Rencontre avec Shift, le leader français de l’IA en assurance

Rédactrice passionnée depuis plus de de 15 ans. Sara vous trouve les dernières infos

Shift Technology est l’un des moteurs de l’écosystème français de l’insurtech. Selon CB Insights, Shift se classe cette année au 13e rang du top 50 des néo-assurances mondiales. La startup, fondée en 2014, est cependant moins connue des particuliers, puisqu’elle propose ses services aux compagnies d’assurance.

Pour mieux comprendre leur champ d’action et les innovations que Shift leur propose, nous avons interrogé Jeremy Jawish, son PDG et co-fondateur, et Adrien Terrier, Head of Partnerships pour la région EMEA, à propos de la récente alliance nouée avec le cabinet de conseil Stelliant.

Pouvez-vous nous présenter les différents produits actuellement proposés par Shift ?

Jeremy Jawish : Nous proposons actuellement six produits différents, mais ils ont tous un point commun : ce sont des modules qui aident à automatiser la prise de décision pour les assureurs. A voir aussi : AppleCare+ pour iPhone avec couverture vol bientôt disponible en France. Les voici :

En bref, une gamme de solutions qui aident les assureurs à prendre des décisions précises sans avoir à effectuer de nombreuses étapes manuelles. Cela leur permet de libérer plus de temps à consacrer à leurs clients.

Recherche - Jacques Bouthier, la chute du roi de l'assurance-vie
Lire aussi :
Jacques Bouthier en 2014 dans une entrevue avec News Assurances Pro. ©…

Parmi cet éventail de produits, lequel est le plus plébiscité ?

J.J : Historiquement, c’était la détection des fraudes, mais ces dernières années, les autres produits ont également été très demandés. En effet, nos clients optent régulièrement pour plusieurs produits en même temps. Il faut dire qu’une fois le premier mis en place, il devient plus facile d’intégrer les autres dans le système informatique. Concernant la répartition de nos clients par produit, il s’agit majoritairement de branches d’assurance dommages, se positionnant notamment dans les secteurs de l’automobile, de l’habitation et de la santé.

Lire aussi :
Suite aux confinements et à l’épidémie de Covid, de nombreux habitants des…

L’intelligence artificielle (IA) est utilisée dans tous ces produits ?

J.J : L’IA est exploitée dans tous les produits et intégrée à la façon dont nous concevons nos produits. Notre ambition est simplement d’introduire l’IA dans les processus des assureurs et notamment dans leurs systèmes de gestion pour automatiser leurs processus décisionnels.

À Lire  Assurance entreprise et invalidité

Et comment fonctionne cette IA ? Elle brasse les historiques des choix passés pour prendre la meilleure décision ?

J.J : C’est un mélange, il y a en fait un mélange d’historiques de décisions, mais aussi de retours d’utilisateurs, de données externes, etc. C’est une composition technologique complexe qui nous permet d’être compétitifs avec les assureurs, mais, pour nous, le plus important est qu’ils puissent être plus proches de leurs propres clients, que le sinistre soit couvert ou non. C’est notre façon de contribuer aussi à une sorte de retour aux sources du métier d’assureur.

« Notre marché a aussi mûri, quand on voit le nombre d’acteurs, dont des américains, qui travaillent avec nous et deviennent adeptes du marché français. dans différentes matières en France, dont le logiciel, par rapport à des pays très performants dans ce domaine ».

Combien coûte une assurance responsabilité civile professionnelle ?
Lire aussi :
Vous souhaitez souscrire une assurance responsabilité civile professionnelle pour bénéficier d’une couverture…

En tant que locomotive de l’écosystème assurtech tricolore, comment percevez-vous notre marché ?

