Yves Burfin : « Pour chaque entreprise à céder, il y a en moyenne en Île-de-France entre 5 et 10…

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Inadéquation entre vendeurs et repreneurs, cadres sur le point de partir à la retraite ou encore manque de préparation au transfert, la question des cessions et acquisitions touchera, dans les 10 prochaines années, plus de 800.000 emplois en Île-de-France, estime une étude de le Centre Régional d’Observation du Commerce, de l’Industrie et des Services (CROCIS) de la Chambre de Commerce et d’Industrie (CCI) de Paris Île-de-France. « Il y a un décalage entre la volonté d’acquérir et la réalité, entre l’offre et la demande en d’autres termes », constate Yves Burfin, directeur de recherche CROCIS et intervenant au salon Transfair, récemment organisé par la CCI à Paris Île-de-France. Revenez à Actu-Juridique sur les enseignements de cette étude.

Actu-Juridique : Quel est l’état des lieux du segment des cessions-acquisitions en Île-de-France ?

Yves Burfin : Nous avons naturellement constaté un ralentissement du nombre de transactions pendant la pandémie. Cependant, les fondamentaux du marché restent les mêmes : les profils des vendeurs ou des acheteurs n’ont pas changé, la surreprésentation des sociétés de services non plus, la place du marché dit « caché » reste prépondérante, ainsi que le déséquilibre entre les nombre d’acheteurs et de vendeurs. Ceci pourrez vous intéresser : Petit-déjeuner de développement commercial / BGE et Initiative Seine Yvelines. Ainsi, les deux dernières années, marquées par la crise sanitaire, n’ont pas révolutionné le secteur de l’achat et de la vente, même si ce dernier a été touché comme le reste de l’économie francilienne.

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Actu-Juridique : D’après votre étude, près d’une entreprise sur trois en Île-de-France est dirigée par une personne de 55 ans ou plus. Toutes ces entités trouveront-elles un repreneur dans les années à venir ?

Yves Burfin : Pour une entreprise vendue, il y a en moyenne en Île-de-France entre 5 et 10 repreneurs intéressés ! On peut donc supposer que toutes les entreprises qui devront être vendues dans un avenir proche, notamment pour des raisons de retraite, trouveront un nouveau dirigeant. Or, on sait très bien qu’il y a un décalage entre le désir d’acquérir et la réalité, entre l’offre et la demande en d’autres termes.

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En clair, les acquéreurs souhaitent majoritairement acquérir des entreprises à fort potentiel de croissance, avec un minimum de 10 salariés et plus d’un million d’euros de chiffre d’affaires. Cependant, le marché pour les entreprises à vendre est très différent. Seulement 10% des entreprises du marché « ouvert » répondent à la demande des acheteurs. Ainsi, les deux tiers des entreprises dont le dirigeant est âgé de 55 ans ou plus n’ont pas de salariés et dépendent uniquement de l’activité du dirigeant lui-même. Le régime de l’auto-entrepreneur puis le régime du micro-entrepreneur ont accéléré la création d’entreprises ces dernières années. Nous estimons, par exemple, que 279 000 entrepreneurs indépendants atteindront l’âge de la retraite d’ici 10 ans. N’oublions pas non plus que certaines entreprises ne recherchent tout simplement pas d’acheteurs car elles vendent directement à un employé ou à un membre de la famille.

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Actu-Juridique : Quel est le profil type d’une entreprise francilienne qui est à transmettre ?

Yves Burfin : Sur le marché « libre », nous traitons principalement avec des entreprises qui ont entre 0 et 10 salariés travaillant dans le secteur des services (71 %). Quant au marché « caché », où s’effectuent environ 60% des transactions, on dispose logiquement de moins d’informations, mais on sait néanmoins qu’il s’agit généralement d’entreprises en bonne santé économique et n’ont donc pas besoin de rendre publique leur transmissibilité. C’est le cas, par exemple, des transmissions familiales ou des transmissions effectuées par l’intermédiaire d’un réseau économique, d’une connaissance, etc.

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Actu-Juridique : Qu’est-ce que le marché « caché » dont vous parlez ? S’agit-il de cessions-acquisitions réalisées dans l’économie souterraine ?

Yves Burfin : Absolument pas, il n’y a rien d’illégal à vendre ou à acquérir une entreprise sur le marché « caché ». Le terme « caché » fait référence au fait que le vendeur et l’acheteur ne passent pas par un échange d’opportunité pour mener à bien leur transaction. C’est dans ce segment « caché » que se font les meilleures affaires. En effet, le vendeur n’a pas besoin de chercher un acquéreur, soit parce qu’il cède son entreprise à une connaissance, soit parce que cela représente une aubaine et, donc, il est inutile de communiquer tant la demande est forte. De même, les managers privilégient le marché dit « caché » pour éviter que les informations de transfert ne se propagent aux fournisseurs, clients ou salariés. En effet, cela peut avoir des conséquences négatives sur l’activité ou poser des problèmes pour le recrutement de nouveaux salariés ou le développement de nouveaux projets. Logiquement, dans le marché dit « ouvert », on trouve souvent des structures beaucoup plus modestes qui représentent, a priori, moins d’opportunités de reprise.

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Actu-Juridique : S’ils ne trouvent pas de repreneurs, 807 000 emplois, précisément, sont menacés de disparaître d’ici 10 ans selon vos données. Le pire est-il donc à craindre sur le marché de l’emploi francilien ?

Yves Burfin : En fait, c’est un problème majeur pour l’emploi en Île-de-France. A noter que ce chiffre de 807 000 correspond au nombre de salariés travaillant dans les entreprises de moins de 50 salariés dont le dirigeant est âgé de 55 ans ou plus. Pour les grandes entreprises il n’y a pas de souci particulier, puisqu’un dirigeant qui cesse son activité ou prend sa retraite est très facilement remplacé par un autre. Pour ceux qui ont un ou deux employés, en revanche, rien n’est sûr. Tout dépend du niveau d’activité de l’entreprise, du secteur dans lequel elle opère, des souhaits des salariés encore actifs, de l’état du marché au moment de la transaction, et de toute une série d’autres éléments. C’est aussi la raison pour laquelle le CCR Paris Île-de-France appelle chacun à se préparer à cette étape clé et complexe. Une transmission s’effectue sur plusieurs années, environ trois à cinq ans, avec l’aide d’experts tels que des experts-comptables ou des commissaires aux comptes. Par expérience, nous savons que plus tôt une entreprise se prépare à vendre, plus elle est susceptible de vendre rapidement et à un prix élevé.

De même, nous faisons partie de « Transentreprise », un réseau qui favorise le lien entre le vendeur et les acheteurs potentiels, principalement sur le marché libre. Nous aidons chacune des parties à préparer son projet de cession ou d’acquisition, à établir un diagnostic de l’entreprise à céder ou à définir le mode de cession adapté. La question du transport est structurante pour l’économie de la région.

Enfin, l’Île-de-France reste une région extrêmement dynamique. Aujourd’hui, de nombreux entrepreneurs préfèrent démarrer leur propre entreprise plutôt que d’en acquérir une plus ancienne.