Reportage France – Nice, vitrine de la sécurité municipale

Written By Sara Rosso

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A l’heure où se déroule le processus de l’attentat du 14 juillet 2016 sur la Promenade des Anglais, Nice poursuit ses expérimentations sécuritaires.

De notre envoyé spécial à Nice,

Six ans après l’attentat qui a fait 86 morts et plus de 450 blessés, la Prom’ s’est métamorphosée. Quatre kilomètres de bornes de sécurité et de cordes d’acier courent le long de la mythique avenue qui borde la mer, empêchant toute nouvelle attaque de camion bélier. Seuls les véhicules autorisés peuvent franchir des bornes escamotables, contrôlées par le centre de surveillance urbaine (CSU) de la police municipale, pour accéder au trottoir. A cette clôture de métal et de béton armé s’en est ajoutée une autre, naturelle, constituée de 400 palmiers. Coût total de l’opération : 6 millions d’euros.

Après les attentats du 13 novembre 2015 à Paris et à Saint-Denis, la Ville avait déjà installé des box « anti-Bataclan » dans des lieux recevant du public, directement reliés au CSU. Ce dispositif prévu en cas d’attentat ou de prise d’otages a depuis été étendu aux entreprises. Géolocalisable et équipé d’un système d’écoute, il permet aux opérateurs de pointer les caméras de la ville sur le lieu où l’alerte a été donnée et d’envoyer la police municipale ou nationale, selon la nature du danger. « Nous encourageons tous les commerçants à se les procurer, précise Jean-Pierre Lellouche, président de la Fédération des commerçants et artisans de Nice. C’est une assurance supplémentaire pour pouvoir vivre sereinement. »

Puisqu’il ne s’agissait pas de s’arrêter en si bon chemin, la municipalité a commencé en 2019 à implanter des bornes d’appel d’urgence sur le même modèle de ces boitiers d’alerte. Trois ans plus tard, Nice en compte 243 disséminés dans le centre-ville, et aussi devant chaque école et lieu de culte. « Cela permet d’alerter la police plus rapidement que par téléphone », vante Grégory Pezet, chef du centre de commandement opérationnel de la police nationale. En octobre 2020, c’est depuis l’une de ces bornes qu’a été signalée l’attaque de la basilique Notre-Dame de l’Assomption, qui a permis l’intervention immédiate de la police municipale et la neutralisation de l’assaillant.

Les yeux de la ville

Les yeux de la ville

Le CSU, où sont reçus ces appels, est le centre névralgique de la sécurité à Nice. Inauguré en 2010, c’est un modèle du genre. Les gens viennent même des États-Unis pour visiter. De l’extérieur, cependant, rien ne nous permet d’imaginer l’endroit où nous allons mettre les pieds. On y accède par un couloir austère, au troisième étage d’un immeuble néoclassique. A l’intérieur, un décor de film d’action, ambiance Patrie. Lire aussi : Accidents avec délit de conduite, criminels retrouvés mais sans assurance, Forum assurance auto user defense user defense – Assurance auto | Forums automatisés. Vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept, 90 agents surveillent la ville grâce aux quelque 4 000 caméras qui la sillonnent. A chacun son secteur. Assis dans le noir devant un immense mur d’écrans, ils observent la circulation, traquent les infractions et soutiennent leurs collègues sur le terrain. « Cela permettra à l’équipage d’intervenir en toute sécurité et d’être guidé si, par exemple, il recherche une personne ou un véhicule en fuite », explique Grégory Pezet. Deux autres salles sont dédiées au suivi des transports et des écoles. Les images, conservées pendant dix jours, peuvent être fournies à la police ou à la gendarmerie à des fins d’enquête.

« Nice connaît un fort sentiment de sécurité depuis l’avant-guerre », rappelle Henri Busquet, secrétaire de la section locale de la Ligue des droits de l’homme. Cela peut s’expliquer par l’âge de sa population et le fait que la ville dépend beaucoup du tourisme. » Soixante ans après s’être dotée d’une police municipale, la ville ancrée à droite est la première de France en termes d’effectifs de police et de vidéo. surveillance – ou vidéoprotection, c’est selon.Depuis l’arrivée de Christian Estrosi à la commune en 2008, le nombre de caméras a presque doublé.La cité balnéaire en compte désormais une pour 87 habitants.

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On les trouve suspendus aux angles des bâtiments, nichés sur des lampes, peints en brun pour se fondre dans les arbres. Il existe des caméras fixes qui surveillent un point précis ; des caméras dômes, capables de zoomer et de manœuvrer pour avoir une vue à 360 degrés ; les « quadra dômes », équipés d’une caméra mobile et de quatre objectifs fixes. Sans oublier la trentaine de caméras « nomades » autonomes, alimentées à l’énergie solaire et connectées au réseau 4G, qui peuvent être déplacées selon les besoins.

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Une efficacité contestée

La plupart des Niçois interrogés se disent rassurés par cette omniprésence discrète. « Tout le monde se plaint lorsqu’il s’agit de verbaliser des véhicules mal garés, mais nous sommes très contents quand ils nous permettent de retrouver des délinquants ou des criminels », remarque Laurent, rencontré dans la Promenade des Anglais. Le permettent-ils vraiment ? « Aucune corrélation générale n’a été constatée entre l’existence de dispositifs de vidéoprotection et le niveau de délinquance commise sur la voie publique, ni même les taux d’élucidation », indique la Cour des comptes dans un rapport d’octobre 2020 sur la police municipale en France.

