Quand Apple devient une néo-banque

Photo of author

Rédactrice passionnée, Sara vous présente les nouveaux faits d'actualité 

[AVIS D’EXPERT] Avec son système de paiement mobile, le rachat d’une société spécialisée dans l’évaluation des emprunts et le lancement d’une offre de paiement fractionné, Apple concurrence de plus en plus les néo-banques. Décryptage avec notre expert Guillaume Almeras, fondateur du site de veille et de conseil Score Advisor.

Pendant des années, quand Facebook tentait de lancer sa monnaie, Google proposait son système de paiement mobile ou Apple lançait une carte de crédit, on annonçait que la Big Tech allait se transformer irrémédiablement en banque et ruiner les institutions financières. Mais cette fois, alors qu’Apple déploie son propre système de paiements fractionnés (annoncé il y a des mois), les commentateurs s’accordent à dire que non, cela ne fera pas d’Apple une banque.

Ceci est probablement dû principalement au fait que les développements bancaires actuels sont mal compris. Bien sûr, Apple ne va pas être une banque au sens classique du terme – et nous soulignions dans notre précédente chronique que JP Morgan Chase, la première banque du monde, confrontée à la menace de nouveaux entrants sur son marché, a choisi à juste titre de s’en tenir au modèle le plus classique de la banque de détail.

Cependant, il ne peut pas se tromper qu’Apple, qui propose déjà des moyens de paiement, distribue correctement le crédit, sans dépendre d’une banque existante et sans mettre en place un système innovant d’aide au crédit. Apple est donc en tête-à-tête avec un certain nombre de néo-banques, avec des ressources auxquelles elles sont loin d’avoir accès.

Gestion des risques liés aux crédits

Gestion des risques liés aux crédits

À ce stade, cependant, l’annonce pourrait passer presque inaperçue : avec iOS 16, la nouvelle version du système d’exploitation de l’iPhone, les utilisateurs (pour l’instant uniquement aux États-Unis) ont une option de paiement fractionné dans Apple Pay. Voir l’article : Durer. Le Maxi Banque Populaire XI d’Armel le Cléac’h a traversé l’Atlantique en moins de 8 jours. Avec cette option, Apple Pay Later, ils peuvent étaler le paiement de leurs achats en quatre fois sur six semaines, sans payer de frais ni d’intérêts.

Plus n’a pas été précisé. N’y a-t-il réellement aucun frais ? Que paient les entreprises qui bénéficient de la facilité de paiement ? Quelles sont les pénalités appliquées en cas de non-paiement des acomptes ? Le système sera-t-il étendu ailleurs qu’aux États-Unis ?

Mais l’essentiel n’est pas là. Pas même vraiment dans le fait qu’Apple gérera ces crédits sans s’appuyer sur une institution financière comme Goldman Sachs, qui a été choisie pour lancer la carte de crédit liée à Apple Pay. Tout sera géré par la filiale Apple Financing LLC, y compris – et c’est le plus déterminant – les risques liés au crédit.

Nous l’avons signalé dans une colonne précédente : Apple est entré dans les notations des emprunteurs. Profiter de l’option de paiement fractionné d’Apple Pay ne peut donc se faire qu’en fonction d’un plafond prédéterminé pour chaque utilisateur (incluant, semble-t-il, un plafond de 1 000 $ par transaction). Apple copie ainsi les grands acteurs chinois de l’internet. Elle commencera par mobiliser l’énorme quantité de données dont elle dispose sur ses utilisateurs pour évaluer leurs capacités de remboursement, sans même avoir à demander de crédit.

Finance Conseil entre en négociations exclusives avec Harmonie Mutuelle
Lire aussi :
Nouveau travail collaboratif dans le domaine du courtage. Money Coril, courtier spécialisé…

Utiliser la pléthorique trésorerie du groupe

Utiliser la pléthorique trésorerie du groupe

C’est une révolution ! Non seulement parce qu’Apple prétend pouvoir se passer de l’expertise des banques en matière d’emprunteurs, mais aussi parce qu’elle offre un tout nouveau support de crédit basé sur les scores précédents, rendant le crédit disponible immédiatement. Tout comme Alipay et WeChat commencent à s’en rendre compte en Chine, Apple est capable de rendre les demandes de crédit quasiment inutiles en mobilisant des ressources d’évaluation des risques dont ni les banques ni les nouveaux acteurs du paiement fractionné ne disposent. Alors que ces derniers voient leur rentabilité mise en péril par la hausse des taux d’intérêt affectant le coût de leur refinancement, Apple ne s’en souciera guère puisque le nouveau système de crédit qu’il propose lui permettra d’utiliser ses généreuses caisses (estimées à environ 200 milliards de dollars).

Bien sûr, rien de tout cela ne préjuge du succès futur d’Apple Pay Later, car les réglementations sur les paiements fractionnés pourraient être sévèrement resserrées et Apple Pay lui-même a encore du mal à répondre aux attentes. Cependant, Apple Pay Later marque l’émergence de nouvelles manières d’opérer sur le marché bancaire qui ne repose désormais plus uniquement sur de nouveaux acteurs sans réelle équité ni rentabilité.

Nouveau dans la finance décentralisée ? Voici quelques conseils pour vous aider à démarrer
Ceci pourrez vous intéresser :
Finance décentralisée : comment générer de bons rendements de manière sûre, sécurisée…

Laisser un commentaire