Santé : le nouvel obscurantisme

Written By Sara Rosso

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Il y a quelques mois, nous souffrions de cette incroyable bêtise et capacité éditoriale de Denis Robert, qui se moquait ouvertement des personnes, frêles ou non, qui portaient encore le masque (pour rappel : « Pour la première fois depuis plus de deux ans, j’ai voyagé sans masque et je m’étonne cependant de voir, ici et là, quelques résistants qui en portent encore, recrutés tels quels de peur d’être contaminés par un sourire humain » voir vidéo [1]). En entendant cela, on peut se poser une question, déjà agaçante depuis Omicron : comment seront considérées les personnes qui veulent se protéger, dans la « nouvelle normalité » covid 2022-2023 ?

Une petite histoire que j’ai lue dans la presse récemment m’a fait réfléchir : le chanteur Mike Patton, après le confinement, a annulé une tournée entière à cause d’une agoraphobie qu’il aurait depuis, mais qui semble n’être ni plus ni moins ressentie (dans le article). on comprend surtout qu’il était plus solitaire que la moyenne). Il s’autoflagelle ici (https://www.metalzone.fr/news/174551-faith-no-more-mike-patton-anneau-concerts-reclus-asocial-peur-gens/), là il dit qu’il a mal et a irrité ses amis et collègues à cause de cela, et il est compréhensible qu’il essaie de se soigner pour pouvoir à nouveau sortir dans la foule. Question : Quelqu’un s’est-il demandé pourquoi cette personne a peur du covid ? Mike Patton n’a-t-il pas ses raisons de ne pas vouloir se rendre dans de grandes foules en pleine pandémie ? Le monde n’est-il pas fou de laisser les gens, les enfants être infectés massivement et à plusieurs reprises par le covid ? Et donc : le monde ne peut-il pas aussi accueillir des personnes soucieuses de leur santé pour leur permettre d’évoluer sans gêne ? La thérapie et la psychologisation totales sont une façon outrageusement simpliste de rationaliser la situation pandémique actuelle. Et cela justifie l’inaction. [Enfin, pourquoi cette tendance à insister sur ses problèmes mentaux préexistants : ne serait-ce pas une excellente excuse pour dire qu’il a besoin d’être rééduqué ? Est-ce que sa séquence solitaire est vraiment un problème fondamental? Cela résonne désagréablement avec le fameux : « ce sont les gens qui avaient des comorbidités avant le covid qui meurent », une bonne excuse pour dire qu’il faut les laisser s’infecter et qu’il est logique qu’ils meurent. Je propose que toutes les phrases commençant par « j’avais déjà ***BIP*** avant le covid » soient lourdement taxées] En fait, n’assistons-nous pas aujourd’hui, sous une « aide » autoproclamée bienveillante à la psychologisation du médico-social problèmes? et donc, dans une tendance globale de revival étrange du New Age (dépassement unique dans les pseudosciences et médecines parallèles,…), l’instauration d’un nouvel obscurantisme ?

Les paradoxes de l’été

Au début de l’été 2022, 71 % des Français interrogés par l’IFOP pour le JDD se déclaraient favorables au « retour de l’obligation du port du masque dans les transports » [2], mais moins de 5 % en portaient effectivement ce. il La pression sociale pour porter un masque (uniquement dans des endroits fermés, mal aérés et bondés !) est si forte que la plupart des gens abandonnent et préfèrent se conformer à la norme environnementale non officielle du « je n’ai même pas peur ». Cette virilité pose des questions sur le sort des personnes vulnérables au covid, sommées de se protéger, mais en même temps stigmatisées de « lâches » (ce qui est un café assez fort quand on sait combien une maladie chronique demande du courage aux personnes atteintes). . Idem pour toutes les personnes soucieuses de leur santé et qui souhaitent éviter au maximum la pollution : on craint qu’elles ne soient pas tolérées dans l’espace public, à moins qu’elles ne calquent leur comportement sur celui des autres, la dissonance étant trop forte. C’est tellement visible aujourd’hui que les Français préfèrent que les autres meurent, plutôt que de mettre spontanément un masque pendant 10 minutes en faisant leurs courses, dans les bus, dans les pharmacies. Comment la population peut-elle concilier son comportement, qu’elle sait irresponsable, avec l’existence de ces rappels vivants de la réalité de l’épidémie que sont les personnes qui veulent se protéger ?

