Paris : ma journée avec les requins

Rédactrice passionnée depuis plus de de 15 ans. Sara vous trouve les dernières infos

Il est 5h du matin, Paris se réveille… Mais que font les requins dans le 16ème ? Dorment-ils? Pas tous : Éclairés par des LED qui imitent l’éclat de la lune, les requins nocturnes (zèbre et chabot) de l’Aquarium de Paris tournent inlassablement dans leur bassin. « Peu de gens le savent, mais les requins ont le sens du temps », explique Pierre Payet, directeur adjoint des affaires publiques de l’aquarium. Ce n’est pas le nôtre, mais nos requins savent quand ils sont nourris et quand les biologistes marins plongent pour nettoyer le réservoir. »

Et ce mercredi, c’est la fameuse journée de maintenance. Arrivés depuis 8 heures, les aquariophiles Eduardo Da Forno et Maureen Midol sont déjà en tenue de plongée. Avant qu’elle ne s’enfonce dans le plus grand bassin de l’aquarium (3 millions de litres d’eau, 33 mètres de long, 11 de large et 10 de profondeur), qui abrite les 38 requins, stars des lieux, la jeune femme jette un œil à son protégé. Dans un bassin couvert équipé d’une pompe, une demi-douzaine de requins zèbres, d’à peine 20 centimètres de haut, nagent les uns contre les autres. Difficile de ne pas être ému par ces minuscules requins, qui sont à mille lieues de l’image du requin mangeur d’hommes. « Ils sont nés ici », s’émerveille Maureen, avant de montrer une paire d’œufs dans une poubelle voisine, dans laquelle on peut voir des embryons se contorsionner.

De son côté, Eduardo enfile son masque pour capturer un bébé requin zèbre (6 mois) tournant dans un grand bassin. Le but? Pesez-le et mesurez-le. La manœuvre est délicate car le poisson, effrayé et nerveux par la présence humaine, tourne à toute allure. « Il faut attendre qu’il se calme pour ne pas le blesser », note le formateur en biologie. Il est très fragile car il est constitué de cartilage. Au bout de quelques minutes, le petit requin se calme : il est temps de le pêcher au filet. Au bord du bassin, Maureen reçoit l’animal dans une caisse et couvre ses yeux d’une petite serviette humide. L’animal est soigneusement pesé et mesuré puis remis à l’eau. « Il se développe bien », note le gardien. Mais il faut attendre qu’il grandisse pour le mettre avec ses proches qui peuvent l’attaquer. Les requins sont en fait « préventifs » : ils préfèrent éliminer leurs congénères avant qu’ils ne deviennent plus gros qu’eux. « Il y a une hiérarchie parmi les requins : les plus gros (les dominants) sont les meneurs. Cela se remarque surtout lors du nourrissage. »

Maîtres des mers

11h00. Il est temps pour les deux biologistes de plonger. Les bouteilles sont d’abord introduites pour avertir les requins de l’intrusion humaine dans leur habitat. Pendant près de deux heures, les plongeurs nettoient les vitres, brossent le sable et l’intérieur et récupèrent les œufs pondus dans le bassin. « C’est un peu une chasse au trésor », plaisante Maureen avant de plonger. A voir aussi : La fréquence de nombreuses variantes liées à la maladie diminue dans les races régulièrement testées. Même si nous connaissons par force leurs cachettes les plus importantes. Durant toute la plongée, tous les requins (même Rachel, une femelle requin gris qui s’est imposée comme leader) éviteront soigneusement les aquariophiles, qui se concentrent tous dans la zone opposée. « Si nous plongeons ensemble, c’est surtout pour compenser un accident de plongée », explique Eduardo. Il n’y a jamais eu d’attaque. »

