Pourquoi de plus en plus de femmes veulent accoucher en dehors de l’hôpital

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Publié le 28 octobre 2022 à 06h01 Mis à jour le 31 octobre 2022 à 13 h 53

Susana avait peur d’accoucher à l’hôpital. « J’imaginais un moment très intime, dans la sérénité. Pas dans une pièce où vont et viennent sages-femmes et médecins. Je ne voulais pas être gâtée par ma naissance », se souvient le Nantais de 38 ans. Puis l’idée lui est venue d’accoucher chez elle, dans l’obscurité du salon, sans médicaments. « Une amie m’a dit que sa fille l’avait fait, pour son premier enfant, pourquoi pas moi ? » Comme son état de santé et son suivi de grossesse indiquent un accouchement sans complication (pas de diabète ni de jumeaux par exemple), une sage-femme accepte de l’accompagner pendant plusieurs mois. Parallèlement, Susana doit toujours faire les démarches nécessaires pour être admise à l’hôpital, au cas où l’accouchement aurait quand même lieu.

Une échographie révélera enfin que le bébé est en position de siège, la tête haute, donc accoucher en dehors d’un établissement médical est trop dangereux. « Mais je ne regrette pas d’avoir préparé ce projet. J’ai créé un lien fort avec ma femme, nous étions seuls à la maison presque jusqu’au bout, à compter les secondes entre chaque contraction. Je pense qu’il y avait des douleurs, je n’ai pas eu de péridurale, J’étais en transe, c’était un moment intense, très beau », a-t-il déclaré. Et de rire : « Jusqu’au CHU avec une césarienne, rien à voir avec ce que j’avais préparé ! » Mais je ne l’ai pas mal pris, mon corps était au bout de ce qu’il pouvait faire ! »

Avec son chat et sa fille

« A l’hôpital, c’est le gynécologue et la sage-femme qui y ont accouché ; on attend les ordres, on est libéré de notre corps », rejoint Emilie, qui a vécu trois mauvaises expériences. Elle évoque une péridurale mal dosée, une suture à cru. La trentenaire a retrouvé un suivi personnalisé auprès d’une sage-femme libérale. comme alternative. Un accouchement physiologique, donc sans médicament, prévu en maternité, sur un plateau technique. Sur le même sujet : Phobies : la « peur de la peur » peut bénéficier d’un traitement.  » Elle écoute, elle n’est pas venue avec un protocole uniforme mais a pris en compte mon vécu, l’histoire de ma famille… Elle m’a donné confiance en ma capacité à accoucher. Le futur père s’est fait avorter avec une autre compagne et il a pu lui parler », explique-t-elle.

Sauf le jour J, tout passe très vite. Pas le temps d’aller à l’hôpital. Et lorsque la sage-femme arrive à la porte, accueillie par le père, l’enfant pousse son premier cri. Dans sa chambre, Emilie a essayé différentes positions et s’est accroupie « intuitivement », dit-elle. « C’était bien, calme, pas de bruit, pas de perfusion », résume cette infirmière, entourée uniquement de son chat et de sa fille de dix ans. « Les gens se demandaient si j’étais trop jeune pour assister à un accouchement », commente-t-elle. J’étais très calme, j’ai expliqué quelles étaient les contractions. Il m’a donné des verres d’eau, est allé chercher un matelas. Assister à l’accouchement lui a permis de se rapprocher du nouveau-né. C’est un événement familial et soudeur », a-t-il déclaré.

La sage-femme l’aidera aux premiers soins, « de manière très discrète et en demandant mon accord », et reviendra une petite semaine pour prendre le poids du nouveau-né. « J’ai été attentive à mon corps, c’est moi qui ai accouché. Et c’est beaucoup mieux. »

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Demande croissante

Selon un sondage Ifop publié en 2021, 17% des femmes de 18 à 45 ans interrogées souhaitent fortement accoucher à domicile, si possible, et 19% répondent « plutôt oui ». En 2020, 1 503 femmes ont été suivies pour un accouchement programmé à domicile, et 1 089 ont effectivement accouché à domicile, selon l’Association professionnelle de l’accouchement assisté à domicile (Apaad). L’an dernier, les chiffres étaient respectivement de 1 298 et 934. Des chiffres très faibles par rapport au nombre total de naissances en France (742 100 en 2021), ce qui s’explique en grande partie par le fait que moins de 80 sages-femmes proposent ce service en France. Facteur dissuasif évident : aucun assureur français ne lui offre de responsabilité civile professionnelle, donc une protection juridique en cas de litige…

© Clément Soulmagnon pour « Les Echos Week-End »

La pratique n’est clairement pas encouragée par le Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF). « La sage-femme doit avoir une grande expérience clinique pour identifier les situations à risque. Nous préférons que les accouchements physiologiques aient lieu à la maternité, souligne Cyril Huissoud, chef du service de gynécologie-obstétrique de l’hôpital Femme-Mère-Enfant de Lyon et secrétaire général de l’obstétrique au CNGOF. On sait que certains traitements sont très médicalisés. Mais d’autres ne suffisent pas. Il faut trouver un équilibre.

