Qu’est-ce que le Nutri-Score ? Voici tout ce que vous devez savoir sur le logo nutrition française

Written By Sara Rosso

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Elle s’est imposée dans nos réfrigérateurs et nos cuisines. Le Nutri-Score est un logo qui permet aux consommateurs de comparer la qualité nutritionnelle de produits d’un même type ou de produits devant être consommés en même temps au cours d’un repas. Par exemple, équilibrer différentes céréales pour le petit-déjeuner, ou différentes alternatives pour le goûter d’un enfant : viennoiseries ou biscuits ou compotes…

Présent uniquement dans les produits emballés, le Nutri-Score est basé sur un code couleur aligné par lettre (de A/vert « préféré » à E/rouge « limité »). La lettre et la couleur sont attribuées à un produit au moyen d’un algorithme prenant en compte quatre éléments nocifs pour la santé (évalués pour des quantités de 100 g ou 100 ml) : apport calorique, teneur en sucres simples, graisses saturées et sel. Plus le produit est riche en ces éléments, plus l’algorithme lui attribue de mauvais points, jusqu’à un total maximum de 40.

Cette note est pondérée par la présence dans le produit d’ingrédients ou de nutriments favorables à la santé (fruits et légumes, protéines, fibres), qui améliorent la note de 15 points maximum. « Ce mode de calcul évite qu’un produit trop riche en éléments nocifs pour la santé ait un bon score même si certains de ses éléments sont favorables à une alimentation saine », précise Sciences et Avenir Chantal Julia, chercheuse et membre de l’équipe de recherche de Epidémiologie Nutritionnelle (Eren), à l’origine du logo.

En France, les autorités sanitaires recommandent de limiter (en fréquence ou en quantité) la consommation de produits affichant un Nutri-Score D ou E.

Pourquoi la France a-t-elle mis en place ce Nutri-Score ?

Dans les conclusions de leurs travaux ou lors de leurs consultations, scientifiques et médecins constatent que la santé en France se dégrade. Près d’un Français sur deux (47%) est en surpoids ou obèse. A voir aussi : Perdre du poids et maintenir un poids santé avec la méthode fonctionnelle : comment ça marche. Par ailleurs, en 2020, plus de 3,5 millions de personnes étaient traitées pour un diabète, soit 5,3 % de la population française. Et ce n’est pas tout : un adulte sur trois est hypertendu, et chaque année 140 000 Français meurent de maladies cardiovasculaires.

L’une des principales causes de cette situation ? La malbouffe, et plus particulièrement l’excès de sel, de sucre et de graisses saturées dans l’alimentation. Une étude dans The Lancet de 195 pays a révélé qu’une consommation excessive de sel cause 3 millions de décès supplémentaires par an, une consommation insuffisante de grains entiers est responsable de 3 millions de décès supplémentaires, et un manque de fruits est la cause de 2 millions de décès annuels. On comprend donc pourquoi, dans le Nutri-Score, toutes ces données ont été privilégiées.

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La France est-elle le seul pays à mettre en place un logo nutritionnel de type Nutri-Score ?

Non, six autres pays européens (Belgique, Allemagne, Luxembourg, Pays-Bas, Espagne et Suisse) ont adopté le Nutri-Score. « Il n’y a pas que les pays européens qui légifèrent sur cette question, ajoute Chantal Julia. En Amérique latine, le Chili et le Mexique ont mis en place des logos d’avertissement (excès de sel, de sucre, de graisses saturées) et le Brésil travaille activement sur cette question. De même, en Israël, en Australie, à Singapour ou au Canada, il y a aussi des lois, approuvées ou en cours d’adoption. »

De plus, le Nutri-Score a été conçu sur la base d’un algorithme britannique produit par une équipe de recherche de l’Université d’Oxford en 2005. A cette époque, au Royaume-Uni, l’idée était de réserver strictement la publicité alimentaire aux produits sains pour les enfants. Avec 1,8 million d’enfants britanniques en surpoids, la situation était alarmante. Ce travail de pionnier a jeté les bases du logo nutritionnel français.

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A-t-on des preuves de l’efficacité de la notation Nutri-Score ?

« Oui, et les résultats sont robustes car ils reposent sur cinq grandes cohortes prospectives », précise Julia Chantal. Il y a évidemment les cohortes créées par notre laboratoire Suvimax ou NutriNet-santé, mais aussi des groupes étrangers comme les cohortes espagnoles SUN et Enrica. , l’épopée européenne ou l’italien Moli-sani.

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Le chercheur précise : « La cohorte prospective permet aux scientifiques de suivre un grand nombre de personnes pendant plusieurs années et offre donc la possibilité de lier l’évolution de la santé d’adultes sélectionnés à leurs pratiques alimentaires. » Les résultats des six études principales convergent : la consommation régulière de produits moins bien classés par l’algorithme Nutri-Score affecte la santé des participants recrutés dans ces études.

