Réseaux de santé : les conseils doivent-ils être élus ?

Written By Sara Rosso

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Le premier ministre Blaine Higgs a congédié les conseils d’administration du réseau de la santé et les a remplacés par des administrateurs. Des voix s’élèvent maintenant pour réclamer des conseils d’administration entièrement élus par la population.

Les conseils d’administration des réseaux sont composés de 15 membres avec droit de vote. Huit d’entre eux sont élus par la population et sept sont nommés par le gouvernement, qui nomme également le président du conseil et le PDG du réseau.

Ancienne membre du conseil d’administration du Réseau de santé Vitalité, Norma McGraw croit toutefois que la population serait mieux servie par un conseil pleinement élu, qui aurait également le pouvoir de nommer le président-directeur général.

« Nous savons que les membres nommés sont très proches du gouvernement. Ils travaillent au bon plaisir du ministre. Alors que les élus accorderont beaucoup plus d’attention aux besoins de leur communauté », affirme Norma McGraw.

Selon elle, la composition des conseils empêchait les élus d’avoir un réel pouvoir de décision.

« Je pense que nous devrions exiger des changements à la Loi sur les régies régionales de la santé. Parce qu’en ce moment, peu importe le résultat, si on ne donne pas plus de pouvoir au Conseil, on se retrouvera toujours dans la même situation, on court après.

L’organisme Égalité santé en français partage la position de Mme. McGraw. Son secrétaire, Jacques Verge, estime que le gouvernement exerce un contrôle excessif sur le réseau de santé Vitalité.

« Dans la lettre, quand il est dit que les deux communautés linguistiques ont droit à leurs institutions propres et distinctes, cela signifie que la minorité doit contrôler et gérer ses institutions, ce qui ne peut être fait par la majorité, qui ne connaît pas les besoins. de la communauté minoritaire. », dit-il.

Stéphanie Collin, professeure à l’Université de Moncton spécialisée en gestion des services de santé et en administration publique, affirme que les bonnes pratiques de gouvernance favorisent les membres nommés par spécialisation particulière, en santé, en finance ou en droit, par exemple.

« Ce n’est pas d’avoir des gens élus, mais d’avoir des gens (nommés) selon leurs capacités, et aussi selon certains critères, qui sont par exemple d’avoir un certain nombre de femmes, des gens qui viennent des communautés autochtones. Dans notre cas, au N.-B., c’est aussi d’avoir des gens qui viennent d’une minorité linguistique.»

La loi prévoit que le ministre nomme les membres du conseil d’administration en fonction de leurs compétences et afin d’assurer la représentation de ces différents groupes.

« Dans le meilleur des mondes possibles », il serait préférable que le gouvernement nomme des conseillers en fonction de leurs capacités, selon le professeur. Mais le gouvernement s’écarte des bonnes pratiques en procédant à des nominations « partisanes », a-t-elle déclaré.

« Le problème, c’est que c’est très politisé, la gouvernance. Bien qu’on sache qu’ils doivent être nommés en fonction de leurs compétences, (…) les présidents des CA sont là un peu au gré des gouvernements », précise Stéphanie Collin.

En 2019, l’administration Higgs a ouvert la porte à Grace Losier, qui occupait le poste de présidente du conseil d’administration d’Horizon depuis sa nomination par le gouvernement libéral de Brian Gallant.

Stéphanie Collin rappelle également la démission du président du conseil d’administration du Réseau de santé Horizon, John McGarry, qui s’est prononcé contre la décision du ministre de la Santé de confier le recrutement des médecins à son ministère et non aux conseils.

Selon elle, la politisation de ces rôles amène plusieurs personnes à s’interroger sur le rôle des conseils d’administration des réseaux de santé.

« Selon la loi (…) ce sont les AC qui doivent conduire le bateau au port. Mais ça ne se passe pas comme ça. Les soins de santé coûtent cher et le gouvernement veut avoir le contrôle sur les décisions, alors on se retrouve avec des gens dans les médias – je suis d’accord avec eux – qui s’interrogent sur le rôle des CA. Mais si on ne leur laisse pas l’espace nécessaire pour qu’ils puissent donner du sens aux réseaux, il est certain qu’on peut s’interroger sur le rôle qu’on leur assigne.

L’expert en administration publique Donald Savoie se range du côté de Norma McGraw. Selon lui, il est préférable d’avoir des membres élus. Il s’agit de combler un «écart de responsabilité» dans le système de santé, a-t-il déclaré.

« Je ne suis pas sûr que les gens qui travaillent dans cette industrie soient aussi responsables qu’ils devraient l’être. Si on nomme des gens qui ne sont pas élus, je ne suis pas sûr qu’on va les responsabiliser davantage. Si, dans trois ans , quelqu’un est réélu, je pense qu’il a intérêt à prendre ses responsabilités en main ».

Il estime également que le rôle des conseils d’administration des instances « n’a peut-être pas été suffisamment défini.

« Pouvons-nous aller plus loin et nous poser la question : avons-nous besoin de ce (conseil) ? Un conseil d’administration qui a très peu de pouvoir est un conseil d’administration dont le rôle est mal défini.