En 2020, parmi les enfants qui ont dû naître à domicile, mais ont dû être transférés à l’hôpital en raison de complications, neuf ont bénéficié d’une réanimation néonatale, et deux sont décédés. En Angleterre, une étude portant sur 64.000 mères à faible risque a montré qu’une femme donnant naissance à son premier enfant à domicile la faisait courir un risque plus important (9,3 complications sur 1.000, contre 5,3 dans un service d’obstétrique). En revanche, pour une mère qui a déjà eu un enfant, accoucher à domicile semblait aussi sûr qu’à l’hôpital.

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Un long processus

C’est à partir du XVIe siècle que les chirurgiens ont commencé à rédiger des traités d’obstétrique et à vouloir faire des jumelages ordinaires, dans le but de renforcer leur pratique et aussi de gagner plus, se souvient Marie-France Morel, qui a dirigé le livre « Accompagner l’accueil d’hier ». . à aujourd’hui » (Edizioni Erès, septembre 2022). les femmes accouchent, par exemple, en position assise, sur des sièges creux. Des manuscrits médiévaux montrent également des femmes qui accouchent debout, attachées au linge suspendu au plafond.

Cependant, accoucher à domicile reste longtemps la norme. « Dans les registres des sages-femmes datant des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles, ‘seulement’ 5 à 10 % des accouchements entraînent des problèmes pouvant entraîner la mort des mères ou des fœtus, note le président de la Société d’histoire des naissances. Aujourd’hui , près de 10 femmes meurent pour 100 000 naissances en France et un peu plus de 10 enfants sur 1 000. »

L’hôpital était aussi méprisé à l’époque : « Jusqu’au début du XXe siècle, seules des mères pauvres et célibataires accouchent ici, servant souvent à former les futures sages-femmes et les jeunes chirurgiens. » Leur mortalité y est bien supérieure à celle des femmes qui accouchent à domicile, bien qu’à la fin du XIXe siècle, les progrès de l’hygiène aient réduit cette mortalité hospitalière. En 1900, 92 % des naissances en France ont encore lieu à domicile, dont 69 % avec une sage-femme.

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Le virage des années 1950

C’est depuis 1952 que le nombre d’accouchements à l’hôpital dépasse celui des accouchements à domicile. L’assurance sociale commence à couvrir les frais d’accouchement. Et les médecins dissuadent les femmes enceintes de rester à la maison. « L’hôpital est plus confortable pour eux, ils n’ont pas à monter et descendre la nuit ! » »

Autre évolution majeure : le recours aux péridurales, d’autant plus qu’elles sont remboursées par la Sécurité sociale. Aujourd’hui, 80% des mères l’utilisent. Elle a permis d’abolir les douleurs de l’accouchement (accouchement naturel) pour les femmes et les cris des salles de travail, ce que les soignants ne regrettent pas. « Cela a certes représenté un progrès pour la plupart des femmes, alors qu’il conduit imperceptiblement à une plus grande médicalisation : attachée au suivi, infusée de Syntocinon, souvent laissée seule, la femme en travail n’est plus libre d’aller et venir ». hémorragies du post-partum avec péridurale que sans ! », estime Marie-France Morel.

Entre 2000 et 2007, le taux de césariennes en France n’a cessé de croître, pour se stabiliser aujourd’hui autour de 20 %, indique la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (robe). L’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande pour sa part entre 10% et 15% de recours à une césarienne. « En France, on a complètement perdu la compréhension de l’accouchement naturel, et on pense que l’accouchement a priori est dangereux, poursuit l’historienne de l’accouchement. C’est une question de mentalité. Aux Pays-Bas, où l’accouchement à domicile est pratiqué dans environ une dans dix cas, la maxime de base est : à domicile, si possible, à l’hôpital si nécessaire. »

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Envie de personnalisation

Comment expliquer ce désir grandissant des Françaises d’accoucher à domicile ? « Ce que nous dit le Collectif Interassociation autour de la naissance (Ciane) sur le désir actuel des parents d’une naissance respectée, n’est pas soumis à l’écoféminisme ou au retour à la nature. Il s’agit plutôt de donner aux couples autonomie et pouvoir sur le processus d’accouchement. , dit Marie-France Morel.

© Clément Soulmagnon pour « Les Echos Week-End »

Floriane Stauffer est sage-femme depuis 2008, et propose des accouchements à domicile autour de Nancy depuis 2015. Je crois : la personnalisation. « A l’hôpital, on est obligé d’appliquer la même procédure à tout le monde par manque de temps, car il y a beaucoup de patients et peu de professionnels », rappelle-t-il. Chez elle, elle dit avoir peu recours aux gestes techniques. « La mère prend son propre enfant. En observant les mères, j’ai appris ce que c’était que d’accoucher. Les femmes ont toutes les ressources en elles pour le faire », dit-il, ajoutant qu’il a aussi appris à regarder à l’étranger.

