Une scène à Délémont – quand Charles L’Eplattenier peint…

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Les pastels de l’artiste, exécutés dans les années 1914-1915, se sont vus regroupés au Musée Jurassien. L’artiste neuchâtelois est à redécouvrir.

C’est une belle exposition dans une belle ville. Vous n’avez pas à attendre un miracle. Vu sa taille, le Musée du Jurassique pouvait difficilement accueillir la grande rétrospective que mériterait un jour Charles L’Eplattenier (1874-1946). Non seulement le Neuchâtelois a beaucoup produit, mais il a donné envie au monumental. Ceci pourrez vous intéresser : Les propriétaires ont jusqu’à 6 000 $ en moyenne pour…. Doit-on alors parler d’une peinture hodlérienne ? D’une certaine manière, oui. Le livre qui accompagne l’exposition, édité par Marine Englert et Niklaus Manuel Güdel, est également placé sous l’égide de la « Hodlerian Era Collection »… Une référence.

Carlu L’Eplattenier en 1894. Déjà immergé dans la nature.

Pour Délémont, nous avons donc voulu avoir l’air plus modeste, et surtout plus local. Le choix se porta sur les pastels, à commencer par ceux que l’artiste exécuta en 1914-1915 sous le nom de « Poème du Doubs ». Après quarante ans, L’Eplattenier est mobilisé aux frontières suisses. Cependant, il a des autorisations. C’est l’occasion pour lui d’observer la rivière qui serpente au fond d’une vallée jurassienne. Un paysage qui change des hauts plateaux autour de La Chaux-de-Fonds. Donner une centaine de pastels, taille moyenne. Ils seront exposés peu après dans cette ville et aussi à Neuchâtel même, où le peintre est né. Ces œuvres sur papier sont aujourd’hui dispersées. Il s’agissait d’en rassembler un certain nombre, en utilisant d’abord les collections publiques. L’exposition ajoute quelques feuilles antérieures, marquées par l’esprit Art nouveau (le magnifique « Temps de mars » de 1907), ou postérieures. Au fil des années, la ligne se durcit. Plus affirmé.

Autre vue plus calme du Doubs, avec des arabesques toujours très Art Nouveau.

La démonstration est justifiée d’un point de vue historique. Le Musée du Jurassique ouvre ses portes en 1922. L’Eplattenier est présent dans l’exposition inaugurale avec vingt-six oeuvres, dont dix-huit pastels. C’est pour les auteurs du catalogue le signe qu’il attribuait à cette dernière une grande importance, qui pouvait sembler mineure à première vue. Il faut dire que ces toiles comblent une sorte de vide en lui. L’homme fut d’abord la figure du « style Sapin », la version suisse de l’Art nouveau. Il a ainsi donné un modeste équivalent français à la Wiener Werstätte, comme le rappellent une section du musée des Beaux-Arts de La Chaux-de-Fonds et quelques objets acquis par le musée d’Orsay. Il y avait des meubles, des céramiques et même des maisons. L’Eplattenier avait conçu son chef-d’œuvre monumental à cette époque, la décoration du crématoire de La Chaux-de-Fonds (1909-1912). Ça donnerait presque envie d’être incinéré là-bas, au chaud.

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Une des études au pastel que l’artiste multipliera par la suite. On est loin de « l’art dégénéré » ici.

En 1916, il est donc proche du « Poème du Doubs », le peintre va changer de direction. L’heure n’est plus à l’expérimentation. Il y aura la commande, très militaire, des fresques du château de Colombier, qui sert de caserne. L’Eplattenier fonctionnera deux fois. A noter que cette double campagne (terme très stratégique) se déroulera pendant la Première et après la Seconde Guerre mondiale. Ce sont de grandes compositions patriotiques, aggravant les modèles créés par Ferdinand Hodler. Cette partie de l’ouvrage (comme dans la sculpture « La sentinelle des Rangiers » plusieurs fois mise à mal par les séparatistes du Jura des années 1960) fonctionne mal aujourd’hui. Il ne répond plus à nos critères moraux et esthétiques. C’est le contraire de l’avant-garde, qui avait bien du mal à s’épanouir en Suisse romande. Ça a l’air curieux. Pour répondre à la menace nazie, la « défense spirituelle » promue par la Confédération à la fin des années 1930 utilisait le même genre d’art que la peinture d’Hitler… Cette partie de l’oeuvre de l’Eplattenier, non sans ampleur, vous risquez d’attendre longtemps temps pour le plein. réhabilitation (1).