J.J : Je pense que l’écosystème français a enfin réussi à trouver sa marque de fabrique, avec une population techniquement très solide qui ne rêve plus de travailler uniquement pour des entreprises de la Silicon Valley. C’est un grand atout, car la quantité de personnes qualifiées que requiert la technologie française est énorme. Notre modèle repose également sur le fait que les assureurs français ont très vite accepté de travailler avec des start-up. On entend souvent dire que l’écosystème évolue plus lentement qu’aux États-Unis, mais en réalité les assureurs ont fait le virage numérique beaucoup plus tôt en France, ce qui a généré des partenariats solides. Enfin, on constate que notre marché a aussi gagné en maturité, quand on voit le nombre d’acteurs, dont des américains, qui travaillent avec nous et deviennent adeptes du marché français. J’ai l’impression qu’il y a dix ans ce n’était pas le cas, car on arrivait à être en avance sur plusieurs sujets en France, dont les logiciels, par rapport à des pays très performants dans ce domaine, qui achètent désormais des français.

Et en tant qu’élément moteur, vous sentez-vous une responsabilité d’accompagner les acteurs qui se lancent ?

J.J : Bien sûr, nous avons par exemple la Banque Publique d’Investissement (BPI) dans notre capital, ce qui nous permet d’être à la fois accompagnés et proches de l’écosystème. Aussi, dès que nous pourrons aider le marché à innover grâce à des partenariats, nous le ferons, comme avec Stelliant par exemple. Notre vision est que les acteurs d’un même écosystème ne doivent pas aller à tout prix vers une concurrence exacerbée, mais plutôt penser à construire un marché commun où chacun devient compétitif en participant à son amélioration du point de vue technologique. 🇧🇷 L’objectif commun est de faire de la France un pays de pointe dans ce domaine clé.

À Lire  Locataire, puis-je sous-louer mon appartement sur Airbnb ? Le 20h te répond

Cet écosystème est-il à même de résister à la baisse des investissements constatée outre-Atlantique ?

J.J : Bien sûr, une bulle a éclaté, y compris en France, et il va falloir apprendre à le faire avec moins d’investissement, ce à quoi tout le monde était préparé. C’est pourquoi de nombreuses entreprises ont levé beaucoup l’année dernière ou en début d’année. Il s’agit, en fait, d’un retour à la normalité, qui nécessitera bien entendu adaptation et maintien. Aux États-Unis, les écosystèmes sont locaux et font preuve d’une remarquable solidarité. Il est important qu’en France nous soyons habités par le même esprit et que nous profitions des synergies qui se sont créées durant cette période faste de ces dernières années.

Vous faites justement partie des assurtech qui ont réalisé d’importantes levées lors des derniers exercices, leurs ambitions ont-elles été revues suite à ce renversement de conjoncture ?

J.J : Non, rien n’a changé pour nous, nous continuons à consacrer autant de nos fonds à investir dans la technologie et à améliorer nos produits. Il faut dire qu’en tant qu’acteur B2B on est moins tenté par d’autres dépenses comme le marketing. Nous continuons également à investir dans notre centre de R&D, qui est le plus important en termes de data scientists dédiés au secteur, avec l’ambition de devenir le leader mondial, en partant de la France, de l’IA en assurance.

Quelle est l’ambition de ce partenariat avec Stelliant ?

Adrien Terrier : Le partenariat avec Stelliant portera sur nos solutions d’automatisation de la gestion des sinistres. Nous avons demandé ensemble comment nous pouvions aider les assureurs travaillant avec Stelliant à numériser leurs processus, tels que l’identification des passifs, la couverture, etc. Ce qui compte le plus pour l’assureur, c’est de satisfaire l’assuré après un sinistre. Les délais de réponse et d’indemnisation sont essentiels pour que l’assuré vive bien cette « mauvaise expérience » en soi qu’est le sinistre. Si tout se passe bien, numériquement, avec une proposition rapide, l’assuré sera plus satisfait du service.

Comment cela va se concrétiser ?

A.T. : Dans ce cadre, nous avons établi un partenariat à deux niveaux. En matière de fraude, l’objectif est de travailler avec des assureurs qui utilisent déjà Stelliant. Nous enverrons des alertes directement aux spécialistes, avant leur intervention, afin qu’ils soient dirigés vers les points d’attention. Grâce à des algorithmes, nous orientons le travail de la criminalistique : suspicion de ce type de fraude, analyse plus fine des localisations, etc. Au deuxième niveau, nous avons travaillé sur l’automatisation de la gestion des sinistres, en intégrant des créneaux de disponibilité spécialisés dans notre solution Shift.