Toulouse. Système D chez les urgentistes qui craignent pour leur avenir

Written By Sara Rosso

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Alors que leurs cabinets, fermés depuis le 16 mars, sont débordés par les masses, les dentistes ne se tournent que vers les soins d’urgence. Et ils craignent l’après-déconfinement.

Par Guillaume Laurens

Publié le 28 avril à 20h 11:19

120 appels par jour à la régulation

120 appels par jour à la régulation

Face à une épidémie transmise au plus grand nombre par les postillons, les chirurgiens-dentistes sont en première ligne… Depuis le lundi 16 mars 2020, et jusqu’à présent, leurs cabinets sont fermés, à Toulouse comme partout en France. Une décision prise par l’Ordre National des Chirurgiens Dentistes, pour prévenir la propagation du coronavirus. « Pour deux raisons », rappelle le docteur Philippe Jacob, président du Conseil de l’ordre de Haute-Garonne. « D’une part, parce qu’on utilise des instruments rotatifs qui projettent un ‘brouillard’ (notamment la fameuse ‘roue dentaire’, ndlr) et peuvent contaminer les patients dans les cabinets. Lire aussi : Coronavirus : « On n’appelle pas le 15 en cas d’urgence dentaire ! ». » D’autre part, « parce qu’on opère à 30 cm au-dessus de la bouche du patient. Et sans masque de protection FFP2, le praticien peut se contaminer. Cependant, nous n’avions pas assez de masques FFP2, nous avons donc dû fermer nos bureaux. Alors qu’ils manquent de ressources pour gérer les interventions sanitaires, les dentistes redoutent la date de fin annoncée, le lundi 11 mai 2020. Explications.

Depuis le 16 mars, des praticiens organisent des soins d’urgence à Toulouse et en Haute-Garonne. Sur les 1450 chirurgiens-dentistes du service, 350 se sont portés volontaires pour les consultations physiques et téléphoniques, et pour la régulation. Le Dr Philippe Jacob poursuit :

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Des permanences 7 jours sur 7

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A chaque bureau de sécurité, deux pratiquants assurent la sécurité ensemble, sans assistant et sans secrétaire, puisque nous ne voulions pas exposer plus d’employés. Habituellement, il n’y en a qu’un qui peut soigner, l’autre fait le travail d’assistant et de nettoyeur.

Ces lignes téléphoniques sont disponibles 7 jours sur 7, y compris le dimanche, de 08h00 à 18h00. « Il n’y a jamais les mêmes cabinets, ni les mêmes régulateurs », ajoute le Dr Jacob, qui décrit le fonctionnement de ce système unique chez les dentistes :

Avant que le patient ne se rende dans un cabinet de garde pour consulter un thérapeute, le patient appelle une plateforme, dont la régulation est assurée par le conseil d’ordre. Il y a environ 120 appels par jour. S’il y a une infection, nous prescrirons des antibiotiques. Et s’il a besoin d’une intervention, par exemple pour un mal de dents, il est envoyé dans l’un des 5 à 6 cabinets de garde à Toulouse et en Haute-Garonne, où il est soigné.

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Des visières imprimées en 3D… et offertes par des bénévoles

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Force est de constater que les dentistes ainsi mobilisés ne s’occupent que des priorités : « Une couronne descellée, une obturation qui s’est descellée, mais qui ne fait pas mal, tout cela ne peut pas être assuré dans ces circonstances… ».

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Le problème est que, comme de nombreuses professions, les dentistes manquent fortement de protection face à l’épidémie de Covid-19. En manque de masques, mais pas que, ils ont dû faire avec les moyens du bord juste pour sécuriser les gardes, surtout les premières semaines :

Quand on a su que les casiers allaient fermer, on a envoyé un mail aux pratiquants pour savoir s’ils avaient du matériel, ils l’ont ramené au conseil d’ordre. Nous avons su restaurer un minimum pour gérer les urgences. On ne pouvait pas mettre 10 baffles, car on n’avait pas enduré avec si peu de matériel…

« Pour que les pratiquants puissent travailler, nous devions au moins porter le masque et la blouse », a déclaré le président. Depuis le 16 mars, les dentistes qui assurent la permanence peuvent porter « des masques FFP2, donnés par nos praticiens, qui les avaient gardés du temps de la grippe aviaire (en 2010, ndlr) ». Au fil des semaines, la solidarité a fonctionné à plein : lunettes, surchaussures, charlottes, couvertures… Depuis quatorze jours, l’ordre fournit également aux dentistes des visières, gracieusement offertes par des bénévoles qui les ont fabriquées avec des imprimantes 3D. « C’est le système D complet, mais on y est habitué », précise le Dr Philippe Jacob. « Le gouvernement nous a donné 15 cartons de masques, mais à égalité avec un département, nous les avons consommés en trois jours ! « .