Des responsables devenus rebelles En fait, toute une partie du peuple ne voudra pas accepter cette VIVA LA MUERTE [3] dangereuse pour elle-même et pour les autres. Ainsi, pour différentes raisons et qui leur appartiennent, ils continueront à éviter les attroupements, à mettre des masques FFP2 dans les lieux fermés qu’ils sont contraints de fréquenter, à ne pas aller au restaurant voire à s’isoler complètement pour certains. Ils seront très minoritaires, mais toujours là, car on ne peut pas renier sa propre raison, sa science et le désir de se protéger. Et cela se comprend : tout le monde aurait compris ce choix avant. Je crois que peu de gens en janvier 2022 ont continué à acheter des produits de pizza Buitoni et Kinder en vrac alors qu’il y avait un risque d’e-coli. Sauf qu’avec COVID, c’est différent, car les gens ne veulent pas METTRE LE MASQUE PUTAIN, tous heureux d’être avec le nouveau roman à l’eau de rose qui leur est raconté. Cela veut dire que la glissade va sûrement continuer à aller plus loin (oui, oui, c’est possible). Voir des gens masqués rend la plupart des gens coupables et insupportables. Certains revendiquent des droits, mettent les gens mal à l’aise en pensant à la solidarité ou à la santé publique. wow Confronter les gens à leurs incohérences ou à leur lâcheté c’est pas cool, c’est pas sympa. Un peu comme parler de la météo dans les années 2000. Alors que va-t-il se passer ? On commence déjà à voir des témoignages de personnes masquées se moquer de FFP2 (« couac ! »), harcelés par des favoris (voir cette vidéo édifiante [4] ) des propos anti-scientifiques, validistes voire eugéniques commencent à « passer crème » au grand public . Vous direz : ah, mais c’est extrême, la plupart des gens sont bienveillants et veulent juste aider les gens à surmonter les névroses liées au covid… Et ça y est, c’est ça : continuez à vous protéger. ger de COVID est un problème psychologique. J’ai peur que ce soit le nouveau credo de la population, qui va le dire amicalement et l’acheter oui, au cours d’une conversation.

« Aider » les solitaires ?

Ainsi s’exerce la particularité française de la psychologisation extrême des problèmes. Et je pense qu’il va falloir soigneusement disséquer et déconstruire les mécanismes intellectuels qui seront mis en branle. Décryptez et dénoncez les discours à la con de la bienveillance teintée de christianisme (on vous aime, on vous aide à guérir). L’évocation de la « nature » ou de l’immunité naturelle, qui ferait toujours bien les choses ; nous l’avons tellement entendu depuis la naissance! il a aussi été ressenti par le covid, et sa « sélection naturelle ». (Donc, de toute façon, juste au cas où, précisons : la nature vous tuera sans aucun scrupule).

Tous ces amoureux de la nature (sauf lorsqu’il s’agit de s’envoler pour 50€ vers une capitale européenne pour les vacances) pourraient aussi bien se mettre à « conseiller » puis « pousser » leur proche à se rééduquer par l’intermédiaire d’un psychiatre, par exemple, pour le guérir . agoraphobie Ben oui, je ne devrais pas remettre en cause le modèle, hein, même s’il tue en masse. Nous préférons maintenir notre confort et punir les minorités, comme les abrutis. Alors on vous rétorquera « oh non, on est ouvert et on accepte tout le monde, on n’est pas contre vous ». Sauf que non. L’ouverture, l’inclusion, ce n’est pas seulement « ne pas attaquer différentes personnes », ou accepter qu’elles existent. ce n’est pas assez.

Il y a ici un préjugé commun, dans lequel de nombreux discours englobent les personnes recluses. L’équilibre entre la pression extérieure du monde et les ressources psychologiques personnelles est toujours soutenu du côté d’un manque ou d’une défaillance de l’individu, sans remettre en cause le modèle dominant dans lequel évoluent ces personnes. C’est un classique bien connu des personnes ayant reçu un diagnostic de troubles du comportement (voir Troubles du spectre autistique, TDAH, etc.). Plutôt que de changer le regard, les comportements collectifs ou le modèle, façonner le monde pour faire place à chacun, on fait retomber le problème sur la personne qui souffre déjà, en la sommant de s’adapter, de « guérir » ou de « se conformer », quelquefois. avec des remèdes médicinaux qui augmentent encore leur inconfort. Dans le cas de la pandémie, ce biais peut très bien s’exercer à l’encontre des personnes en « isolement partiel ou total » : on va essayer de les forcer à se conformer à la norme de sociabilité pandémique de Yolo, car les fragiles, on adore quand il est inspirant, courageux voire téméraire, quand il donne des leçons de vie : pas quand il demande des droits (en plus ce qu’il est en bonne santé et veut se protéger sera encore pire : de quel droit décide-t-il de préserver sa santé quand le le reste de la population l’a jeté dans l’oubli ?). Pour éviter cela, il existe une méthode extrêmement simple : créer de toutes pièces ou accentuer une prétendue fragilité psychologique chez ces personnes.