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Le Nutri-Score changera-t-il vraiment les habitudes alimentaires des Français ?

Le Nutri-Score ne peut à lui seul faire disparaître les mauvaises habitudes alimentaires. C’est un ensemble de politiques publiques volontaristes qui pourront faire évoluer les pratiques en la matière en France. Comme d’autres mesures, le Nutri-Score est un élément de cette politique : l’interdiction des distributeurs automatiques dans les écoles (2005), la taxe sur les boissons sucrées et artificiellement édulcorées (2012) ou encore la nécessité d’apposer des messages marketing sur les publicités alimentaires. enfants (2007) s’inscrivent dans cette démarche. Toutes ces initiatives ont été décidées dans le cadre du Programme National Nutrition Santé (PNNS) créé en 2001.

Malgré cela, si depuis 20 ans la prévalence de l’obésité s’est stabilisée (à un niveau élevé), tous les autres indicateurs de santé publique n’évoluent pas favorablement. Un facteur limite la portée de ces actions : « l’accroissement des inégalités sociales dans le domaine de l’alimentation ».

Sur une note positive cependant : le Nutri-Score a pris de l’ampleur. Des applications pour aider les consommateurs à affiner leurs choix, telles que « Yuka », « QuelProduit » ou « Open Food Facts », ont été téléchargées des millions de fois. Par ailleurs, l’essai entre la Fédération Française des Charcuteries Industrielles de la Restauration (Fict) et l’application Yuka montre clairement que la notation de la qualité nutritionnelle d’un produit a un impact sur les choix alimentaires de la population.

Alors pourquoi le Nutri-Score ne se trouve-t-il pas sur tous les produits vendus dans le commerce ?

Les fabricants de produits alimentaires ne sont pas tenus d’inclure le Nutri-Score sur leurs produits. La rendre obligatoire nécessite de passer par la législation européenne. Aujourd’hui, certains industriels de l’agroalimentaire jouent le jeu et leurs marques représentent 50% du volume total des ventes. Mais l’étude réalisée en 2021 par Oqali montre que les produits classés A dans le Nutri-Score sont les plus labellisés par les industriels (31%), avec beaucoup moins de produits classés E (9,6%).

Il reste cependant une marge de manœuvre au législateur français : la rendre obligatoire dans les annonces. « En effet, des amendements en ce sens ont été proposés à l’Assemblée nationale : le dernier est celui soutenu par Olivier Véran, mais il n’a pas été repris par les sénateurs », rapporte Chantal Julia.

L’Europe des 27 va-t-elle rendre obligatoire le Nutri-Score ?

En 2021, la France et six autres pays (Belgique, Allemagne, Luxembourg, Pays-Bas, Espagne et Suisse) se sont officiellement engagés dans une coordination européenne pour faciliter l’utilisation du Nutri-Score à l’échelle continentale. Depuis, des experts du Centre commun de recherche de la Commission européenne ont comparé l’efficacité de différents logos nutritionnels existants, et des logos gradués, synthétiques et colorés (comme le Nutri-Score) répondent à tous les critères retenus par ces experts.

Cependant, des pays comme l’Italie (qui fabrique du Nutella et qui est un important producteur de saucisses et de fromages) sont fortement opposés à l’adoption d’un tel logo à l’échelle européenne. Des négociations sont en cours car, dans le cadre de la future stratégie européenne « De la ferme à la fourchette », la Commission européenne s’est engagée à adopter d’ici 2023 un logo nutritionnel obligatoire et harmonisé pour tous les pays de l’UE.

Cependant, il est à craindre que le logo choisi soit moins efficace que le Nutri-Score français, comme c’est le cas pour les produits bio (la feuille verte européenne est moins contraignante que le label AB français).

Pourquoi certains produits non transformés, de bonne qualité, comme les aliments AOP/AOC ou les produits biologiques obtiennent-ils de mauvais Nutri-Score ?

Les labels AOP, AOC ou IPG certifient l’origine d’un produit et son mode de fabrication, tout comme les labels bio garantissent principalement le mode de culture d’un aliment (sans pesticides, etc.). Cependant, le Nutri-Score est basé sur la composition nutritionnelle d’un produit particulier, et uniquement sur les éléments dont les études ont montré qu’ils avaient le plus grand impact sur la santé (gras, sel, sucre, calories).

C’est ainsi que les céréales du petit-déjeuner, produit transformé, pourront obtenir un Nutri-Score A pour leur faible teneur en sel, leur richesse en fibres et leur faible teneur en sucre, alors qu’un jambon de pays AOC/AOP ou IGP aura le label E. .parce qu’il est riche en sel et en graisses saturées. « En effet, de nombreux fromages et charcuteries sont mal classés », confirme Chantal Julia. Mais il n’y a pas que le Nutri-Score pour le rappeler, les campagnes de prévention insistent aussi sur la nécessité de limiter la fréquence ou la quantité de consommation de ce type d’aliments. Toutefois, précise l’expert : « Une enquête réalisée par Que Choisir a montré que, sur une sélection de 588 références de produits AOP/AOC ou IGP, 62 % avaient un Nutri-Score compris entre A et C : il existe donc de nombreuses AOP/ AOC ou IGP bien classées ».