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Les cabinets entièrement désinfectés entre chaque patient

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D’autant que ces professionnels ont grand besoin de protection. Beaucoup d’entre eux ont déjà capturé le Covid-19 : sur les 1450 dentistes de Haute-Garonne, « une trentaine ont été malades », même si, tempéré le Dr Philippe Jacob, « on ne sait pas s’ils l’ont attrapé au cabinet ou ailleurs ».

Les dentistes ici ne peuvent voir qu’un patient toutes les 45 minutes, car dans ces cabinets le processus médical est désormais drastique :

Le patient doit venir seul, car s’il venait, il y aurait un risque supplémentaire de contamination. S’il vient avec un masque, il ne l’enlève que pour se faire soigner. Sa carte vitale est désinfectée car elle doit passer par un lecteur. Certains facturent la consultation, d’autres pas, c’est au choix de chaque praticien.

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Le risque de « pathologies plus prononcées »

Le risque de « pathologies plus prononcées »

En plus des instruments qui sont habituellement stérilisés entre chaque patient (fraises et autres miroirs), avec le Covid-19, les dentistes ont encore plus de travail lorsque le patient est parti : « Entre chaque consultation ils doivent aussi nettoyer la lumière, les turbines, les fils, surfaces de travail avec spray désinfectant . Bref, il faut bien désinfecter toute la pièce ! Et c’est le praticien lui-même qui s’en charge.

S’il ne s’attend pas à être débordé par l’activité à partir du 11 mai, « car il y a des patients qui ont peur et qui vont encore attendre », estime le Dr Jacob :

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Après l’incarcération, ce qui risque d’arriver, ce sont des pathologies un peu plus prononcées, des soins plus lourds. Par exemple, une dent où un plombage aurait suffi si elle avait été prise à temps, il faut la dévitaliser…

Inquiet des « conditions de la reprise »

Le président de l’Ordre ne se fait pas d’illusions : « Cet été, en août, quiconque a mal aux dents trouvera facilement un dentiste à Toulouse. Parce que beaucoup vont travailler plus dur que d’habitude pour rattraper leur retard… ».

« Nous avons reçu les consignes sanitaires de nos instances professionnelles, un protocole de base avec des consignes à suivre à partir du mercredi 29 avril 2020, il faudra décontaminer entre deux patients, nettoyer les salles d’attente… » poursuit le Dr Philippe Jacob :

Ce qui fait peur à la profession, ce sont les conditions d’amélioration. Les praticiens se posent des questions : comment faut-il procéder ? Comment devrions-nous travailler ? Bien sûr, nous ne sommes pas les seuls à avoir de tels problèmes. C’est comme les restaurants, où il faut mettre une table sur deux… On se dit : comment va-t-on faire pour tenir tous nos délais ?

Appel à « supprimer les charges »

Normalement, un médecin de garde voit en moyenne « 50 patients par jour ». Le rythme de travail change profondément : « Dans un cabinet qui travaille 40 heures par semaine, si le thérapeute prend un patient toutes les demi-heures, il voit 80 patients par semaine. Si on doit aller chez un patient par heure, pour faire le même nombre, il faut soit travailler 80 heures par semaine soit augmenter le temps d’attente pour les soins… Le problème c’est que nos coûts ne changeront pas, et si les revenus ne sont pas inclus. .. De nombreuses entreprises risquent d’être en grande difficulté financière ».

Pendant la fermeture, il faudra près de deux mois aux dentistes, qui ont « entre 60 et 70% des charges », pour manquer de trésorerie. Le sucre du Dr Philippe Jacob :

Depuis le 16 mars et la fermeture des cabinets, les pratiquants n’ont pas eu la moindre rentrée d’argent, tout comme les restaurants et les bars… exemple, mais elles seront décalées sur l’année suivante. Cela ne fait que reporter le problème.

Et selon le président de l’Ordre dentaire, il n’y a qu’une solution à l’horizon : « Le gouvernement devrait retirer ces accusations, pendant deux mois, pour nous, comme pour toutes les professions. »

Que faire en cas d’urgence dentaire En cas d’urgence dentaire, vous ne devez pas appeler le 15 pendant la période d’incarcération, mais plutôt contacter votre dentiste habituel, qui reste joignable. Il peut transférer une ordonnance ou un conseil, mais aussi évaluer les soins dentaires et le degré d’urgence potentiel (infectieux, hémorragique, traumatique ou douloureux). Si le patient n’a pas de dentiste, il peut contacter un numéro d’urgence national, disponible 7 jours sur 7, au 09 705 00 205 (suivi du numéro de service). Si la situation d’urgence est avérée, les régulateurs pourront l’orienter vers l’un des bureaux de garde, où il pourra être reçu sur rendez-vous.