Pendant ce temps, dans la grande cuisine cachée derrière l’Aquarium Store, deux autres biologistes préparent de la nourriture pour les requins. « Il faut compter 1 tonne de poisson par mois », note Pierre Payet. En moyenne, un requin mange entre 2 et 5% de son poids. Ils sont nourris trois fois par semaine : les lundis, mercredis et vendredis. Dans leur environnement naturel, ils ne sont autorisés à manger que tous les huit jours. Pour se nourrir, ils sont surtout opportunistes. Chaque espèce a son régime alimentaire : du plancton cultivé sur place pour les petits poissons, des feuilles d’algues broyées pour les herbivores, du maquereau et un gros mélange d’encornets et de filets de poissons pour les petits requins, de gros morceaux d’encornets géants pour les grands requins. Tous les aliments sont pesés avec précision, puis stockés dans des boîtes en plastique correctement étiquetées. Il faut compter deux heures pour tout préparer. Et deux heures de plus pour tout distribuer.

A 14h, deux gardiens sont en place sur les deux plus grands bassins. Depuis huit ans à l’aquarium, Raphaël a été désigné ce matin pour nourrir les requins. Spectacle fantastique pour les visiteurs. Lorsqu’il arrive au-dessus du bassin, les poissons sont là. Même les deux requins nourrices, le mâle Macho et la femelle Hembra, qui dorment pas moins de dix-huit heures par jour, ont quitté le fond de l’aquarium et virevoltent à la surface de l’eau. Muni de sa charrette, sur laquelle sont posés les 20 kilos de nourriture que les requins ingurgitent à chacun de leurs trois repas, Raphaël commence à nourrir les plus petits et les autres poissons, jetant régulièrement le gros mélange et le maquereau au fur et à mesure qu’il les surveille, qui viennent prendre leurs repas. Puis il se dirige vers la grille installée à l’autre bout du bassin (au travers de laquelle s’effectuent les plongeons) pour littéralement « donner une bouchée » aux plus grands. A l’aide de pinces dans lesquelles il place de beaux morceaux de calamars géants, il attendra patiemment que chacun vienne se servir.

La loi, les animaux et la liberté des cultes dans la "Revue du droit des religions"
Voir l’article :
Dans son dernier numéro, la biennale propose un dossier approfondi mettant en…

»Stratégie inouïe »

Le bal des maîtres des mers commence. Première à l’appel, Rachel s’empare du jeu avec une délicatesse sur laquelle peu de gens miseraient. « Rachel est un requin gris : c’est elle la dominante et donc elle mange en premier », explique l’aquariophile. Malo, le mâle, vient plus tard. Suivent ensuite les plus jeunes, des points noirs, des requins marteaux et quelques zèbres. Mais le plus drôle est sans doute le truc que Macho et Hembra font pour voler un morceau de calmar en l’aspirant. Ils passent et repassent au niveau de la soie pour tenter de tromper Raphaël. « Ils ont une stratégie incroyable : pendant que l’un s’avance lentement, l’autre arrive par derrière et partage l’eau », note le jeune homme, qui se fera avoir une ou deux fois. Il faut dire qu’ils ne s’arrêtent jamais pendant la distribution ! « Ils n’ont pas vraiment faim, ils sont juste gourmands et surtout en surpoids », ajoute-t-il. Comme pour les humains, ce n’est pas bon pour leur organisme. 15h15 : Le repas se termine plus tôt que prévu. Les requins n’ont pas d’appétit. « Les digues les dérangent », explique Raphaël. Ils mangeront mieux vendredi. Et si Macho et Hembra, épuisés par tant d’efforts, s’endorment au fond de la piscine, Paris n’a plus sommeil.

Des chiffres incroyables

– 4 millions de litres d’eau de mer, l’Aquarium doit produire ça.

Ceci pourrez vous intéresser :
La ville de Thorigny-sur-Marne et Sea Life Paris Val d’Europe préparent une…

À Lire  Arrosoirs, piscines, poteaux creux : les « pièges à cavités », un cauchemar pour les petites bêtes