La piste noire du Rhum. Arrivée d’Armel Le Cleac’h, Banque Populaire XI

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Le capitaine du Maxi Banque Populaire XI, arrivé à la 7e place de l’Ultim 32/23, est revenu sur sa déception, une blessure à la planche centrale, « qu’on ne s’explique pas encore », cette course est « loin des autres » et rappelle le projet de suite.

« Il y a beaucoup de sentiments qui s’entremêlent et une déception inévitable. Je suis venu jouer autre chose que la transatlantique, loin des autres. Au final, ça reste une belle aventure. Nous avons réussi à reprendre la route, c’était un bon pari, un gros défi que l’équipe a su relever en raison de graves avaries sur le bateau. Toute l’équipe s’est mobilisée pendant 36 heures et a fait un excellent travail pour reprendre la mer il y a huit jours. Ensuite, j’ai conduit ma course différemment. Je me suis fixé un autre objectif en essayant de rattraper les bateaux qui étaient devant. C’est toujours positif et encourageant de passer par de petits compagnons. J’aurais aimé passer deux Ocean Fifty ce matin mais je n’ai pas pu ! J’ai essayé de faire une bonne trajectoire, de continuer à apprendre sur ce bateau car c’est une expérience qu’on n’a pas souvent seul et en compétition sur de telles machines. La déception est là, c’est sûr, ce n’est pas ce que j’imaginais.

C’est la 2ème partie du cours. « J’ai retrouvé très vite mes sens, ma vitesse. Depuis 48 heures je suis en plein alizé, sous un gros genaker. Ça tournait entre 33 et 40 nœuds, c’était super ! Le bateau était fantastique tout en étant en sécurité et en se sentant bien. Je me suis endormi, je n’étais pas stressé car le bateau volait et allait très vite. J’aurais aimé le faire avec d’autres, mais je le faisais pour moi, pour toute l’équipe et pour le sponsor Banque Populaire, qui nous a confié ce projet. Nous voulions réussir, au moins pour boucler cette Route du Rhum-Destination Guadeloupe. C’était important, on n’avait pas réussi il y a quatre ans, les autres n’ont pas eu la chance d’aller jusqu’au bout cette année. Nous avons eu la chance de partir et nous l’avons fait. »

Dommage. « C’est vrai que dans la vie d’un marin il y a des dangers qu’il faut accepter, c’est difficile. On a beaucoup travaillé pour ce bateau, on a bien démarré, on était dans le coup au bout de 24 heures. Tout allait très bien et puis en quelques secondes tout a changé. C’est dur à avaler, mais ça fait partie de la course au large, ça reste un sport mécanique. Cependant, Ultim 32/23 a montré que nous avions bien progressé en termes de fiabilité. Au final, le voilier est à l’arrivée, prêt à repartir, et tous les autres Ultims l’ont fait aussi. Je suis très heureux d’être dans cette spirale, dans ce projet. Oui, Route du Rhum-Destination Guadeloupe, il faudra y revenir, clairement. J’y serai dans quatre ans. »

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Je ne voulais pas abandonner. Je pourrais me dire : « Je vais rentrer chez moi, m’asseoir sur le canapé et laisser tomber. Mais surtout pas. Aujourd’hui, nous avions tout pour recommencer, pour écrire une nouvelle histoire et nous avons réussi, avec toute mon équipe. Je suis content de l’avoir fait, même s’il n’y a pas de résultat au final. Il doit aussi être un exemple pour les personnes qui nous suivent. Beaucoup de gens m’ont envoyé un message disant que c’était super de partir, ça m’a vraiment touché. »

Émotions. « Ça a été quatre ans de travail. Je vis et pense depuis longtemps à cette Route du Rhum-Destination Guadeloupe. On a imaginé différents scénarios, on savait que la panne existait. Nous ne comprenons toujours pas pourquoi nous avons rompu cette dérive. Tous les efforts ont été faits pour éviter ce type de dommage, il ne peut donc pas être expliqué. C’est la chose la plus difficile à avaler : vous pouvez faire des erreurs de manœuvre et de conduite, mais ce n’est pas le cas ici. C’est dommage que ça ne soit pas allé jusqu’au bout. Cela fera partie de notre expérience. Pour l’avenir, nous savons qu’il nous reste encore des progrès à faire et ces dégâts nous serviront bien dans les mois et les années à venir. »

Travail en équipe. « La façon dont nous avons résolu ce problème montre le professionnalisme du Team Banque Populaire. Nous nous sommes tous mobilisés, et eux les premiers, dès que je revenais à Lorient pour réparer le bateau, alors que nous n’étions pas sûrs d’y arriver. Tout le monde s’est donné à 200%, certains se sont relayés pour dormir à l’arrière du camion pour passer des heures à poncer et réparer les composites. Et au final j’ai pu partir le plus vite possible. Pour moi, cela m’a donné l’envie et la motivation de terminer la course et de les remercier d’avoir rempli cette mission. »

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Le prochain. « Ce n’est que l’année prochaine que nous aurons une tournée mondiale. Ce sera un gros morceau. Compléter cette Route du Rhum-Destination Guadeloupe me rend éligible. C’était un objectif secondaire, mais cela nous permet de travailler tranquillement cet hiver et de préparer ce grand rendez-vous. Ce sera un monument de la voile. Faire le tour du monde avec ces vaisseaux, peu l’ont fait. Moi, je ne l’ai pas encore fait. Nous avons un peu plus d’un an pour y arriver. A nous de continuer à travailler pour être dans le match jusqu’au bout. »

Victoire de Charles Caudrelier. « Je suis très content pour Charles. Pour moi, c’était l’adversaire à battre. Il a fait une belle course parce qu’il a eu raison dès le départ. Je me suis dit de m’accrocher, ce que j’ai fait pendant 24 heures, j’étais avec lui.  » Je savais qu’il y aurait des opportunités d’être avec lui jusqu’au bout, mais je les ai laissées passer. Je suis tellement content pour lui, il le mérite totalement, il mène la course presque de A à Z avec un super bateau. Il m’a envoyé un texto. moi quand je me suis retourné quand je suis parti. Et je lui ai envoyé un texto quand je suis arrivé.

Echanges sur VHF. « C’était agréable de discuter avec beaucoup de marins. Il y a beaucoup de sympathie, surtout de la part de ceux qui l’ont vécu. Nicolas Troussel (Corum) était là, que j’ai rencontré à l’aller et au retour. Nous sommes tous passés par là, il connaissait les émotions que je peux ressentir à bord. Quand je les ai dépassés, ils étaient contents que je sois de retour dans la course. »