Une étude commanditée par la gendarmerie nationale et publiée l’an dernier est plus critique. Elle révèle que sur environ 2 000 enquêtes observées, seulement 1,13 % à élucider pourraient bénéficier de l’utilisation de caméras publiques. Les effets sont également médiocres en termes de dissuasion. L’étude ne constate « aucune réduction significative du volume d’infractions enregistrées après l’installation des caméras » dans deux sites de contrôle. Elle n’a pas non plus constaté de « baisse des volumes ou d’évolutions plus favorables des niveaux d’infractions » dans les territoires déjà équipés. « La vidéosurveillance conduit souvent à un simple déplacement de la délinquance », soulignait déjà le chercheur Laurent Mucchielli dans un entretien à Libération en 2018.

Nice, de son côté, revendique une augmentation régulière du nombre d’interpellations en flagrant délit grâce au travail du centre de surveillance urbaine. Plus généralement, fait état « d’une augmentation constante du taux d’élucidation des faits délictueux sur la voie publique grâce à la protection de la vidéo » : 18 % en 2021, contre 11 % en 2015. « Pas un jour ne se passe sans que le ministère public ne fasse N’utilisez pas les images de vidéosurveillance de la ville de Nice pour fournir des preuves irréfutables d’une affaire », insiste-t-on auprès de la Municipalité. Mais au conseil municipal, ces résultats laissent une certaine prudence. ceux qui disent que c’est efficace, commente Jean-Claude Picard, élu d’opposition Europe Ecologie-Les Verts. On croit que ce n’est pas toujours très impartial. »

Au lendemain de l’attentat du 14 juillet 2016, il était en tout cas immédiatement apparu que la vidéosurveillance n’avait pas permis de constater les nombreuses observations effectuées par l’assaillant Mohamed Lahouaiej-Bouhlel à bord de son camion. Il n’a pas empêché l’attentat perpétré quatre ans plus tard dans la basilique Notre-Dame de l’Assomption. « Malheureusement, en tant qu’Etat, nous n’avons pas les moyens adéquats pour prévenir ces crimes. Seule l’intelligence artificielle est capable de cela », a déclaré le maire Christian Estrosi dans un récent entretien à l’AFP, à l’occasion de l’ouverture du procès pour le Attentat du 14 juillet à Paris.

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Un laboratoire à ciel ouvert

Un laboratoire à ciel ouvert

Couplés à un logiciel spécifique, les yeux électroniques de la police municipale peuvent désormais détecter automatiquement les infractions au code de la route, compter les piétons, trottinettes ou trottinettes sur un axe donné, identifier les regroupements… Belle expérience pour tous les frais, même si cela signifie parfois . casser les dents. En 2018, le test de l’application israélienne Reporty qui permet de filmer et de signaler des crimes en temps réel à la police a été rejeté par la Cnil (Commission nationale de l’informatique et des libertés). L’année suivante, celui d’un détecteur d’émotions dans le tramway est définitivement abandonné. En 2019, encore, un test de reconnaissance faciale a été réalisé pendant le carnaval sur la base du volontariat. La Municipalité l’a jugé très satisfaisant; la CNIL a indiqué qu’elle manquait de précisions pour donner un avis.

L’utilisation généralisée de cette technologie dans l’espace public reste cependant interdite par la loi. Une aberration pour Christian Estrosi, qui demande la révision de la législation. La guerre contre le terrorisme doit se faire « avec la mobilisation des meilleures technologies », affirme le conseil municipal. Les incidents au Stade de France lors de la dernière finale de la Ligue des champions et l’approche des Jeux olympiques de 2024 ont relancé le débat. Pendant ce temps, la police municipale de Nice teste un logiciel capable de localiser et de suivre une personne sur la base d’une description physique. « Nous sommes assez dubitatifs sur l’efficacité de toutes ces mesures, confie l’élu de l’opposition Jean-Claude Picard. Cela permet beaucoup de publicité, mais en pratique, il y a peu de chance que cela évite des infractions. »

La section locale de la Ligue des droits de l’homme est alarmée par sa ruée vers la sécurité. « On est passé d’une dizaine de caméras à quelques centaines, puis quelques milliers. Et maintenant, on en est au stade où on met l’intelligence artificielle derrière la vidéosurveillance. On voit bien ce qui peut arriver si ce système se généralise : on peut suivre chacun dans tous ses déplacements dans la ville », prévient son secrétaire Henri Busquet. « Si on veut garantir le respect des libertés individuelles, il ne faut pas laisser ces outils se développer. Une fois en place, il est trop tard », insiste-t-il.

Pourtant, cette inquiétude ne semble pas résonner chez les Niçois. En 2020, ils ont réélu leur maire pour un troisième mandat de six ans. D’ici là, un commissariat devant favoriser une meilleure coopération entre les services de la Ville et de l’Etat devrait voir le jour. Une première, encore.

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