le moment où j’ai pris du poids à l’adolescence et le moment où j’ai trouvé le régime qui me convenait, plus de 10 ans se sont écoulés.

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De fil en aiguille, avec l’expérience et l’envie de quitter Paris, Mathilda change de métier. D’un emploi dans la publicité, elle s’est lancée dans le coaching nutritionnel. « Autour de moi, beaucoup de gens sont encore attachés au régime et ne peuvent pas mettre 10 ans pour s’en défaire. Je me dis que j’ai un rôle à jouer. (…) Je ne suis pas nutritionniste, ni nutritionniste, je le fais ne supporte pas le TCA J’accompagne les personnes qui souhaitent renouer avec une alimentation totalement satisfaisante, en les aidant à atteindre leurs objectifs de manière saine et sereine (perte de poids sans compter les calories, rééquilibrage alimentaire pour se sentir mieux, optimisation des performances sportives et de la récupération…) « 

Certains orthorexiques sollicitent parfois leurs services « Je les ai vus une heure. Pour leur parler de mon expérience. J’essaie de jouer un peu le même rôle pour eux aujourd’hui que mon ami l’a fait pour moi à l’époque. Je les ai donc référés à un psychologue spécialisé dans les troubles alimentaires. Aujourd’hui, Mathilda est complètement sortie de son orthorexie. Elle préconise une « alimentation satisfaisante qui est bonne pour vous physiquement et mentalement ».

Merci à Mathilda Sinig d’avoir répondu à nos questions.

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