1er outil : Dolto et la psychologisation des problèmes Et ça tombe bien, car en France on a des outils pour ça. Parlons donc de cette tradition en psychanalyse qui consiste à flatter les personnalités nationales, et à ignorer leurs excès pour continuer à les invoquer mal. Une pédiatre et psychanalyste française (alliance définitive !) est bien utile pour cela : il s’agit bien sûr de Françoise Dolto. Dans un monde décent, on aurait tenté de l’oublier rapidement, ou du moins, on aurait amendé les parties délirantes de son discours. On ne reviendra pas sur les fameux fragments d’entretiens qui ont conduit cette dame, avec son colis médical qui la rendait respectable, à qualifier les enfants victimes de pédophilie de « complices » parce qu’ils n’ont pas dit « non » [5], ni à dire que nous devrions aider les hommes violents plutôt que les femmes maltraitées. Ces mots apparaissent encore dans les manuels et les livres de bibliothèque sans aucune correction ni note de bas de page. Le sexisme de Dolto, son homophobie (lire « End avec la psychanalyse » de Didier Eribon) et, de manière générale, l’incapacité totale des psychanalystes français à se renouveler puis à se réparer, ont fait beaucoup de tort à la France. Et le générateur de fausses interprétations psychanalytiques semble être une erreur et donne toujours à peu près la même réponse quelle que soit la situation, une réponse qui culpabilise, soit à l’égard des mères soit même parfois à l’encontre des victimes (j’entends ici à nouveau Irène). Le slogan de Grosjean : « les femmes sont battues parce qu’elles sont battables ». Horreur). La gravité de la banalisation de ces phénomènes me semble suffisante pour discréditer, ou du moins traiter Mme Dolto avec des pincettes. Mais elle est française. Comme Lacan. Nous en faisons donc des totems, donnons son nom à des collèges et continuons à lui enseigner à fond dans les meilleures écoles. heures de formation d’assistante sociale (au secours !). Surtout parce qu’elle est psychopathe Alice est en effet très pratique : surtout lorsqu’il s’agit de nier les expériences et les droits des minorités opprimées. Et dans le cas du covid, la sauce psychanalytique pourrait bien être la Vaseline qui fait accepter le validisme et la non gestion des problèmes sociaux. Le problème n’est pas la santé, les inégalités d’accès à celle-ci, la vulnérabilité et les risques accrus pour les fragiles : le problème est que toutes ces personnes se pensent et se sentent opprimées. Le problème (même 3 ans après) c’est le confinement qui créerait des problèmes psychologiques pour les enfants. Bien sûr, il ne faut pas nier certaines conséquences du confinement. J’enseignais à des étudiants techno à l’époque, je leur ai parlé, je sais ce qu’ils ont vécu. Le souci, en revanche, est sans doute plus lié au fait qu’ils étaient enfermés à 8 ans dans leur petit appartement, qu’ils n’avaient qu’un seul ordinateur pour toute la famille, qu’ils ne pouvaient pas sortir dans un jardin. Il faut se rendre compte que ces enfants n’auraient pas été mieux psychologiquement, s’ils avaient perdu un membre de leur famille faute de mesures. Alors, le confinement difficile, la faute à vouloir contenir le covid, ou la faute à la ségrégation immobilière des classes populaires ? Vous voyez la fumée ? (Ce déplacement fonctionne pour pas mal de sujets. L’éco-anxiété est individualisée, elle sera décrite comme la faute d’articles qui alertent la population, et non un état normal, un réflexe de survie de personnes conscientes qu’elles vont vivre un col ·déchéance, etc…). Mais en tout cas, le confinement n’est plus réclamé par personne. La mise en avant de cet élément est révélatrice : un écran de plus pour l’acceptation d’un état de fait. Cet argument est encore et toujours utilisé pour éviter de protéger les enfants du covid : quel lien ? Pourquoi parler de « maladie » alors que des groupes réclament des vaccinations, des masques aux seuils épidémiques, de la ventilation, des stations d’épuration pour les enfants ? Idem pour le s masques et enfants : contre toute logique (le masque a longtemps été utilisé par les enfants en Asie sans souci) on continue à le dire comme cause de troubles du développement, sans aucune donnée. Il est inquiétant de voir que ce discours est souvent véhiculé par des personnes qui travaillent dans le domaine social ou éducatif, rapportant parfois sans analyser les impressions ou opinions de tiers. Il faut dire que certains d’entre eux ont été formatés pour cela. Et ils ne se rendent pas compte que ce faisant, ils diffusent un discours qui incite à l’inaction sur les problèmes fondamentaux. Il faut noter que cette tendance n’est pas seulement française : en Angleterre un psychologue a dénoncé cette manière simpliste d’accepter des modèles inadéquats en individualisant les problèmes sociaux [6].

