Raphaël Domjan veut espérer de la place dans un avion électrique

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Avec « SolarStratos », il veut écrire un nouveau chapitre de l’histoire de l’aviation. Ici à l’aéroport de Payerne, en Suisse.

© FRANÇOIS DEMANGE

14/11/2022 à 19h42, Mis à jour le 15/11/2022 à 14h35

Sur tous les continents, sur terre, en mer et dans les airs, des hommes et des femmes se battent pour l’environnement. Cette semaine, Match a rencontré un pilote qui veut rejoindre l’espace avec un avion électrique

Il débarque à Paris Match un jour de 2007, une petite maquette de bateau à la main. Il cherchait une oreille curieuse pour lui faire part de son projet : faire un tour du monde en bateau solaire. Venu de sa Suisse natale sans contact avec la presse, il avait d’abord choisi notre magazine « parce que Paris Match, nous disait-il, c’est le magazine de l’aventure ». Raphaël Domjan ne nous a rien demandé, si ce n’est notre enthousiasme, pour sa prochaine odyssée. Car en ce moment, à part le modèle qu’il tenait entre les mains, il n’y avait pas encore grand-chose…

Trois ans plus tard, nous partons avec lui à bord de « PlanetSolar », émerveillés par ce bateau de 85 tonnes d’un nouveau type : complètement plat et entièrement recouvert de panneaux solaires. Il lui faudra 585 jours pour faire le tour du monde (60 023 kilomètres, la plus grande distance jamais parcourue pour un véhicule solaire) mais, au final, Raphaël Domjan se fait un nom. Et une place dans la galerie des aventuriers de notre temps.

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Le véritable terrain de jeu de celui qui est aussi spéléologue, plongeur et alpiniste, c’est le ciel. Tout ce qui vole (avions, planeurs, hélicoptères) n’a aucun secret pour lui. Comme son compatriote Bertrand Piccard occupe déjà cet espace, Raphaël tente une autre aventure. En 2015, il s’élance pour la première fois : le Passage du Nord-Ouest en kayak propulsé, encore une fois, à l’énergie solaire. Et il annonce un projet encore plus fou que le plan de Piccard : être le premier à monter dans un avion électrique, dans la stratosphère. A 25 000 mètres d’altitude (les avions volent à 11 000 mètres), là où l’air n’est plus suffisant pour entraîner un moteur thermique. « Maudit pari gonflé ! souffle son ami Jacques Rougerie, architecte audacieux mais jamais à court de rêves.

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Vue d’artiste de la mission. Grâce à ses longues ailes bordées de cellules photovoltaïques et à son poids plume (490 kilomètres pour une envergure de 25 mètres), l’avion devrait être proche des étoiles pendant un quart d’heure.

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STRATORS SOLAIRES

Au-delà du sport, Raphaël souhaite poursuivre ses recherches en tant que pionnier dans les énergies renouvelables, et notamment l’énergie solaire. « C’est le plus grand disponible et, aujourd’hui, le moins cher. Nous voulons prouver qu’il peut réaliser des exploits qui dépassent le potentiel des combustibles fossiles. Jamais un avion à hélice n’est monté aussi haut. »

Le budget de « Solar Impulse » a atteint 150 millions. Nous espérons réussir avec seulement 10 millions

Pour survivre à 25 kilomètres d’altitude, un avion doit avoir une cabine pressurisée. Trop lourd pour « SolarStratos », l’avion de Raphaël, qui se doit d’être le plus léger possible. Il aura donc une combinaison identique à celle d’un cosmonaute que Raphaël devra piloter. Avec un inconvénient majeur : l’extrême difficulté, couvert d’une combinaison rigide, à déplacer un avion, et tous les risques liés à cela. « Pour faire rêver et vouloir accélérer davantage vers le solaire, il faut intéresser les gens à l’aventure et cela demande une part de risque. Réaliser une sorte de rêve d’Icare en dit long, je pense ! « En effet.

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Jeu parisien. Comment vous est venue l’idée de ce projet, aller dans la stratosphère avec un avion électrique ?

Raphaël Domjan. Lors de mon tour du monde en bateau solaire en 2012, j’étais de 9h à minuit. Cela laisse le temps de réfléchir. Après cette première représentation, il fallait trouver une idée ambitieuse qui puisse impressionner le public. Depuis les Galapagos, je contemplais la Voie Lactée et j’ai eu mon « moment eurêka » : me rapprocher des étoiles avec un avion propulsé par le Soleil. J’ai toujours rêvé d’être astronaute ! J’ai aussi appris des réalisations passées, afin de mieux comprendre l’impact des médias. Pour « PlanetSolar », l’intérêt s’est dilué au fil du temps. Nous n’avions pas ces escales comme « Solar Impulse », l’avion de Bertrand Piccard, pour entretenir la résonance du projet. Arriver à New York était un événement en soi. Traversées de l’Atlantique et du Pacifique aussi. L’idée d’atteindre la stratosphère dans un avion électrique vous permet de concentrer votre attention sur une journée. Avec, en plus, la part de risque qui passionne le public : le pilote s’en sortira-t-il ? Mais l’exploit a un but, il n’est pas gratuit. Il s’agit de montrer que l’énergie solaire n’est pas une éco-lubie, mais un moyen efficace de transformer notre dépendance aux énergies fossiles. Je ne veux pas avoir un discours qui inquiète sur l’écologie. Mon rêve est d’atteindre les jeunes. Car s’ils n’y croient pas, la transition énergétique n’aura jamais lieu. A travers cette réalisation, je veux prouver que notre époque porte peut-être chance. Pour être encore plus performant technologiquement, et ne pas retourner à la charrette à bœufs.

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La combinaison de pilote (12 kilos) le protégera des basses pressions de la stratosphère, des températures extrêmes (- 70°C) et lui apportera l’oxygène nécessaire.

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STRATORS SOLAIRES

Pourquoi est-il possible aujourd’hui, avec l’énergie solaire, de réaliser des prouesses qui, selon vous, « dépassent le potentiel des énergies fossiles » ?

Un avion thermique nécessite un carburant, l’essence, qui nécessite un autre comburant, l’oxygène. Plus l’altitude est élevée, moins il y a d’oxygène. Par conséquent, l’efficacité d’un moteur thermique diminue. La moitié tous les 5000 mètres. La première voiture sur la Lune n’était pas une voiture thermique, elle n’aurait pas fonctionné. Alors qu’avec un avion électrique solaire, le moteur garde le même rendement. Et plus on monte haut, mieux les cellules photovoltaïques fonctionnent. Moins d’ambiance pour les rayons à traverser, et le froid est meilleur pour les panneaux solaires. Il n’y a que des avantages à partir en haute altitude avec un avion électrique. Toute la difficulté réside dans le fait d’avoir la capacité nécessaire pour y parvenir.

Pourquoi n’avez-vous pas construit un avion à partir de zéro, comme Piccard l’a fait ?Le budget de « Solar Impulse » a atteint 150 millions. On espère réussir avec seulement 10 millions pour rester dans l’idée d’un projet à taille humaine, presque pensé avec. Et de montrer qu’un rêve apparemment fou est désormais accessible avec les technologies actuelles.