Parkings et incendies : Adaptation à l’arrivée des véhicules électriques

Written By Sara Rosso

Rédactrice passionnée depuis plus de de 15 ans. Sara vous trouve les dernières infos

Dans un rapport de 131 pages, le CGEDD et l’IGA plaident pour la mise en place d’une réglementation et formulent une dizaine de recommandations pour atténuer l’impact des incendies qui pourraient se déclarer dans les parkings couverts alors que les véhicules électriques existent encore.

Pas que les VE

Le document « Renforcement de la protection incendie des parkings couverts et déploiement des infrastructures de recharge des véhicules électriques » a été élaboré conjointement par le Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD) et l’Inspection générale de l’administration (IGA), qui dépendent respectivement du ministère chargé de l’Ecologie et de celui de l’Intérieur. Sur le même sujet : UX & Data : utilisons-nous vraiment les données avec tous les nouveaux processus et outils désormais disponibles ?.

Première remarque : le travail semble être très détaillé sans vouloir alourdir l’électromobilité par rapport aux véhicules à moteur thermique. Les auteurs ont plutôt identifié plusieurs facteurs aggravants communs. Hormis les véhicules qui fournissent de l’énergie, eux seuls auraient nécessité la recherche d’une réglementation plus appropriée que les différents textes, qui peuvent se recouper et parfois même se contredire.

Il s’agit déjà du développement de véhicules plus gros. Les SUV et les mini-fourgonnettes, par exemple, favorisent le transfert du feu d’un véhicule à l’autre, accélérant le rythme d’évolution là où la visibilité pour les services d’urgence diminue rapidement et la chaleur devient insupportable.

Voir l’article :
Une baisse notable de la fréquence des accidents responsables ou partiellement responsables…

Matières plastiques

Autre facteur aggravant ne visant pas les véhicules électriques : la prolifération des matières plastiques qui conduit déjà à des « incendies difficiles à maîtriser » pouvant détruire des dizaines, des centaines voire des milliers d’appareils. Il en résulte un « effet de fournaise » qui accélère la propagation et empêche les interventions.

Elle fragilise également les structures des immeubles au point qu’elles s’effondrent et que les immeubles d’habitation situés au-dessus doivent être évacués voire condamnés.

A partir d’exemples concrets (incendies des parkings de la place Vendôme à Paris en 2012, Salinières à Bordeaux en 2017, Liverpool la même année, Choisy-le-Roi en 2018, aéroport de Stavanger en Norvège en 2020, etc.) la rédaction soulignent que « les dispositifs de sécurité actuels dans les parkings couverts ne suffisent pas à prévenir les incendies de grande ampleur ».

Que faire si votre contrat d'assurance habitation est résilié pour cause de non-paiement ?
Lire aussi :
La situation est compliquée car votre contrat a été annulé pour non-paiement.…

Des moyens de lutte inadaptés aux parkings couverts

Les voitures électriques s’enflamment plus vite ? Le rapport indique plutôt que les risques à ce niveau sont « similaires » entre les véhicules électriques et les modèles à essence ou diesel. En revanche, les éditeurs pointent la faible mobilité. Les vélos et scooters électriques, par exemple, seraient beaucoup plus dangereux et potentiellement mortels, obligeant à les récupérer dans une zone dotée de dispositifs de sécurité spécifiques.

Si les voitures électriques ne provoquent plus d’incendies dans les parkings, elles peuvent être plus violentes et l’extinction permanente des flammes notamment pose problème. Les rédacteurs ont étudié les moyens utilisés ou préconisés à ce jour pour intervenir sur les VE. Si certains sont utilisables en extérieur pour un seul véhicule, ce n’est plus le cas en sous-sol avec une visibilité réduite et en prenant des mesures urgentes pour éviter la propagation.

Il est inconcevable que vous submergez alors des dizaines de voitures, chacune dans un réservoir séparé avec plusieurs dizaines de milliers de litres d’eau. L’idéal serait un système présent au niveau de la batterie. Mais elle semble limitée aux machines lourdes sur lesquelles il est plus simple de prévoir un sac de produit plus ou moins volumineux pour éteindre l’incendie au coeur de l’emballage. Plus pratiques et efficaces sont les couvertures anti-feu qui éteignent le feu et donc baissent la température, mais sans l’éteindre.

La RATP poursuit son développement dans les nouvelles mobilités en pariant sur Zenride
Lire aussi :
L’opérateur de transport public a investi dans Zenride, une startup française du…

Recharge ou pas dans les parkings ?

Le CGEDD et l’IGA n’émettent pas de réserves particulières sur la construction d’infrastructures de recharge en courant alternatif allant des prises renforcées aux bornes 22 kW. A condition, bien entendu, que les normes et restrictions d’installation soient respectées. La rédaction ne s’oppose donc pas aux orientations propagées en ce sens par le gouvernement, notamment via la loi d’orientation des mobilités (LOM) et les textes qui en découlent.

En revanche, ils sont plus prudents avec la charge en courant continu à plus ou moins forte puissance. Notamment en raison de la nécessaire adaptation du réseau électrique pour accepter des intensités plus élevées, du coût des travaux et de celui de la fourniture d’énergie.

Leur inquiétude particulière, « même si aucun incident de ce type n’a été signalé à la mission », est que « les fortes intensités de courant pourraient être sujettes à des échauffements importants pouvant entraîner des dysfonctionnements voire un départ d’incendie ». D’où un engagement prudent à l’horizon 2025, où ils pourront être réexaminés en fonction des retours d’expérience futurs et de l’enregistrement ou non de sinistres majeurs spécifiques.

Sur le même sujet :
Les scooters électriques sont devenus les chouchous des Français, notamment ceux qui…

Recommandations

Le rapport souhaite une évolution et une harmonisation de la réglementation en matière de sécurité incendie dans les parkings couverts. Avant de formuler leurs dix recommandations, les rédacteurs ont examiné ce qui se passe en pratique à l’étranger. Sans être exhaustif, on retrouve déjà dans leurs propositions la création d’une base de données sur les incendies de véhicules électriques et la création d’un point d’analyse sur celle-ci, qui pourrait être réalisée en collaboration avec les assureurs.

Probablement plus difficile : les constructeurs de véhicules électriques légers et lourds sont obligés d’éteindre un incendie dans la batterie en quelques minutes et avec seulement quelques centaines de litres d’eau. Ce système pourrait être pris en compte dans la notation Euro NCAP. Les mêmes constructeurs pourraient conclure un partenariat européen avec les services de secours pour l’adoption de procédures d’intervention adéquates.

En intégrant, entre autres, l’obligation de s’équiper de couvertures anti-feu et de gicleurs, les parkings devraient faire l’objet de nouveaux calculs de résistance prenant en compte la présence de véhicules électriques. Des tests de contrôle de tir en situation réelle seraient effectués en plus d’une formation plus appropriée.

À Lire  Mutuelle des jeunes : quelle assurance santé pour les moins de 25 ans ?