Sur la Route du Rhum, « même avec le meilleur bateau, sans dormir, tu n’y arriveras pas »

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« Il y a des courses que j’ai perdues à cause du manque de sommeil. Le constat de Charles Caudrelier est clair, et fait largement écho aux avis des capitaines préparés pour la Route du Rhum 2022. Le sommeil est l’un des éléments clés de la réussite en course au large. « Quand on tombe en dessous de quatre à cinq heures de sommeil par jour, ça devient dangereux, pour la sécurité et pour la prise de décision », explique Rémy Hurdiel, professeur à l’université Littoral Côte d’Opale.

De nombreux marins en ont fait les frais à leurs débuts, dormant si peu qu’ils sont entrés dans des stades hallucinatoires. « Une fois, sur Transat, je me suis imaginé sur un cheval, zigzaguant dans les bois. A cause de ça, c’est ce que je faisais avec le bar », se souvient Charles Caudrelier. Pour Isabelle Joschke, le manque de sommeil l’empêchait déjà de prendre les bonnes décisions sur la fin de course : « mon bateau avait tourné, il y avait du brouillard, je ne m’en rendais pas compte et j’étais tellement fatiguée que je n’y arrivais pas. lire les instruments de mesure. Je ne sais pas combien de temps j’ai passé à l’envers. »

Le sommeil est donc l’un des facteurs les plus importants pour une bonne vie à bord. « Vous pouvez avoir le meilleur bateau, le meilleur capitaine, si vous ne dormez pas, vous ne travaillez pas », déclare Sam Goodchild.

Micro-siestes et cohérence respiratoire

Pour éviter de se mettre complètement dans le rouge, les marins imposent un système de siestes, qui varient de quelques minutes à deux heures, selon les personnes et la physionomie de la course. Pour s’endormir rapidement, chacun a ses propres techniques. Lire aussi : Camille Combal, jeune papa : de rares confidences sur sa vie de famille bien remplie et une nouvelle image de son fils. Si Gwen Chapalain utilise beaucoup l’imagerie mentale, Sam Goodchild a travaillé avec un sophrologue sur des exercices de respiration.

Mais encore faut-il qu’ils aient le réflexe de se forcer à dormir. « Je leur fais signe pour leur faire savoir qu’ils sont fatigués. S’ils tombent beaucoup, s’ils sont maladroits, ce sont des petits avertissements », énumère Rémy Hurdiel. Sur la Route du Rhum 2010, par exemple, ils avaient mis en place avec Thomas Ruyant un système de stimuli sur écran. « Au bout d’un moment, je connaissais mes temps d’entraînement moyens. Quand je me suis brûlé, je ne pouvais même pas appuyer sur la barre d’espace », se souvient le capitaine de LinkedOut.

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Un cockpit pensé pour la récupération

Selon les capitaines, les plans de relance sont plus ou moins en place. Mais la course au large a la particularité d’être particulièrement imprévisible, il est impossible de se fixer des horaires de sommeil. « Il faut toujours écouter son bateau », confirme Gwen Chapalain. « J’ai souvent utilisé le principe Snooze, décrit Victor Jost, qui a fait sa première course en solitaire lors de la Drheam Cup 2022. J’ai fait des siestes très courtes, vérifié que tout allait bien et me suis rendormi. »

Dans les bateaux, tout est conçu pour les rendre aussi confortables que possible. « On réfléchit à l’endroit où mettre le matelas, à quelle sorte de lumière rentre dans le cockpit, s’il vaut mieux dormir allongé ou assis, ce qui permet une récupération différente », explique François Duforez, médecin spécialiste de la gestion du sommeil. Le type de bateau entre aussi en jeu : « Les mouvements sont différents entre les monocoques et les multicoques, poursuit-il. L’Ultimate se déplace latéralement, tandis que l’Imoca avance et recule. »

Sur son Ocean Fifty, Sam Goodchild dispose de deux couchages, par exemple un plus confortable en bas de coque quand le vent est soutenu et un siège, près de la barre, quand il faut faire de courtes pauses. « Ce qui est crucial, pour bien dormir, c’est que le capitaine se sente en sécurité », insiste François Duforez. « Quand j’ai commencé la course au large, je dormais à peine. Quand j’ai commencé à accepter la dangerosité de notre sport, j’ai eu un déclic et j’ai beaucoup mieux dormi », souligne Isabelle Joschke.

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Des dormeurs normaux à terre

En multicoque, le danger est plus que décuplé car le bateau peut chavirer à tout moment. « C’est en naviguant le plus possible qu’on apprend à connaître les limites de son bateau et à faire confiance à l’électronique, comme le système de largage d’écoute, qui permet généralement d’éviter le chavirage », clame Sam Goodchild.

C’est aussi avec l’expérience que chaque maître trouve son meilleur rythme de sommeil. Sur terre, ce ne sont pas des surhommes, ils dorment comme tout le monde. « Souvent, je suis le premier à me coucher à 21 heures », s’amuse Charles Caudrelier, tandis que Gwen Chapalain milite pour la « promotion sieste », même sur terre !

L’adrénaline de la course leur permet de maintenir un niveau de fatigue qu’ils ne maintiendraient pas au quotidien. « Dans les premiers jours de course, on est en forme, on a les nuques raides, c’est le moment où on dort peu », avoue Thomas Ruyant. Dans des régates qui ne durent que quelques jours, comme la Solitaire du Figaro, les capitaines dorment très peu par rapport à un Vendée Globe de 80 jours, où ils ont des moments de répit. La Route du Rhum reste un sprint, surtout pour les plus gros bateaux. « C’est comme une très longue étape de Solitaire », compare Charles Caudrelier. Une longue étape où il est impossible de ne pas dormir un minimum.

Il y a quatre ans, un Alex Thomson épuisé s’est écrasé contre une falaise en Guadeloupe alors qu’il remportait la course Imoca. Une situation que tous les capitaines veulent éviter à tout prix.

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