2ème outil : « la médecine alternative » Ainsi, l’adoption de normes virilistes face au covid et la psychologisation des personnes qui veulent se protéger permet de ne pas prendre de mesures collectives – présentées comme contraignantes, comme le port du masque dans les lieux clos De l’autre côté, nous avons l' »inverse », qui permet de relativiser la maladie en général, quelle qu’elle soit : la multiplication des « médecines alternatives » (qui ne sont pas vraiment des médicaments, mais une sorte de cure). Les ostéopathes, les naturopathes, praticiens reiki, etc. investissent dans doctolib, font l’objet de tracts distribués dans les CHU, sont invoqués pour soigner le covid depuis longtemps faute de traitement. Laissons de côté les graves dérives de certains de ces praticiens. On peut noter qu’ici les bénéficiaires sont surtout des femmes : ces pratiques sont largement recommandées pour l’endométriose et les maladies auto-immunes par exemple (ou pendant la grossesse, où les sollicitations envers la nature sont de plus en plus présentes), affections où les femmes sont largement majoritaires. plus elle est ésotérique, plus les praticiens sont souvent des praticiens Ces pratiques prolifèrent et remplacent la santé publique, dans le sens où elles servent de lla pour l’inaction des pouvoirs publics, dans des domaines de la santé où ils ne veulent pas investir. En effet, pour le cas de l’endométriose, si nous avons des notices plutôt roses sur la gestion « naturelle » de notre douleur, rien en termes de recherche de traitement, qui se limite à la pilule (d’où l’utilisation d’un médicament utilisé pour une autre raison, et ne peut pas être utilisé pour certains). Les « maladies des bonnes femmes » sont traitées comme suit : « souffrez, mais en posture de yoga » – et avec le sourire s’il vous plaît. Malheureusement, ils y investissent massivement et sont globalement les plus grands consommateurs et fournisseurs de ces « médicaments » (faute de mieux ?). et alors Est-ce que ça se passe Les « vraies » maladies, celles qui touchent aussi les hommes, on ne fait rien parce qu’on n’est pas des poules mouillées, et celles qui touchent les femmes (les hystériques) on ne fait rien non plus, et on les couvre de huiles essentielles? C’est très pratique, ma foi, de justifier l’inaction encore et encore.

Le nouvel obscurantisme en santé publique

Tous ces outils contribuent à l’avènement d’un âge obscurantiste insupportable au vu du niveau de connaissance que nous avons en 2022. Les gens raisonnables, les fragiles qui connaissent leurs risques de covid et/ou veulent se faire soigner par la science commencent à se rendre compte que la psychanalyse ou la prescription des médecines alternatives seront la seule chose qui leur sera proposée face à leurs problèmes de santé, ou leur envie de se protéger du covid. Essayer d’argumenter avec des études scientifiques est presque inutile : la plupart des gens, globalement, veulent tellement croire que tout peut disparaître en un claquement de doigts, sans effort : les douleurs chroniques, l’épidémie de covid et ses risques, le réchauffement climatique.. L’essentiel est de pouvoir vivre exactement comme avant. L’aveuglement doit donc être total, d’où le recul. Comment casser cette tendance et éviter de se retrouver dans une situation médiévale ? L’éducation bien sûr. Mais on voit déjà des mères loups et des pères loups tenter de s’implanter dans les écoles…[7]

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