Vincenzo Esposito-Vinzi : « La révolution responsable est en marche…

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L’Essec place la protection de l’environnement parmi ses priorités depuis plusieurs années. Un pilier stratégique qui s’exprime à travers des dimensions pédagogiques et organisationnelles. Mais là où il faut encore avancer, c’est avec l’ensemble de l’écosystème, selon Vincenzo Esposito-Vinzi, directeur général de l’école de commerce.

Il y a deux ans, l’Essec annonçait faire de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) l’un des axes centraux de l’école. Quelles sont les actions réalisées ?

J’ai l’habitude de dire qu' »une révolution responsable est en marche à l’Esseco ». A partir de 2020, la démarche RSE « Ensemble » de notre stratégie Rise a plusieurs objectifs, dont la formation de tous les étudiants sur ces enjeux, à travers 20 heures dédiées à la RSE, 20 heures sur la transition environnementale et 20 heures sur l’inclusion et la diversité. Sur le même sujet : Portage salarial : pourquoi est-il avantageux ?.

L’Essec revoit tous ses cursus pour ne pas risquer de séparer les disciplines fondamentales de ces matières. De plus, il y a des séminaires thématiques. Enfin, nous lançons des programmes spécialisés, comme le diplôme ACT de CY Cergy Université Paris et notre Master « Transformation Durable ».

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Est-ce une demande exprimée par vos étudiants ?

Certains ont déjà une forte sensibilité, d’autres s’ouvrent à ces sujets grâce à notre travail. Notre rôle est d’éduquer les étudiants pendant les quelques années qu’ils passent avec nous. Nous devons les faire évoluer.

Il est d’autant plus important que l’école assume sa mission pédagogique que ces matières peuvent être très techniques : une solide formation est indispensable.

Nous entreprenons cette mission à travers trois leviers : nos cours et la pédagogie par l’exemple, grâce aux actions que nous menons dans notre organisation. Enfin, nous favorisons l’implication des étudiants dans la prise de décision, au sein de notre comité consultatif.

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Est-ce que les employeurs vous poussent en matière de RSE ?

Absolument. Exemple : nos six dernières chaires corporatives portent sur des sujets de cette nature. Le dernier en date, « Shaping the Future of Finance« , aborde les questions de la finance verte.

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La recherche de nos professeurs est le deuxième pilier de notre activité, et donc de nos ambitions RSE. Leur travail soutient nos efforts dans nos trois autres dimensions : la formation, le soutien aux entreprises et la façon dont nous fonctionnons en tant qu’organisation.

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Comment accompagnez-vous les professeurs dans ces mutations ?

Ils sont au cœur du système, puisqu’ils participent à son enseignement et à la production des savoirs. Pour réussir le développement de notre enseignement, l’approche doit être pluridisciplinaire.

Nous avons créé les conditions pour que nos professeurs, qui sont très experts, se parlent en créant il y a deux ans une guilde d’une cinquantaine de professeurs sur les questions de « durabilité ». Un succès, car des articles de recherche très experts et techniques ont été créés, mais aussi des publications très ouvertes et transversales.

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Vous traitez ces sujets au niveau du fonctionnement de l’école ?

Oui, l’Essec en tant qu’institution doit aussi agir. Nous avons calculé notre empreinte carbone, qui nous a indiqué que 64 % de nos émissions de CO2 provenaient des déplacements des étudiants. Nous réduirons ces émissions de 25 % d’ici 2025, affectant la fréquence des déplacements, les destinations et les moyens de transport choisis.

Nous soutiendrons leurs efforts grâce à un « chèque mobilité durable » de 100 euros par an et par étudiant, utilisable pour des stages ou des échanges, lorsqu’ils choisiront le train plutôt que l’avion. Et les destinations en train seront privilégiées pour les voyages d’études scolaires.

D’ailleurs, l’Essec est implantée également au Maroc et à Singapour. Peut-on concilier sobriété de la mobilité tout en gardant l’unité de l’école ?

Oui, c’est à nous de rendre compatibles notre dimension multi-campus et notre ambition RSE. La décision « facile » serait d’arrêter tous les déplacements : les émissions diminueraient très rapidement. Mais n’oubliez pas que la paix fait partie des 17 Objectifs de Développement Durable de l’ONU et je ne vois pas comment la construire sans une approche multiculturelle.

Il reste à s’assurer que chaque voyage est conçu. Cela nous demande plus d’efforts pour réorganiser l’expérience internationale.

Quelle est votre priorité ? S’agit-il de progresser d’abord sur la pédagogie et la recherche ou sur votre organisation et son impact ?

Tous ces aspects doivent être abordés. L’Essec est fortement engagée dans les domaines de la protection environnementale et sociale – j’insiste sur le fait que les deux vont de pair. C’est un engagement de toute la communauté qui comprend des dimensions financières et organisationnelles. Tous nos services doivent pouvoir s’adapter pour que notre politique soit efficace.

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Cette ambition doit être présente dans nos instances stratégiques et être prise en compte dans toutes nos démarches. Une étude d’impact est réalisée en amont de chaque projet.

Par exemple, les travaux de Cergy seront achevés dans quelques mois. Ces enjeux d’impact nous ont amenés à repenser notre campus. Elle sera plus grande, mais elle consommera 25 % d’énergie en moins. Des panneaux solaires sont prévus, on réfléchit au tri des déchets et à la gestion du chauffage, de la lumière… Il faut aborder le sujet de manière systémique.

Avez-vous atteint vos objectifs en ce qui concerne le développement durable et l’inclusion ?

Nos investissements sont reconnus, à l’échelle par exemple. Nous avons également lancé le processus de labellisation SD&RS. Ces outils nous permettent de nous positionner. Mais chaque jour nous découvrons de nouveaux moyens d’action. Notre liste de projets de démarrage dépasse de loin notre liste de projets terminés !

Nous avons conçu Diversity Fresco, un outil de sensibilisation. Les écoles et les entreprises nous demandent de le partager avec eux… Depuis nous avons bénéficié de la Fresque du Climat et d’autres idées.

Dans ce domaine, il n’y a pas de leçons à donner, mais des expériences à partager. Nous devons avancer ensemble. Il ne devrait pas y avoir de concurrence sur ces sujets.

Pour certains observateurs, les écoles de management sont plus en pointe que les écoles d’ingénieurs sur ces deux thématiques. Comment expliquer cette avance ?

Il est important de ne pas se limiter au traitement technique de ces sujets. Même si de nombreuses questions se posent sur le plan scientifique, les écoles de management ont leur rôle.

Dans les entreprises, les managers vont s’appuyer sur les solutions techniques des ingénieurs, mais il y a aussi des enjeux comportementaux, des enjeux d’évolution des modèles économiques des entreprises, etc. La technologie ne peut pas tout résoudre. Les futurs managers doivent être formés à une approche pluridisciplinaire.

N’existe-il pas aussi une tentation de communiquer sur ces questions pour l’image de marque ?

Pour voir si l’organisation est satisfaite du verdissement, il suffit d’analyser ses actions, en dehors de son discours. L’ambition doit être suivie d’actions très concrètes, et c’est tout ce que je viens de partager avec vous.

Si nous le comparons aux obligations que l’école a annoncées pour 2020, nous pouvons voir tout ce que nous avons déjà réalisé. Et il semble que l’Essec ne soit pas dans la démarche verte. Nous sommes au milieu du gué, il ne faut pas s’arrêter là. Ces sujets demandent un engagement à long terme. Il faut être déterminé, mais surtout, il faut être humble.