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Quelles sont les limites du Nutri-Score ?

Le Nutri-Score évalue la qualité nutritionnelle des aliments et non la présence d’additifs (colorants, édulcorants, agents de texture, conservateurs et antioxydants) ou d’intrants utilisés en agriculture (pesticides, etc.), ni le degré de transformation de ces aliments. De même, il n’est présent que dans les produits emballés.

Quant aux additifs, l’Union européenne en autorise plus de 300. Ils sont souvent reconnus par la lettre E suivie de trois chiffres qui doivent être indiqués dans la liste des ingrédients. Dans le cas où vous ne les voyez pas apparaître à côté du Nutri-Score, il est déconseillé d’acheter des produits dont la composition en indique plus de trois ou quatre. Pour les intrants, il existe une réglementation européenne, « la feuille verte ». Il existe également la certification française « AB » pour l’agriculture biologique.

Le fait que le Nutri-Score n’apparaisse que sur les produits emballés (et non sur les produits en vrac par exemple) nécessiterait une évolution de la législation. Or, la dernière étude sur les habitudes alimentaires des Français montre que la transformation à domicile à partir de produits bruts tend à diminuer significativement au profit de produits agroalimentaires industriels bien conditionnés.

Mais la limite la plus néfaste pour le Nutri-Score est de ne pas tenir compte du type de transformation du produit. En effet, les produits transformés sont de plus en plus suspectés d’être nocifs pour la santé. Ainsi, il existe des produits ultra-transformés notés A par l’algorithme Nutri-Score. « Nous aimerions prendre en compte cette dimension dans le logo Nutri-Score, en l’entourant par exemple d’un liseré noir pour indiquer les produits ultra-transformés », précise Chantal Julia. Pour cela il faudrait une grille de calcul scientifique ; mais aujourd’hui, Nova, la classification la plus utilisée, n’est pas assez précise pour étiqueter avec des critères objectifs dans le cadre de la législation.

Pourquoi certains produits voient-ils leur Nutri-Score changer ?

Première raison : certains fabricants améliorent la recette de leur produit dans le but de faire passer leurs produits dans la catégorie supérieure.

Deuxième raison : le Nutri-Score évolue en fonction des connaissances scientifiques. Une nouvelle adaptation de l’algorithme est prévue pour 2023, plus conforme aux recommandations de santé publique, plus sévère en termes de sel et de sucre et plus exigeante en termes de présence de fibres et de protéines. Par exemple, tous les produits fabriqués avec de la farine de blé entier seront plus performants que ceux fabriqués avec de la farine raffinée. De la même manière, les produits qui contiennent de bons acides gras verront leur cote s’améliorer.

Le Nutri-Score est-il le meilleur logo ? Existe-t-il des logos concurrents ?

Il existe de nombreux autres logos dans le monde, dont certains sont créés par l’industrie alimentaire elle-même.

En France, avant que le Nutri-Score ne soit homologué par les autorités sanitaires, une étude a démontré sa pertinence par rapport aux autres logos. L’intérêt principal de l’algorithme Nutri-Score est qu’il s’appuie sur une politique nationale de santé publique et a donc les moyens d’être évalué et amélioré de manière indépendante en fonction de l’évolution des connaissances scientifiques. Autre avantage : l’algorithme est public et des acteurs comme des associations de consommateurs ou des ONG peuvent l’utiliser et développer d’autres outils d’information pour les consommateurs.

Les industriels peuvent-ils tricher sur le score réel de leur produit au Nutri-Score ?

La triche est toujours possible. Mais le fraudeur, en montrant de fausses informations, s’expose à des sanctions de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF). « Les associations de consommateurs sont très attentives à cette question, tout comme les consommateurs eux-mêmes, qui dénoncent des calculs douteux », rappelle Chantal Julia.

Que faire si on ne trouve pas de Nutri-Score sur un produit ?

Faisons un constat : tous les fabricants tels que Coca-Cola, Mars, Mondelēz, PepsiCo, Unilever et Lactalis, dont une part importante de leurs produits sont classés E dans le Nutri-Score, refusent l’étiquetage. Chantal Julia y voit une forme de preuve : « Si le consommateur ne trouve pas cette information sur un produit, on n’a probablement pas envie de la lui donner. »

Ensuite, il est toujours possible de télécharger des applications comme « Yuka », « Open Food Facts » ou « QuelProduit » pour trouver des informations qualitatives avant d’acheter un nouveau produit alimentaire. Et, dans la mesure des moyens et du temps dont on dispose pour préparer un repas, il est recommandé d’augmenter la proportion de repas préparés à la maison avec des produits « crus ». De cette façon, vous contrôlez vous-même la composition et la transformation des aliments.