Une vue d’en haut. L’artiste décède en 1946 après une chute dans la région…

Plus généralement, Charles L’Eplattenier, mort en 1946 des suites d’une chute sur les hauteurs du Doubs, reste l’une des grandes figures méconnues de l’art suisse du XXe siècle. Du côté de l’arbre, il était éclipsé par son élève Le Corbusier. On n’a pas regardé ses paysages extraordinaires tout dans la largeur du Jura, qui séduisent sans doute aujourd’hui les musées américains. Plus tard, le public moderne a fui ses portraits académiques, aux lignes fortes, qui font ressembler leurs figures féminines aux Sibylles de Michel-Ange. Les illustrations patriotiques, parfois délirantes, font rire plus qu’autre chose. Le public a oublié qu’il est l’auteur du Musée de La Chaux-de-Fonds, très bien restauré il y a quelques années, comme les décors de Colombier pour le reste. Ses dessins au fusain, pourtant solidement structurés, atteignent à peine quelques centaines de francs en vente publique, quand les acheteurs sont trouvés. Il faut un beau paysage du début pour que les passionnés se réveillent. L’une d’elles a ainsi décuplé sa valeur récemment à Genève Enchères.

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Un des tableaux de Colombier. Un automne de patriotisme.

Pourquoi pas Charles L’Eplattenier, quand les pires productions de Giovanni Giacometti (et il y en a beaucoup !) comme le plus routinier Cuno Amiet continuent de se vendre pour des sommes astronomiques et dérisoires à Zurich ou à Bâle ? Le mystère. Le marché ne connaît d’autre logique que l’amour et la folie. Une inversion est donc toujours possible. Il suffit de penser à Augusto Giacometti ou Hans Emmenegger, présentés en 2021 à l’Hermitage de Lausanne ainsi qu’à Orsay. Cependant, cela nécessite un tri. Il y en a trop à L’Eplattenier comme pour les autres artistes suisses. Bien sûr, nous conserverons les pastels réels dans le lot final. Sa présentation à Délémont tient bon. Elle séduit. La scénographie y contribue modestement, mais efficacement. Hormis un marron sobre, la couleur des murs ne pouvait être que vert sapin !

(1) Le patriotisme des années 1940 touche à la fois Maurice Barraud, qui donne aux Archives fédérales de Schwyz un géant Nicolas de Flüe, et l’abstrait Johannes Itten. Ce dernier embarquera à bord d’un monumental Guglielmo Tell.

Pratique

« Charles L’Eplattenier, Les pastels », Musée du Jurassique, 52, rue du 23-Juin, Délémont, jusqu’au 26 février. Tel. 032 422 80 77, site www.mjah.ch Ouvert du mardi au vendredi de 14h à 17h, samedi et dimanche de 11h à 18h. Le livre, 192 pages, a été publié à Genève par Edizioni Notari.

L’artiste à l’œuvre sur les murs du Château de Colombier.

Né en 1948, Etienne Dumont a étudié à Genève qui ne lui a pas bien servi. Latin, grec, droite. Avocat raté, il se lance dans le journalisme. Le plus souvent dans les sections culturelles, il a travaillé de mars 1974 à mai 2013 à la « Tribune de Genève », en commençant par parler de cinéma. Puis vinrent les beaux-arts et les livres. A part ça, comme vous pouvez le voir, rien à signaler. Plus d’information

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