« En Angleterre, les sages-femmes des hôpitaux publics accouchent à domicile. En Belgique, les procédures de transfert du domicile à l’hôpital sont bien établies », envie la sage-femme. Il accepte des patientes jusqu’à 45 minutes de route de son domicile pour intervenir rapidement, affirmant qu’il « connaît bien les maternités où la femme peut être transférée ». Et il ajoute que « certains sont prêts à louer un logement pour être plus près de chez moi ». Le coût? La garde de la sage-femme sept jours sur sept et 24 heures sur 24 n’est pas remboursée. « Il faut compter en moyenne 700 euros de dépassement d’honoraires, mais à Paris ça peut aller jusqu’à 2000 euros. »

Maison de naissance

Alternatives à l’accouchement à domicile, les maisons de naissance proposent un suivi avec une ou deux sages-femmes et un accouchement sans médicament. C’est un gage de sécurité puisqu’il doit être proche d’une maternité, en cas de besoin de transfert d’urgence. Les premières maisons de naissance sont apparues aux États-Unis dans les années 1970, et au Québec 76 % des naissances se font dans ce type de structure. L’Allemagne en compte désormais près de 150. Il a fallu attendre 2016 pour créer huit maisons de naissance en France, qui ont été autorisées cette année par la Haute Autorité de santé (HAS) à poursuivre leur activité pendant sept ans. La HAS a également lancé un deuxième appel à candidatures, et le ministère de la Santé compte actuellement quatre projets dans quatre régions d’ici fin 2022 et « de cinq à huit projets qui pourraient voir le jour en 2023 », nous informe-t-il. Selon un sondage Ipsos publié en 2020, plus de 90% des femmes privilégient les maisons de naissance.

Depuis sa création, la maison de naissance de Doumaïa, à Castres (Tarn), a vu naître 263 enfants. Pas assez par rapport à la demande : sur les 174 couples qui y ont effectué une première visite l’an dernier, 32 ont été refusés faute de place. « Nous avons la capacité de répondre à la demande des parents du département, mais beaucoup viennent d’autres territoires qui n’ont pas de maison de naissance », note Henny Jonkers, l’une des sages-femmes fondatrices. La maison dispose de deux chambres, avec un grand lit, une baignoire, une fenêtre qui s’ouvre, des couleurs chaudes, une décoration neutre, et de l’espace, ajoute la professionnelle, « car la maman a besoin de bouger plutôt que de s’allonger ». ne se sentent pas bien ». La femme en travail doit venir accompagnée d’une personne de confiance, comme son compagnon ou sa sœur. « Certains se massent, d’autres préparent à manger dans la cuisine… »

Il en coûtera aux parents 550 euros, un prix qui varie selon le montant du loyer de la maison de naissance – à La Maison par exemple, située à Grenoble, chaque parent verse une cotisation de 30 euros à l’association, quel que soit le suivi médical -up, sans condition de ressources et prise en charge à 100% par la Sécurité Sociale Maternité. Un type d’accouchement encouragé par le CNGOF, qui souhaite aussi ouvrir davantage les plateaux techniques aux sages-femmes libérales, pour pouvoir pratiquer des accouchements non techniques dans l’enceinte de la maternité. Et vous faire sentir comme chez vous.

Pour aller plus loin

Lire : « Naissance – Découvrez vos super pouvoirs ! » » de Lucile Gomez (Edizioni Mama, 2020, 280 p., 27 euros). Une bande dessinée qui promeut avec humour l’accouchement sans médicament.

Écoutez : l’épisode 50 du podcast La Matrescence de Clémentine Sarlat, « Pourquoi j’ai choisi un accouchement à domicile pour mon deuxième enfant. »

Voir : « Pièces pour femmes ». Ce film, diffusé sur Netflix, donne naissance à l’héroïne dans sa maison de Boston, entourée de son mari et d’une sage-femme. Le plan de suite, qui s’ouvre à la septième minute du premier épisode, dure vingt minutes. Attends, ce n’est pas bien…

Trois labels de maternité bien-être

Les indicateurs permettent d’identifier les maternités qui travaillent au bien-être de leurs patientes. L’Ihab (Baby-Friendly Hospital Initiative), programme de l’OMS et de l’UNICEF lancé en 1991, s’intéresse particulièrement au contact « peau à peau » entre la mère et le nouveau-né, avant même les soins ou actes médicaux.

Le label Maternys va plus loin, que les soignants suivent bien la formation sur le traitement et engage la maternité à publier leurs tarifs d’épisiotomie, de césarienne, d’accouchement instrumental ou d’induction.

Les maternités avec « chambres nature » assurent un accouchement physiologique à l’hôpital, avec une baignoire, un fauteuil d’étirement et un grand canapé, par exemple.

Accoucher dans l’eau ?

Pour celles qui ne veulent pas de péridurale et qui ont un accouchement à faible risque, effectuer la première partie du travail dans l’eau aide à dilater le col de l’utérus. « Mais il vaut mieux sortir l’enfant de l’eau, pour des raisons d’hygiène », explique le professeur Cyril Huissoud, de l’Hôpital Femme-Mère-Enfant de Lyon, précisant que les accidents sont très rares.

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